«La confrérie»: double vie

La comédie dramatique exploite les codes du thriller sur fond de carnaval hivernal.
Photo: Noovo La comédie dramatique exploite les codes du thriller sur fond de carnaval hivernal.

Patrice (Guillaume Cyr) cache un lourd secret : depuis dix ans, c’est lui qui incarne le Bonhomme des neiges. À moins d’un mois du Festival des neiges de Québec, il doit passer le flambeau, pour des raisons de santé, à son meilleur ami, Simon Grenier (Pierre-François Legendre), propriétaire du casse-croûte Régal des chutes et célébrité locale.

« T’es le fucking Bonhomme ! Mais pourquoi tu me l’as jamais dit ? » s’exclame-t-il, les yeux brillants, lorsque Patrice, après l’avoir entraîné dans un grand entrepôt désert, déclenche l’ouverture des portes de la chambre forte contenant le costume de la mascotte. « Ben, la première règle de la Confrérie, c’est de pas en parler », lui répond-il. « Ah oui, comme dans Fight Club ! » réplique Simon, aussi excité que s’il avait découvert que Patrice était Batman.

Imaginez le bonheur pour ce restaurateur dont la vue des nouveaux napperons à l’effigie du Bonhomme des neiges le transporte déjà de joie. Or endosser ce rôle n’est pas une mince tâche, et Simon l’apprend très tôt en constatant les difficultés de cacher sa nouvelle identité à sa blonde, Caroline Dubreuil (Isabelle Blais), qui le soupçonne bientôt d’infidélité, et à leurs enfants, Lily (Romane Denis) et Félix (Vincent Millard). Entre alors en scène le sombre Bruno Brodeur (Guillaume Lambert), qui n’entend pas à rire après avoir découvert que « son » Bonhomme n’était plus tout à fait le même. Dans la Capitale-Nationale, on ne badine pas avec le carnaval.

Neige noire

Pilotée par le réalisateur Guillaume Lonergan (L’âge adulte, M’entends-tu ?, Audrey est revenue), La confrérie, dont deux des douze épisodes ont été dévoilés à la presse, s’annonce comme une comédie dramatique loufoque, où l’on prend plaisir à jongler avec les codes du thriller, plus précisément ceux du nordique noir à la Fargo, série dérivée du film des frères Coen ou, plus près de nous, Série noire, de Jean-François Rivard et François Létourneau. À l’écriture de cette série produite par ComediHa ! avec la collaboration de Bell Média, on retrouve Philippe Gendron, Kristine Metz et Julien Tapp, fiers diplômés en Écriture humoristique de l’École nationale de l’humour. Supervisent le joyeux trio à la script-édition Daniel Gagnon, coscénariste de la série Le bonheur, et Eric Belley, producteur et vice-président Création, Innovation et Développement de ComediHa !.

Il y a tant de personnages clés dans La confrérie — au moins une douzaine — que ceux-ci n’apparaissent pas tous dans les deux premiers épisodes, où l’on a préféré installer lentement mais sûrement l’atmosphère tour à tour fébrile et glauque qui règne à Québec à quelques semaines du festival d’envergure internationale. En attendant de rencontrer les autres membres de la Confrérie, dont « l’homme de main » Franie (Florence Longpré), qui prend sa mission très au sérieux, on découvre que la cellule familiale de Simon est sur le point d’éclater.

Galvanisé par l’euphorie que déclenche chacune de ses apparitions publiques dans le costume du Bonhomme, Simon ne se rend pas compte que son ambitieux de fils fricote avec son flamboyant frère cadet Stéphane (Mathieu Quesnel). Se sentant négligée par Simon et insatisfaite de sa carrière à la Ville, Caroline pourrait bien s’encanailler… et entraîner avec elle son amie Katherine (Mélissa Bédard), femme de Patrice. Le couple Dubreuil-Grenier donnera du fil à retordre à l’agent Chagnon (Alexandre Goyette), qui ne semble pas non plus au-dessus de tout soupçon.

L’autre couple qui risque de semer le trouble, c’est celui que forment Lily Grenier et Mélanie Dridi (Leïla Thibeault-Louchem), tenancière de bar qui connaît bien les frasques de jeunesse de Caroline. Irait-elle jusqu’à la faire chanter afin de contourner certains règlements de la Ville ? Et qu’en est-il du sulfureux Francis Roy (Mathieu Baron), propriétaire du club échangiste Le Niagara ?

Souhaitons que toute cette faune sache nous égayer durant la froide saison. Signalons déjà le plaisir de retrouver Isabelle Blais, attachante en banlieusarde désabusée, aux côtés de Pierre-François Legendre, naïf à souhait en mascotte obnubilée par sa nouvelle notoriété. Avec ce que nous ont fait vivre les durs à cuire de Sainte-Foy dans C’est comme ça que je t’aime, du tandem Rivard-Létourneau, la barre est haute. Très haute.

 

La confrérie

Sur Noovo, lundi, à 19 h 30

En direct et en rattrapage sur noovo.ca

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