​Sur vos écrans: jouer avec les genres

«Après le party» est un mélange particulièrement bien dosé de comédie parfois bête et méchante et de polar policier plutôt classique, servi dans un écrin «anthologique», puisque chacun des épisodes présente le point de vue d’un personnage sur une même séquence d’événements.
Photo: AppleTv+ «Après le party» est un mélange particulièrement bien dosé de comédie parfois bête et méchante et de polar policier plutôt classique, servi dans un écrin «anthologique», puisque chacun des épisodes présente le point de vue d’un personnage sur une même séquence d’événements.

Enquête bouffonne

 

Il peut être hasardeux de croiser le suspense policier avec la comédie franche, mais parfois, la recette s’avère savoureuse, comme ce fut le cas pour Poupée russe (dont on attend la suite dans les prochains mois) et, plus récemment, la savoureuse série Only Murders in The Building.

La nouvelle création de Christopher Miller (Lego, le film), dont il scénarise et réalise plusieurs épisodes, fait partie de cette catégorie heureuse. Après le party (V.F. de The Afterparty) est un mélange particulièrement bien dosé de comédie parfois bête et méchante et de polar policier plutôt classique, servi dans un écrin « anthologique », puisque chacun des épisodes présente le point de vue d’un personnage sur une même séquence d’événements. À peu de chose près… Une partie du plaisir de cette enquête un peu bouffonne est d’en découvrir les joyeuses digressions, alors ne gâchons pas votre plaisir.

On y suit donc une demi-douzaine de personnages, tous des trentenaires qui viennent d’assister à la soirée de retrouvailles de leur école secondaire, 15 ans après l’avoir quittée, et qui ont poursuivi les célébrations dans la villa chic de bord de mer de l’un de leurs camarades de classe, un riche fils à papa pas très apprécié jadis, devenu depuis une star planétaire très superficielle. Celui qui se fait désormais nommer « Xavier » (Dave Franco, délicieusement détestable), chanteur et acteur très populaire mais pas trop talentueux, est retrouvé sans vie durant la soirée sur la plage au pied sa somptueuse résidence.

La nouvelle a le temps de faire le tour du monde quand la détective Danner (Tiffany Haddish, parfaitement hilarante), à qui ses supérieurs ne veulent pas donner l’enquête, séquestre les invités toujours sur place pour les interroger longuement, avec la ferme intention de trouver le coupable. C’est que certains d’entre eux auraient d’excellentes raisons de vouloir voir disparaître l’insolente vedette, dont ils ne gardent pas tous un très bon souvenir.

Les personnages principaux, qui incarnent chacun à divers degrés un « stéréotype » de comédie adolescente (le « bollé », la cinglée, le musicien cool, le fier-à-bras), livrent donc leur version personnelle de la soirée de conventum et de sa suite glamour, et révèlent ainsi les angles morts des récits des autres, ce qui fait avancer l’intrigue. Et qui la fait parfois aussi reculer un peu, sans que ça gâche l’ensemble. Au contraire.

En filigrane, l’intrigue de la policière ambitieuse et désobéissante aux ordres venus d’en haut ajoute un soupçon de suspense à ce « whodunnit » certes comique, mais qui nous tient en haleine tout du long. Il faut vraiment attendre jusqu’au tout dernier épisode (que nous n’avons malheureusement pas pu voir) pour découvrir qui est le (ou les ?) coupable. La réussite de cette proposition casse-cou tient bien sûr au scénario finement ciselé, même s’il est essaimé de blagues un peu grasses, à la générosité de ses interprètes, qui s’avèrent très efficaces autant dans les scènes comiques que plus sérieuses, et à la réalisation originale de Miller et consorts, qui papillonne d’une esthétique et d’un genre à l’autre (action, comédie musicale, animation) au gré des confessions des personnages.


Après le party (V.F. de The Afterparty)
AppleTV+, dès le 28 janvier

 

Parodier sans gêne

 

Le moins qu’on puisse dire, c’est que le géant rouge du streaming peut faire preuve d’autodérision. Tout juste un an après avoir lancé le thriller psychologique Une femme à la fenêtre, passablement éreinté par la critique, Netflix lance une série qui parodie à gros traits ce bide de Joe Wright mettant en vedette Amy Adams, mais aussi tous les suspenses du genre dont la protagoniste, traumatisée, carburant à l’alcool et aux médicaments, et toujours cloîtrée chez elle, est témoin d’un crime odieux.

