«Dors avec moi» un drame qui flirte avec l'horreur

Sophie Cadieux et Elkahna Talbi dans «Dors avec moi»
Photo: Éva Maude TC Sophie Cadieux et Elkahna Talbi dans «Dors avec moi»

Annoncée sur le site de Tou.tv comme un « suspense psychologique chargé de mystère », la websérie Dors avec moi plonge de plein fouet le spectateur dans le douloureux quotidien d’un couple endeuillé. Un an après la noyade de leur fille de six ans, Camille (Emma Lafrenière, l’adorable petite peste de Survivre à ses enfants), dans la piscine familiale, Laurence (Sophie Cadieux) et Daniel (Ted Pluviose, le concierge Toussaint Pierre de Nous) voient leur relation se déliter au fil des jours. Très tôt, d’étranges phénomènes surviennent dans cette maison devenue trop grande. Est-ce Laurence qui, malgré le soutien de sa meilleure amie Nadia (Elkahna Talbi), s’enfonce dans la psychose ? Ou est-ce une entité maléfique qui manifeste sa présence ?

« Quand on a créé Dors avec moi, on s’arrangeait pour mettre le drame humain et non pas les codes de l’horreur au cœur de la construction de la série, explique la scénariste Mireille Mayrand-Fiset, tout en mentionnant qu’elle n’a jamais vécu pareil drame. L’horreur venait servir l’histoire et non pas l’inverse. C’était important pour nous de raconter une histoire d’abord et avant tout, de mettre en scène un drame, puis d’ajouter des éléments de l’horreur qui viennent le magnifier, l’appuyer et l’approfondir sans que ce soit trop mélodramatique. »

En se fiant aux cinq premiers des huit épisodes déposés sur le site de presse de Radio-Canada, Dors avec moi s’avère un drame prenant mâtiné d’horreur et de fantastique aux images aussi soignées que saisissantes porté par une trame sonore anxiogène de Pierre-Philippe Côté, alias Pilou, et d’Alexis Elina. Ceux et celles n’ayant pas pu regarder des séries telles The Haunting of Hill House ou Bly Manor pourront-ils savourer cette série réalisée par Charles Grenier ?

« Le ton que Charles a installé dans sa mise en scène, dans ses images, est plus du niveau de l’angoisse que de la terreur, répond la scénariste. Ce n’est pas quelque chose que tu vas regarder en te cachant les yeux ; c’est sûr qu’il y a des éléments qui abordent l’horreur de façon plus frontale à la fin, mais je ne sais pas si j’utiliserais le mot “terrifiant”. »

Une revenante

 

Alors que Daniel tente de passer à autre chose, de vendre la maison, d’ouvrir la porte de la chambre de Camille, Laurence, incapable de retourner travailler, est victime d’hallucinations comme il arrive fréquemment lors d’un deuil. À tout moment, le spectre de la fillette lui apparaît. Plus le temps passe, plus Laurence a l’impression que sa fille veut communiquer avec elle, l’empêcher de quitter la demeure familiale.

« Il y avait dans l’écriture une espèce d’intimité de l’horreur, avance Sophie Cadieux. C’est comme un jeu de perceptions et c’est ce qui a beaucoup guidé le travail. Ce suspense-là a été mon partenaire de jeu principal. Pour moi, tout au long du tournage, c’était quelque chose, c’était quelqu’un. Charles a testé beaucoup de choses plus frontales, très perceptives. Ensuite, il s’est amusé avec les codes de l’horreur, à savoir ce qui appartient vraiment au réel de cette sensation-là et au deuil qui est en processus. C’est pour ça qu’on reste plus dans l’angoisse et le drame psychologique que dans l’horreur frontale. Le sujet est tellement délicat que dès que tu as un peu d’empathie, tu comprends où Laurence s’en va. »

De fait, bien que l’atmosphère glace le sang et que le mystère captive l’intérêt d’un épisode à l’autre, c’est d’abord la détresse de cette mère qui bouleverse. Laurence est si investie dans son deuil qu’elle laisse peu de place à Daniel pour exprimer sa propre peine. Entre eux, le dialogue se fait cinglant, impitoyable.

« Il y avait dans le texte de Mireille toute la gradation des sentiments de Laurence, explique l’actrice. Même dans les scènes silencieuses, il y avait déjà toute cette sensibilité-là ; pour moi, ça a été vraiment un plaisir de faire ce parcours. Daniel et Laurence se ramènent dans leurs derniers retranchements. Ce que je trouvais beau du scénario de Mireille, c’est l’économie de mots, les silences. Les personnages ont tellement ruminé dans leur silence et leur propre histoire que lorsqu’ils parlent, il n’y a pas d’entrée en matière, c’est extrêmement cru et violent. Il n’y a plus de gants blancs. »

Un monstre

 

Dès le premier épisode, le spectateur curieux remarquera deux noms au générique : celui de l’acteur et danseur Lael Stellick, qui incarne le monstre au dernier épisode, et celui du maître du maquillage et d’effets spéciaux Rémy Couture. Une fois de plus, la scénariste se fait rassurante : « C’est de l’horreur soft. Avec Charles, on a eu de nombreuses discussions sur le monstre. Sa vision et sa réalisation complètent vraiment ce que j’avais mis en place. On a ajouté une couche, une profondeur qui m’a ravie. On dirait que ce qu’il a amené dans sa mise en scène et sa direction d’acteur laisse une trace dans l’inconscient, crée une espèce de malaise. »

« On associe souvent l’horreur à des slashers, à du gore ; avec l’avènement des séries en rafale, il y a gens qui finissent par avoir accès à ça grâce aux différentes plateformes. Le fait que Tou.tv a ouvert la porte à ça via un drame psychologique qui culmine vers l’horreur va convaincre les gens qu’ils peuvent repousser leurs limites et être intéressés par une histoire sans qu’ils aient à craindre l’étiquette de l’horreur », conclut Sophie Cadieux.

Elle connaît la chanson

En plus d’être dramaturge et traductrice, Mireille Mayrand-Fiset est autrice-compositrice-interprète connue sous le pseudonyme Augustine. En 2016, elle a d’ailleurs fait paraître l’album The Devil in Me. Dans le troisième épisode de Dors avec moi, on peut entendre Thérèse, chanson qu’elle a écrite et composée avec Antoine Corriveau. « J’ai réussi à convaincre Charles de mettre une de mes chansons. J’avais l’impression d’être cette personne qui essaie de ploguer son beau-frère pour faire une job. Je suis vraiment contente qu’il a accepté », affirme la scénariste. « Je trouve que c’est un très beau complément à la série d’entendre la scénariste qui a réfléchi autrement à l’histoire », ajoute Sophie Cadieux.

Dors avec moi

ICI Tou.tv, dès le mercredi 12 janvier



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