«The Gilded Age»: l’ancien et le nouveau

Les acteurs Harry Richardson et Louisa Jacobson (au centre) dans une scène du premier épisode de la série «The Gilded Age»
Photo: Alison Rosa HBO Les acteurs Harry Richardson et Louisa Jacobson (au centre) dans une scène du premier épisode de la série «The Gilded Age»

Bien qu’elles se déroulent à des époques différentes et dans des sociétés distinctes, il existe plusieurs similitudes entre les séries Downton Abbey et The Gilded Age, toutes deux créées par Julian Fellowes. Tandis que Downton Abbey raconte le quotidien d’une famille d’aristocrates, les Crawley, de 1912 à 1926 dans leYorkshire, The Gilded Age met en scène différentes familles bourgeoises de New York en 1882, en pleine période de reconstruction qui suivit la guerre de Sécession et se termina au début du XXe siècle.

Au cœur des deux séries, Fellowes effleure plus qu’il n’explore les rivalités entre les classes, les mariages de convention, la condition féminine et les inégalités sociales. Du côté des personnages féminins, qui dominent cet univers cruel où les vieilles fortunes lèvent le nez sur les nouveaux riches, on retrouve plusieurs ressemblances avec la famille Crawley.

Personnage central de cette somptueuse série de 10 épisodes, Marian Brook (Louisa Jacobson, fille de Meryl Streep), orpheline désargentée de la rurale Pennsylvanie recueillie par ses riches tantes new-yorkaises, la veuve cynique Agnes Van Rhijn (Christine Baranski) et la vieille oie blanche Ada Brook (Cynthia Nixon), combine plusieurs qualités des filles de Lord Grantham. On retrouve chez elle l’ambition de Mary, la sensibilité d’Edith et l’ouverture d’esprit de Sybil.

La dynamique entre la jeune fille et ses tantes évoque également les rapports entre les trois sœurs. Ainsi Agnes se montre aussi méprisante que Mary à l’égard de ceux qui n’appartiennent pas à sa caste. À l’instar de Mary à l’endroit d’Edith, Agnes rabroue sa cadette Ada, dont les prétendants n’ont jamais été à la hauteur des idéaux familiaux et qui vit aux crochets de son aînée. Pour pimenter leurs échanges, Julian Fellowes réserve à la flamboyante Christine Baranski les répliques les plus caustiques, rendant Agnes aussi redoutable que la comtesse douairière incarnée par dame Maggie Smith. Comme Sybil, Marian fait trembler ses tantes avec ses idées progressistes. Ira-t-elle jusqu’à contracter un mariage d’amour plutôt que d’épouser de l’argent comme toute jeune fille qui se respecte ?

À ce trio se greffe Peggy Scott, jeune femme instruite de bonne famille qui rêve d’être romancière et qu’Agnes engage comme secrétaire. Le hic, c’est que Peggy est une femme de couleur, comme le disent du bout des lèvres les domestiques, guère plus évolués que leurs maîtres engoncés dans leurs strictes conventions sociales, et les amis de la famille. Par l’entremise de Marian et de Peggy, Julian Fellowes et la scénariste Sonja Warfield feront entrer le spectateur dans les diverses classes sociales afin d’en souligner les travers et, très souvent, le ridicule. Si fascinante soit cette plongée, on regrette qu’elle génère peu d’émotion. Serait-ce le port du corset qui rend l’interprétation aussi rigide et glaciale ?

En terrains connus

Faisant écho à Downton Abbey, The Gilded Age s’avère essentiellement une peinture d’un milieu où la classe dominante, ici la grande bourgeoisie de descendance européenne, lutte férocement afin de ne pas être supplantée par celle qui a fait fortune grâce à la révolution industrielle. Dans cette guerre en dentelles entre la vieille garde et les nouveaux riches, tous les coups sont permis et les conséquences peuvent être fatales. Les précieuses et hypocrites dames Morris (Katie Finneran) et Fane (Kelli O’Hara) l’apprendront à leurs dépens au cours de cet impitoyable jeu de serpents et échelles.

Plutôt que de se faire la guerre, ne devraient-ils pas créer des alliances ? Pour renflouer ses coffres, lord Grantham n’avait-il pas épousé une riche Américaine ? Qui sait si ce ne sera pas le sort de la pauvre Gladys Russell (Taissa Farmiga), traitée comme une gamine par sa mère qui nourrit l’espoir de lui trouver le meilleur parti.

Inspirés des Vanderbilt, la fière et ambitieuse Bertha Russell (Carrie Coon) et son magnat du chemin de fer de mari, George (Morgan Spector), sèment l’émoi lorsqu’ils emménagent dans leur opulente résidence de la Cinquième Avenue. La bonne société voit d’un très mauvais œil ce faste évoquant les beaux jours de Versailles. Plus les Russell voudront se tailler une place, plus leurs rivaux feront tout pour les en empêcher avec l’aide de la puissante Mrs Astor (Donna Murphy), l’une des quelques figures historiques que Julian Fellowes fait entrer en scène par souci de vraisemblance.

Parmi les autres personnages ayant réellement existé qui font leur tour de piste, mentionnons Clara Barton (Linda Emond), fondatrice la Croix-Rouge américaine, qui mange à tous les râteliers, et T. Thomas Fortune (Sullivan Jones), éditeur et journaliste afro-américain, qui deviendra le mentor de Peggy. Malgré ces apports, force est d’admettre qu’avec son intrigue feuilletonesque, The Gilded Age livre une vision édulcorée de cette époque où les fossés entre les classes ne cessaient de s’élargir, au détriment de la classe ouvrière, il va sans dire.

À la mise en scène de cette série, captivante malgré ses airs de déjà-vu, les réalisateurs Michael Engler et Sally Richardson-Whitfield tirent profit des luxueux décors qu’ils transforment en labyrinthes, où maîtres et valets complotent les uns contre les autres afin de gravir les échelons dans cette société où l’argent est roi et où les jeunes font figure de monnaie d’échange. Si l’âge doré vous fascine et que la série vous laisse sur votre faim, on ne saurait trop vous recommander de voir, si ce n’est déjà fait, la magistrale adaptation du roman d’Edith Wharton L’âge de l’innocence, par Martin Scorsese.

 

L’âge doré (V.F. de The Gilded Age)

HBO, dès lundi, 21 h, ainsi que sur Crave et Super Écran

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