«Pokémon Legends: Arceus»: Si bon, mais si laid!

Dans «Pokémon Legends: Arceus», une vue censée nous couper le souffle nous fait plutôt nous étouffer.
Photo: Capture d’écran Dans «Pokémon Legends: Arceus», une vue censée nous couper le souffle nous fait plutôt nous étouffer.

On n’y croyait plus. Déceptions après débandades, Game Freak a enfin réussi l’impossible : faire un bon jeu Pokémon. Pokémon Legends: Arceus est même excellent, un modèle à suivre pour le reste de la série. Mais attention, le résultat n’est pas parfait. Loin de là.

Ironiquement, la franchise se modernise en retournant dans le passé. On y joue le rôle d’un enfant du présent qui se retrouve par accident dans une version ancienne de la région Sinnoh largement inspirée du Japon féodal, appelée Hisui.C’est bien pour dire, on vient tout juste d’y découvrir la Poké Ball.

Un cataclysme menace ce monde. Et les « Lords » Pokémon censés le protéger sont pris de folie. À notre héros amnésique, mais qui possède un don inné pour le dressage des monstres de poche car venant du futur, de les calmer, de mettre fin à la fin du monde et, chemin faisant, de l’amener dans la modernité. Tout est dans tout.

D’un jeu de rôle au tour par tour en vue zénithale (comme les maladroits remakes de Diamond et de Pearl), ou en 3D mais avec caméra fixe à la Sword et Shield, on passe ici à un RPG d’action avec plein contrôle de la caméra en similimonde ouvert divisé en six zones. Alors qu’on marche, qu’on plane ou qu’on monte à dos de Pokémon pour explorer les grands espaces, on observe vite les influences de The Legend of Zelda: Breath of the Wild. Fantastique.

Que les puristes (dont on fait partie) se calment : le système de combat, s’il est modernisé, reste fidèle au concept original de la franchise, mais sans bagarre au hasard. On voit maintenant les monstres se promener librement. Certains, agressifs (et parfois géants), nous attaquent. D’autres nous évitent. On lance la balle contenant un Pokémon de notre équipe et l’altercation débute. On a même le contrôle de notre personnage lors des duels.

À mesure que nos monstres évoluent, ils apprennent à maîtriser différents styles à leurs attaques, ajoutant à la complexité stratégique. Le jeu nous informe toujours des faiblesses de notre adversaire et l’expérience acquise est encore partagée avec notre équipe, mais cette fois, c’est fait de manière bien plus élégante.

Surtout, le récit d’Arceus est sérieusement bien ficelé. Finis, ces personnages risibles qui régurgitent le mot « Pokémon » à chaque phrase. Le studio Game Freak trouve enfin le courage de respecter l’intelligence de ses joueurs, même les plus jeunes, et de leur offrir une histoire qui ose s’attaquer à des thèmes difficiles.

Comme nos animaux, les Pokémon finissent un jour par mourir. Avec l’arrivée des Poké Balls, les clans de Hisui sont forcés d’abandonner certaines de leurs traditions. Et on repense à un moment sombre où notre héros est exilé de son village. Devant la menace, le saut à une gouvernance autoritaire est facile, rassurant même. Jamais depuis Pokémon XD: Gale of Darkness, sur la GameCube, n’avait-on été jusque-là.

On s’est laissé porter sans s’en rendre compte dans notre quête pour remplir le Pokédex (version papier !). Quelque 18 heures plus tard, on avait les légendaires Palkia et Dialga en poche et le récit principal était bouclé. Il restait cependant bien des quêtes secondaires à réaliser. Plus court, donc, que les 25 ou 30 heures habituelles, mais c’est pour le mieux. Jamais on ne s’est ennuyé, à l’exception des quelques fois où notre niveau de progression bloquait artificiellement l’accès à une zone.

Qu’on se le tienne pour dit, on aurait eu affaire à un chef-d’œuvre si seulement le jeu n’était pas aussi laid. Et on ne parle pas ici d’un choix esthétique. Tout dans Arceus, de l’exploration à la fabrication à la main des Poké Balls, est inspiré de Breath of the Wild, titre de lancement de la Nintendo Switch. On est donc forcé de comparer.

Le monde d’Arceus est comparativement vide, les éclairages sont d’une simplicité désolante et les textures, d’une extrême basse résolution. Pire, des problèmes techniques se glissent à chaque instant. Les environnements se peuplent à une vingtaine de mètres devant soi à mesure qu’on avance. Le taux de rafraîchissement glisse sous les trente images par seconde dès qu’on performe la moindre action qui pourrait taxer le processeur, comme mettre les pieds dans une flaque d’eau.

Ce n’est pas comme si Zelda était une exception. Monster Hunter Rise, une franchise campée comme Pokémon sur les consoles portables, a récemment répété l’exploit.

On a été habitué à ce que les jeux d’une même génération de console deviennent plus beaux à mesure que les développeurs apprennent à en extraire la moindre once de performance. Chez le studio Game Freak, c’est visiblement le contraire qui se passe. On s’est arraché les yeux pour profiter de l’aventure. Il n’y a pas d’excuse pour une telle médiocrité technique.

Pokémon Legends: Arceus

★★★ 1/2

Conçu par Game Freak et édité par Nintendo. Offert pour Nintendo Switch seulement.

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