Livraison à domicile gratuite de courts métrages, façon Plein(s) Écran(s)

Une scène de «Y’a pas d’heure pour les femmes»
Photo: Fournie par Plein(s) Écran(s) Une scène de «Y’a pas d’heure pour les femmes»

Nous n’avons aucune excuse pour ne pas participer à la sixième édition de Plein(s) Écran(s), qui se tient du 12 au 23 janvier prochains : le festival de courts métrages se déroule en ligne, et la sélection d’œuvres québécoises, agrémentées de films belges choisis par les programmatrices du Festival international du film francophone de Namur, est présentée gratuitement.

En plein confinement, ce riche programme sera reçu comme un cadeau par les cinéphiles, se réjouit Ariane Roy-Poirier, directrice de la programmation, qui y va de ses suggestions de courts incontournables.

« L’année dernière, on était dans une situation où tout le monde était confiné à la maison, à la recherche de divertissement, rappelle Ariane Roy-Poirier. On comblait un besoin. On s’imaginait que la situation serait différente cette année, mais nous revoilà dans le même scénario où les gens ont très hâte à Plein(s) Écran(s) parce que, on peut le dire, c’est rare qu’on ait accès à du cinéma de si grande qualité à la maison gratuitement ! »

Certes, Ariane Roy-Poirier et ses collègues de Plein(s) Écran(s) apprécient l’authentique expérience du cinéma en salle, mais la mission du festival en ligne se situe ailleurs, explique-t-elle : « On veut accrocher les gens qui ne vont pas en salle voir des films, et encore moins payer un billet pour aller voir du court métrage en salle. »

D’autant que, si le court métrage est souvent l’occasion pour les jeunes cinéastes de donner leurs premiers tours de manivelle à l’aide d’une caméra, il peine à exister hors du circuit des festivals spécialisés. « C’était ça, l’idée de notre événement : donner une seconde vie à ces films. »

Cette année, plus de 200 films ont été soumis à la directrice, et elle n’en a retenu que 24. « C’est un peu moins de films que par les années précédentes. Je pense qu’on ressent les effets de la pandémie sur la production, mais on sent que nos créateurs ont été débrouillards, malgré les contraintes, et qu’ils avaient besoin de s’exprimer. On a surtout reçu beaucoup de bons films. »

Les choix commentés d’Ariane Roy-Poirier

Joutel

Drame d’Alexa-Jeanne Dubé. Avec Marie Tifo et Pierre Curzi. Québec, 2021, 15 minutes. Diffusion le 12 janvier.

C’est notre film d’ouverture, qui donne le ton au festival. Nous avions présenté les deux précédents d’Alexa-Jeanne Dubé, qu’on aime et qu’on suit. Elle a une façon de faire du cinéma qui est tellement rafraîchissante ! Ça fait du bien de voir comment elle s’amuse avec la forme tout en racontant une histoire touchante. Avec Marie Tifo et Pierre Curzi, qui forment un couple menant une petite vie banale, ça m’a tout de suite touchée de les voir jouer ces rôles ensemble. Le personnage de Curzi découvre un raton laveur mort sur son terrain, et ça déclenche en lui une crise existentielle. Celui de Tifo suggère d’aller enterrer le corps à Joutel, un village aujourd’hui fantôme qu’ils ont déjà habité. On y trouve une grande réflexion sur la mort, avec quelque chose d’étrange, de mystérieux, dans la réalisation.

Photo: Fournie par Plein(s) Écran(s) Une scène de «Joutel», le film d’ouverture du festival Plein(s) Écran(s)

Y’a pas d’heure pour les femmes

Documentaire de Sarra El Abed. Québec, 2020, 19 minutes. Diffusion le 12 janvier.

J’ai eu un coup de cœur pour ce documentaire de Sarra El Abed, qui a connu un beau succès sur le circuit des festivals. La réalisatrice montréalaise retourne à Tunis tourner ce film dans le salon de coiffure de sa grand-mère ; il s’en dégage beaucoup de familiarité et d’intimité, puisqu’elle connaît les clientes qu’on croise au salon. Or, le film a été tourné lors des élections présidentielles tunisiennes de 2019. On assiste donc aux discussions entre ces femmes, il y est question du passé et de l’avenir du pays, du climat politique, etc. Je n’ai jamais vu un film marier aussi bien l’intime et le politique tout en ayant une thématique féminine aussi forte. Ces femmes sont attachantes et drôles, ça faisait longtemps qu’un documentaire m’avait fait autant de bien.

Le dragon à deux têtes

Documentaire de Páris Cannes. Avec Juergen Cannes et Páris Cannes. Belgique, 2019, 21 minutes. Diffusion le 15 janvier.

Un de mes films préférés de la sélection. Je n’avais jamais vu un film pareil : c’est l’histoire de jumeaux qui quittent leur pays natal — le Brésil — parce qu’ils sont ostracisés en raison de leur orientation sexuelle. Un s’installe à Bruxelles alors que l’autre réside illégalement à Berlin ; le premier doit toutefois aller aider le second, qui s’est blessé. Un des éléments intéressants du film, c’est qu’on suit à distance des jumeaux, l’écran étant divisé en deux. La forme est magnifique dans ce film militant, mais poétique — c’est un documentaire qui a l’air d’une fiction. La personnalité du réalisateur se reflète dans la forme de son film. Ça m’a bouleversée.

Au plaisir les ordures !

Comédie de Romain Dumont. Avec Caroline Dhavernas. Québec, 2021, 17 minutes. Diffusion le 19 janvier.

Un second court métrage pour Romain Dumont, très maîtrisé, mais ce que j’apprécie, c’est qu’il s’agit d’une comédie politique, ce qu’on voit peu au cinéma ici. Une remise en question du système, le thème de la lutte des classes… On a un peu l’impression de se retrouver avec un film de Pierre Falardeau, mais en plus doux ! C’est l’histoire de trois éboueurs invités à un souper de Noël par le premier ministre, qui pose ce geste dans le cadre d’une campagne promotionnelle destinée à séduire la population. Il y a beaucoup d’inconfort durant ce souper. Les personnages sont tous très intéressants et se révèlent au compte-goutte à travers le film, drôle et pertinent. Entre le conte révolutionnaire et la satire politique, avec une distribution incroyable.

Jontae

Film d’art de Kyana Lyne et Siam Obregón. Avec Jontae McCrory. Canada, 2020, 8 minutes. Diffusion le 21 janvier.

Un film que j’ai découvert au festival Regard sur le court [à Saguenay]. Jontae, c’est Jontae McCrory, artiste multidisciplinaire, réalisateur et surtout chorégraphe et danseur. Un film en noir et blanc sur la danse, sans musique, rythmé par le son de la respiration de Jontae. La caméra est magnifique, elle épouse les mouvements du danseur. Rien n’est dit, tout est suggéré par le mouvement de son corps et les émotions perceptibles dans son visage, mais on comprend beaucoup de choses, selon ce qu’on ressent en le regardant danser. Ce film a été fait en réponse à la mort de George Floyd, en phase avec le mouvement Black Lives Matter. Il y est question de racisme et de souffrance, c’est très beau.

Plus de détails sur le site officiel du festival ou sur sa page Facebook.

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