Sur vos écrans: Humour, impro et enquêtes sérieuses

Normand Brathwaite, Anthony Kavanagh, Michel Mpambara, Boucar Diouf, Eddy King, Erich Preach et Garihanna Jean-Louis participent au documentaire «Une fois c't'un noir», sur la place des humoristes noirs au Québec depuis la fin des années 1970.
Photo: CRAVE Bell Média Normand Brathwaite, Anthony Kavanagh, Michel Mpambara, Boucar Diouf, Eddy King, Erich Preach et Garihanna Jean-Louis participent au documentaire «Une fois c't'un noir», sur la place des humoristes noirs au Québec depuis la fin des années 1970.

Humour « noir » d’ici

 

Le titre de ce documentaire réalisé par le comédien Frédéric Pierre va rappeler à plusieurs des blagues douteuses d’une autre époque, qu’il serait bien mal vu de ressortir sans gêne aujourd’hui. Les intervenants d’Une fois, c’t’un noir,tous des humoristes afro-québécois de générations et de pays d’origine différents, se sont fait servir à plus d’une reprise dans leur vie cette formule d’ouverture de « joke de mononcle ». Leur réaction à la fois excédée et amusée met la table pour ce portrait de l’humour porté sur scène, à la télé et sur d’autres écrans par des artistes noirs au Québec, depuis un peu plus d’une quarantaine d’années.

Les entretiens menés à l’écran par le réalisateur avec le « vétéran » Normand Brathwaite, dont la carrière a été propulsée par son personnage caricatural de commis débarrasseur haïtien dans la comédie Chez Denise, ses « successeurs » Anthony Kavanagh et Michel Mpambara, Boucar Diouf, Eddy King, Erich Preach et la « recrue » (et seule femme du panel) Garihanna Jean-Louis mettent en lumière le parcours de chacun, mais aussi l’évolution de la société québécoise.

Entre le personnage de « Patwice » qui a fait connaître Brathwaite en 1979 et la Mama Fatou de Garihanna Jean-Louis, créée dans les années 2010, il y a près d’un demi-siècle de changements sociaux, culturels et politiques que les intervenants évoquent de façon éloquente, en prenant soin de remettre en contexte les commentaires racistes, comme les moments de reconnaissance et de compréhension mutuelle avec le public d’ici et dans certains cas, d’ailleurs.

L’exercice sociologique et, à certains égards, philosophique n’est malheureusement parsemé que de trop courts extraits de sketchs et de numéros marquants des artistes interrogés, qui servent essentiellement à mettre en perspective le propos plus large sur l’humour comme objet culturel commun. On en aurait pris un peu plus, ne serait-ce que pour donner le goût de découvrir et de revisiter le répertoire de chacun d’entre eux.


Une fois, c’t’un noir
Crave, dès le 4 février

 

Meurtre et impro

 

La comédie mâtinée de suspense policier (ou l’inverse) a le vent dans les voiles chez nos voisins du Sud. Après la comédie franche, mais finement scénarisée Après la fête, dont on vous disait beaucoup de bien dans ces mêmes pages la semaine dernière, voilà qu’atterrit sur Netflix une autre série de fiction d’enquêtes policières qui font cette fois appel aux talents d’improvisateur de ses vedettes invitées. 

Murderville est une adaptation du succès britannique Murder in Successville, présentée à BBC Three entre 2015 et 2017, qui mettait en scène un policier fictif passablement ringard et pas toujours très futé, qui devait faire équipe à chaque épisode avec un nouveau « stagiaire » : une vedette bien réelle, qui incarne une version fictionnalisée d’elle-même, qui n’est pas totalement au courant du scénario d’enquête dans laquelle elle joue. Et qui doit improviser, dans la mesure du possible.

Dans la version américaine, le comédien canadien Will Arnett (Arrested Development) incarne le pathétique enquêteur « senior » qui se fait attribuer un nouveau partenaire de travail par sa patronne (et ex-femme). Conan O’Brien, Sharon Stone, Annie Murphy (Schitt’s Creek) comptent parmi les recrues policières d’un jour qui se livrent de bon gré à cet exercice imprévisible, à l’issue heureusement télégraphiée d’avance. L’important ici n’est pas les conclusions de l’enquête, mais la façon dont elle se déroule.


Murderville (V.O.A. et V.F.)
Netflix, dès le 3 février

 

Du livre à l’écran

 

Le personnage Jack Reacher, héros d’une série de romans et nouvelles de l’auteur britannique Lee Child, a déjà eu droit à une incarnation sur grand écran par Tom Cruise. Cet ancien officier de la police militaire américaine, devenu un nomade qui cumule des petits boulots et des enquêtes à son propre compte aux quatre coins des États-Unis, dur à cuire peu expressif qui cache un lourd passé, a droit à sa version télévisuelle dans cette minisérie inspirée du premier roman dans lequel il est apparu, Killing Floor.

Le justicier errant (et baraqué), qui fait un arrêt dans une ville perdue de la Géorgie qui lui rappelle son frère, se retrouve accusé de meurtre et doit prouver son innocence. Un embargo critique nous empêche d’en dire beaucoup plus sur ce thriller d’action développé par Nick Santora (Scorpion),sinon que l’acteur qui incarne le héros, Alan Ritchson, possède une physique imposant beaucoup plus près de celui du personnage littéraire original que Tom Cruise.


Reacher (V.O.A. et V.F.)
Prime Video, dès le 4 février

Le comique et le criminel

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Bill Cosby est un personnage à deux facettes totalement opposées. D’abord connu et reconnu comme humoriste et comédien qui a fait progresser la perception des Afro-Américains dans les médias de masse, au point de devenir le papa fictif préféré de générations de téléspectateurs dans la comédie portant son nom, Cosby a vu son aura pâlir à vue d’oeil quand, dans les années 2010, des dizaines de femmes, dont des mineures au moment des faits, l’ont accusé d’agression sexuelle et de viol, des crimes qui auraient été commis tout au long de sa carrière. Dans cette série documentaire récemment présentée au festival de Sundance, où elle a reçu un accueil critique très favorable, l’humoriste afro-américain W. Kamau Bell, qui avoue avoir vu dans Cosby une source d’inspiration professionnelle, dresse le portrait de ce dernier en ne séparant jamais ces deux facettes. Il le fait à travers des entrevues avec des observateurs de la scène culturelle américaine, d’ex-collègues de la vedette déchue et certaines de ses victimes.

À ne pas manquer

Faire danser les souvenirs
D’abord présenté sur scène à l’automne dernier, le spectacle Vanishing mélodies, monté par les Ballets jazz de Montréal, construit autour de chansons du répertoire de Patrick Watson et racontant le périple intérieur d’une femme atteinte de la maladie d’Alzheimer, a droit à une somptueuse adaptation à l’écran. Une rare occasion de voir de la danse contemporaine à heure de grande écoute, dans des décors peu communs pour cette forme d’art.

Mélodies perdues
Télé-Québec, samedi 29 janvier, 21 h et sur Telequebec.tv


À voir en vidéo