The Woman in the House Across the Street from the Girl in the Window se moque sans vergogne, jusque dans son titre, des tics et travers de ce genre de production à suspense : les personnages (bourgeois) aux contours prévisibles, la narration et des dialogues faussement réfléchis et philosophiques qui tournent en rond, les moments dramatiques appuyés par des phénomènes météorologiques soudains et des musiques pompières, sans oublier les traumatismes insolubles de l’héroïne.

L’exercice parodique pourrait rapidement devenir très lourd (il l’est parfois un peu…), voire carrément insupportable, mais il évite plutôt agréablement la catastrophe grâce à une modulation intelligente de la caricature, qui ne noie pas complètement l’intrigue criminelle de la série. On suit donc Anna, artiste « friquée » à la quarantaine triste, qui passe ses journées assise à sa fenêtre à écluser les bouteilles de rouge et à se bourrer de calmants pour oublier la mort tragique de sa fillette trois ans plus tôt.

Jusqu’au jour où emménage en face de chez elle un séduisant nouveau voisin, veuf et père lui aussi d’une charmante fillette, avec qui elle sympathisera un certain temps. La relation cordiale tourne rapidement au cauchemar quand Anna croit avoir été témoin d’un meurtre chez ce voisin devenu inquiétant. À moins que ce ne soit le fruit de son imagination. Ou d’hallucinations…

La comédienne Kristen Bell (The Good Place), également coproductrice de la série, donne une profondeur inattendue à ce personnage aux allures de cliché ambulant, et du même coup une certaine « crédibilité » à l’intrigue échevelée mais prévisible de cette série volontairement très caricaturale, mais tout de même fort prenante. On en vient même à se demander (un peu) qui est le coupable du possible crime. C’est dire.


La femme qui habitait en face de la fille à la fenêtre (V.F. de The Woman in the House Across the Window
Netflix, dès le 28 janvier

 

Quand le passé revient

 

La prémisse d’In From the Cold peut faire penser immédiatement à l’excellente série The Americans : une ex-espionne russe (Margarita Levieva, dans une performance athlétique !), devenue une mère de famille américaine « ordinaire » depuis de nombreuses années, est forcée de reprendre du service par un agent de la CIA qui l’a démasquée, alors qu’elle est en Espagne pour une compétition de patinage artistique de sa fille adolescente victime d’intimidation.

Elle devra mettre à profit ses talents longtemps enfouis et certaines caractéristiques physiques bien particulières afin d’empêcher un groupe clandestin nationaliste espagnol d’assassiner le premier ministre de ce pays. Rapidement, cette série créée et scénarisée par Adam Glass, aux allures de thriller psychologique et politique façon guerre froide, bifurque vers la science-fiction et laisse beaucoup de place aux scènes de combats un peu longuettes, quoique fort bien exécutées. Pour la subtilité, il faudra repasser.

Cela dit, ce thriller fourre-tout, bourré d’incohérences, miné par ses trop nombreux arcs narratifs inégalement exploités et sa galerie de personnages à peine esquissés, se laisse regarder avec un plaisir pas trop coupable. Les scènes fort convaincantes plantées dans le passé soviétique de l’héroïne, de scènes d’action à la Nikita et les dénouements d’épisodes angoissants peuvent facilement nous convaincre de rester « captifs » de cette série jusqu’à la fin.


Au service du passé (In From the Cold en V.O. multilingue)
Netflix, dès le 28 janvier

À ne pas manquer

L’urgence climatique, encore
 

En 2009, le photographe Yann Arthus-Bertrand, qui s’était fait connaître pour son superbe ouvrage La Terre vue du ciel, marquait un grand coup avec Home, son premier film (diffusé le même jour sur les ondes télé du monde entier), qui témoignait avec de sublimes images de notre planète de l’urgence d’agir pour freiner la destruction de celle-ci. Douze ans plus tard, Arthus-Bertrand propose une réflexion plus personnelle sur son parcours professionnel, mais aussi un portrait de notre Terre mal en point et de ses beautés, qui risquent de bientôt disparaître.

Legacy. Notre héritage
Explora, samedi 22 janvier, 21 h, rediffusion, jeudi, 10 h



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