Un chalet en automne

Anie Pascale, Caroline Dhavernas, Éric Bruneau et Rémi-Pierre Paquin dans une scène de la série «Aller simple», à Noovo
Photo: Sphere Media Anie Pascale, Caroline Dhavernas, Éric Bruneau et Rémi-Pierre Paquin dans une scène de la série «Aller simple», à Noovo

Lorsqu’un avocat criminaliste (Éric Bruneau), une femme d’affaires (Caroline Dhavernas), un ex-professeur de littérature (Luc Picard), un ancien policier recyclé dans la sécurité (Samian), une experte en marketing dépressive (Anie Pascale), un commerçant d’art religieux (Rémi-Pierre Paquin) embarquent à bord de l’hélicoptère d’un pilote peu amène (Marc Beaupré), ils ignorent qu’ils atterriront bientôt d’urgence au milieu de nulle part. Heureusement, un luxueux chalet aux armoires remplies de victuailles se trouve à quelques mètres de l’appareil.

À l’instar des personnages, le spectateur se posera d’innombrables questions. Avaient-ils vraiment rendez-vous chez un richissime homme d’affaires (Germain Houde) ? Le pilote a-t-il provoqué l’accident ? Quels sombres secrets cachent ces six inconnus ? Et la maîtresse du commerçant (Nathalie Doummar), une ingénieure qui ne devait pas être du voyage, est-elle une innocente victime des circonstances ?

Après deux épisodes d’Aller simple d’Annie Piérard, Bernard Dansereau et Étienne Piérard-Dansereau, à qui l’on doit l’excellente série L’imposteur (2016-2017), deux personnages auront perdu la vie. Toute ressemblance avec Ils étaient dix, roman d’Agatha Christie moult fois adapté au cinéma et à la télévision, n’est pas fortuite.

« Mais il n’y aura pas un mort à chaque épisode », souligne l’autrice au cours d’un point de presse virtuel tenu lundi matin. Une autre chose qui est sûre, c’est que l’enquêteuse Juliette Michaud (Anick Lemay) aura bien des fils à démêler afin de connaître la vérité au terme du sixième et dernier épisode.

D’ailleurs, l’ordre de disparition — ou de punition ? — des personnages, qui risquent de voir leurs gestes répréhensibles étalés sur les réseaux sociaux, a-t-il à voir avec la gravité de leurs crimes ? « On n’a pas vraiment pensé à ça, répond Bernard Dansereau. En fait, pas dans ce sens-là. Le récit va changer par la suite et se développer de manière différente. »

Chère Agatha

Après Épidémie (2020), les auteurs avaient envie d’explorer de nouvelles avenues. Puis est arrivée la fin des tournages en raison de la pandémie. Ils ont alors eu l’idée d’un huis clos avec peu de personnages — qui auraient pu se tenir à deux mètres de distance les uns des autres sans que cela nuise au récit.

« De cette contrainte-là, on s’est dit que ce serait cool de faire un whodunit [« qui l’a fait »] parce qu’il y a une espèce d’interactivité dans un whodunit, c’est comme un jeu. Cet aspect-là nous apparaissait bien intéressant dans la mesure où on faisait un exercice où l’on tentait de dépoussiérer un peu le genre », explique Bernard Dansereau.

En actualisant cette forme classique de thriller que chérissait Agatha Christie, les Piérard-Dansereau souhaitaient aborder divers sujets actuels, dont les limites du système de justice.

« Ça nous obligeait à miser sur les personnages, sur ce qu’ils ont à raconter. C’était un peu le contraire d’Épidémie, où on montrait comment toute une société évoluait. Là, on parle de problèmes de société seulement à partir de personnages », explique Étienne Piérard-Dansereau.

« Rapidement, en écrivant, on en rajoutait : l’écrasement d’hélicoptère, l’enquête policière, l’entourage de certains personnages du huis clos, les flashbacks. Finalement, ça n’avait plus rien de facile à tourner », se souvient Annie Piérard.

Cependant, le trio pouvait compter sur leur complice de L’imposteur et d’Épidémie, Yan Lanouette Turgeon, qui, malgré les défis posés par l’ère covidienne, était ravi de tourner en automne : « Si c’était juste de moi, je ne tournerais qu’en automne. Les astres s’alignaient pour qu’on tourne durant cette période-là. Tout en sachant qu’on allait tourner là [Wentworth-Nord, à une vingtaine de kilomètres de Lachute], on savait qu’on allait pouvoir profiter d’une richesse aux cadres, à la lumière. L’automne se prêtait tout à fait à nos propos. Ça “fittait” aussi dans la palette de couleurs qu’on était en train d’établir. »

Si Aller simple est à des lieues des séries précédentes, tant dans sa facture et sa structure que dans son écriture, on y retrouve un thème exploré dans L’imposteur, celui de l’identité, voire de la dualité.

« On n’avait pas envie d’offrir des calories vides, résume Annie Piérard. C’est sûr que c’est une formule ludique, mais il y a une réflexion sur l’humain. Au fil des épisodes, cette réflexion-là va se préciser, mais effectivement, il y a une volonté de parler de l’homme et de l’hommerie. »

Aller simple 

Noovo, dès mercredi, 20 h. ​En rattrapage à noovo.ca.

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