Pam et Tommy s’en vont en bateau

La facture «mocumentaire» et les bris du quatrième mur en moins, la réalisation de Craig Gillespie, qui signe les trois premiers épisodes, n’est pas sans rappeler celle de «Moi, Tonya».
Photo: Erin Simkin / Hulu La facture «mocumentaire» et les bris du quatrième mur en moins, la réalisation de Craig Gillespie, qui signe les trois premiers épisodes, n’est pas sans rappeler celle de «Moi, Tonya».

À l’opposé de Paris Hilton et de Kim Kardashian, devenues célèbres grâce à la diffusion d’une vidéo de leurs ébats intimes, Pamela Anderson (Lily James, stupéfiante) était au sommet de sa gloire lorsque la sextape de son voyage de noces sur les flots bleus de l’été avec Tommy Lee (Sebastian Stan, sidérant), batteur de Mötley Crüe, fut rendue accessible à plusieurs millions de spectateurs. Ex-playmate et vedette d’Alerte à Malibu, la naïve native de Ladysmith, en Colombie-Britannique, rêvait d’une carrière comme celle de Jane Fonda.

Hélas ! Ses talents d’actrice limités et la réputation sulfureuse qui lui colla à la peau freinèrent les ambitions de la plantureuse blonde platine. Pour mémoire, Barb Wire, son plus grand succès au cinéma, n’a récolté que 27 % sur le site Rotten Tomatoes.

Écrite par Robert Siegel, qui raconta avec une touche d’humour décalé les déboires des frères McDonald, pères du Big Mac, dans Le fondateur, de John Lee Hancock, la série Pam & Tommy relate en huit épisodes la saga judiciaire qui suivit la diffusion de la vidéo, qui n’était pas destinée à propulser la carrière de qui que ce soit. Quoique dans le cas du musicien, englouti avec son groupe par la vague grunge venue de Seattle, cela lui permit d’étirer son quart d’heure de gloire.

De fait, de nombreux admirateurs le félicitèrent pour ses prouesses et pour son imposant membre viril : « C’est la meilleure chose que tu as faite depuis Girls, Girls, Girls ! » dira l’un d’eux. Quant à l’actrice, qui se sentait violée dans son intimité, elle ne récolta que des quolibets et des questions embarrassantes des médias, encore peu conscients du pouvoir de diffusion d’Internet. Sans parler de l’humiliation que lui firent subir les avocats. Deux poids, deux mesures…

La facture « mocumentaire » et les bris du quatrième mur en moins, la réalisation de Craig Gillespie, qui signe les trois premiers épisodes, n’est pas sans rappeler celle de Moi, Tonya, où Sebastian Stan incarnait le petit ami timbré de la malheureuse patineuse. Une fois de plus aux prises avec des personnages frisant la caricature, le réalisateur a opté pour une mise en scène débridée qui s’harmonise avec les excès et le train de vie fulgurant du couple. Alors qu’on se serait attendu à du Mötley Crüe mur à mur, ce sont des tubes pop qui bercent cet univers où Pamela Anderson fait figure d’oie blanche déguisée en « party girl ». « Je suis une bonne chrétienne », dit-elle à son futur mari.

Par moments, Pam & Tommymenace de verser dans la démesure et le mauvais goût du film de Jeff Tremaine basé sur le livre de Mötley Crüe, The Dirt, où Machine Gun Kelly jouait Tommy Lee. Dans une scène, le batteur discute littéralement avec son pénis, lequel se meut comme un ver ou se tient au garde-à-vous, selon les propos. Hormis cette scène délirante, que n’auraient pas reniée Sacha Baron Cohen et son alter ego Brüno, plus la série avance, plus elle tente d’humaniser les personnages — avec un parti pris pour la belle Canadienne.

Dans de sales draps

La folle histoire que raconte Pam Tommy ne serait pas arrivée si Pamela Anderson avait tenu sa promesse : ne plus fréquenter de mauvais garçons et trouver l’amour dans les bras d’un gentil comptable. Or, à peine avait-elle posé ses yeux sur le ténébreux rocker, quintessence du « bad boy », que son sort en a été jeté. Quatre jours plus tard, les tourtereaux se marièrent sur une plage de Cancún en 1995. Le cœur a ses raisons…

N’eussent été le sale caractère de Tommy Lee et sa malhonnêteté envers les ouvriers embauchés pour rénover son immense chambre à coucher — il leur devait des milliers de dollars —, l’histoire du couple maudit aurait pris une autre tournure. Et l’histoire du Web aurait été écrite autrement. Car au-delà d’une rupture annoncée — l’amour dure trois ans, pour citer Beigbeder —, Pam & Tommyrelate les origines de la pornographie en ligne et le début du lent déclin de l’industrie vidéo. Et c’est sans doute à ce chapitre-là qu’elle s’avère plus intéressante, tandis qu’on suit les tribulations d’un charpentier croyant pouvoir faire fortune avec la vente de vidéocassettes à partir d’un site Web anonyme.

N’ayant pu récupérer ses outils après avoir été cavalièrement viré, Rand Gauthier (Seth Rogen, égal à lui-même) se rendit une nuit chez le couple pour dérober l’énorme coffre-fort de Lee. Outre les armes et les bijoux, il y trouva un ruban hi8 qu’il s’empressa d’emporter chez un ami et réalisateur de films pornos, Uncle Miltie (stoïque Nick Offerman, un des frères McDonald dans Le fondateur). La suite appartient à l’histoire.

Si fascinante soit-elle dans son illustration des revers de justice du couple et sa plongée rocambolesque dans l’industrie pornographique, la série de Robert Siegel en laissera certainement plus d’un perplexe. Trop d’humour noir ? Trop de légèreté ? À force de ridiculiser ses personnages dans cette histoire de rédemption — celle de l’actrice servie en pâture, à son corps défendant, à une industrie vorace, et celle de l’ouvrier ruiné et repentant —, le scénariste semble faire fi des véritables drames qui se sont joués une fois la caméra éteinte.

 

Pam & Tommy

★★★

Les trois premiers épisodes seront sur Disney+ dès le mercredi 2 février, puis un nouvel épisode sera ajouté chaque semaine.

À voir en vidéo