«Archive 81»: horreur préenregistrée

Mamoudou Athie, qui est excellent  et se révèle le plus gros atout de la série, incarne Dan Turner, un jeune archiviste et restaurateur spécialiste des technologies analogues pour un musée du cinéma de New York.
QUANTRELL D. COLBERT NETFLIX Mamoudou Athie, qui est excellent et se révèle le plus gros atout de la série, incarne Dan Turner, un jeune archiviste et restaurateur spécialiste des technologies analogues pour un musée du cinéma de New York.

À l’écran, une jeune femme hurlant et essayant désespérément d’échapper à une menace hors champ. L’image parasitée rappelle la fameuse finale du film The Blair Witch Project (Le projet Blair). De fait, c’est du sous-genre du « found footage », ou « matériel trouvé », que relève la nouvelle série de Netflix Archive 81 (V.O. et V.F.). Cela, en partie du moins, car il est vrai que cette adaptation du balado du même nom, imaginé par Dan Powell et Marc Sollinger, ratisse très large dans ses influences horrifico-surnaturelles. En font foi les quatre premiers épisodes — sur un total de huit — d’une cinquantaine de minutes chacun.

Mamoudou Athie (vu dans Black Box), qui est excellent et se révèle le plus gros atout de la série, incarne Dan Turner, un jeune archiviste et restaurateur spécialiste des technologies analogues pour un musée du cinéma de New York. En s’attelant au nettoyage et au visionnement de mystérieuses vidéocassettes, Dan découvre que l’étudiante qui les a tournées, une certaine Melody Pendras (Dina Shihabi, vue dans Altered Carbon), a peut-être connu un destin funeste.

C’est en tout cas ce que des extraits lourdement endommagés, mais évidemment juste assez lisibles pour intriguer, laissent entrevoir. Or, il appert que Dan a un lien personnel avec les événements captés… On n’en dira pas davantage.

D’entrée de jeu, on a la nette impression de se trouver en terrain familier. Ce qui n’est pas un mal en soi. Archive 81 revêt en effet une dimension « confortable » pour les amatrices et amateurs d’effroi en format feuilletonesque.

Tout dépendant de l’état d’esprit de qui regarde, la familiarité du champ référentiel s’avérera une bénédiction ou une malédiction. De fait, selon que l’on soit bien ou mal disposé envers ce type de propositions, les nombreux rappels à d’autres œuvres du genre — une variation moderne de l’incontournable cabane au fond des bois d’Evil Dead (L’opéra de la terreur), le déjà mentionné The Blair Witch Project, les films anthologiques V/H/S, The Ring (Le cercle), Twilight Zone (La quatrième dimension), Rosemary’s Baby (Le bébé de Rosemary), la musique à la Philip Glass pour Candyman au premier épisode, entre autres — seront perçus comme d’irrésistibles hommages ou, à l’inverse, d’agaçantes preuves d’un manque d’imagination (j’appartiens au premier camp).

Cette approche « référentielle », voire « méta », est en l’occurrence devenue typique de moult productions associées à l’horreur ces dernières années. Si cette tendance vous agace, passez votre chemin. Si, en revanche, vous en êtes friand, la magie (noire) devrait opérer.

Soignée et efficace

Créée par Rebecca Sonnenshine, derrière les séries The Vampire Diaries et The Boys, Archive 81 est coproduite par James Wan, réalisateur des films The Conjuring (La conjuration) et Malignant (Maléfique), et Rebecca Thomas, réalisatrice de plusieurs épisodes de Stranger Things. C’est dire qu’en dépit de ce qu’elle n’annonce aucune révolution, la série a été conçue avec savoir-faire.

Mis en scène par Rebecca Thomas, les deux premiers épisodes sont d’ailleurs très soignés, avec un montage et un habillage sonore qui induisent un sentiment croissant de paranoïa. Le parti pris de revisiter le passé par l’entremise des bandes-vidéo en épousant d’abord l’esthétique âpre inhérente à celles-ci, pour ensuite poursuivre avec une facture visuelle classique, aide en outre à la fluidité narrative de l’ensemble.

Autrement dit, « found footage » ou pas, la série ne devient jamais l’esclave d’une « gimmick ».

On est ainsi happé dans l’univers professionnel de Dan, un monde quasi parallèle, de même que par les tribulations, des années plus tôt, de Melody, les deux protagonistes se rejoignant de diverses façons, notamment par leurs antécédents familiaux troubles et par leurs psychés fragiles ; de beaux personnages.

Coréalisés par Justin Benson et Aaron Moorhead (Spring, The Endless), les troisième et quatrième épisodes approfondissent les personnages principaux, mais également secondaires (une belle galerie de sombres individus). La qualité formelle demeure au rendez-vous. À signaler toutefois que le récit, qui, non content d’alterner passé et présent, se met à jouer sur divers niveaux de réalités, devient de plus en plus alambiqué à partir du troisième épisode.

Quoi qu’il en soit, le fait que l’on veuille revenir à Archive 81 afin d’en connaître l’issue atteste de l’efficacité de la série.

La série Archive 81 est diffusée sur Netflix depuis le 14 janvier.

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