«Peacemaker»: du James Gunn pur et dur

L’équipe de «Peacemaker» est dirigée par l’hermétique Clemson Murn (Chukwudi Iwuji) et est composée — de façon très convenue — du geek de service (Steve Agee), de l’agente compétente et en colère parce que, syndrome de la blonde oblige, trop souvent pas prise au sérieux (Jennifer Holland) et de la nouvelle venue naïve parachutée là, mais qui s’avère plus utile qu’on ne l’imaginait au départ (Danielle Brooks).
Photo: Photos HBO Max L’équipe de «Peacemaker» est dirigée par l’hermétique Clemson Murn (Chukwudi Iwuji) et est composée — de façon très convenue — du geek de service (Steve Agee), de l’agente compétente et en colère parce que, syndrome de la blonde oblige, trop souvent pas prise au sérieux (Jennifer Holland) et de la nouvelle venue naïve parachutée là, mais qui s’avère plus utile qu’on ne l’imaginait au départ (Danielle Brooks).

« Je veux la paix à tout prix. Peu importe le nombre d’hommes, de femmes et d’enfants que je dois tuer pour l’obtenir. » Traduction libre de l’entrée de Peacemaker dans The Suicide Squad de James Gunn (2021). Voilà qui représente bien la nature du personnage incarné par John Cena, qui fait l’objet de la première série télévisée du DC Extended Universe. En tout, on compte huit épisodes, dont les trois premiers arrivent le 13 janvier sur Crave, écrits par James Gunn qui en a aussi réalisé cinq. En pause obligée pour cause de confinement relatif à la COVID, il a créé cette série dérivée de The Suicide Squad. En huit semaines. Afin de passer le temps. De s’amuser.

Et pour s’amuser, il s’amuse beaucoup… oubliant au passage d’ajouter de la substance destinée à ceux qui consommeront la série. Un certain nombre d’entre eux espéreront en effet avoir plus à se mettre sous la dent que de la violence « cartoonesque », de l’humour grivois et des propos irrévérencieux qui coulent naturellement de la bouche de ces antihéros racistes et sexistes rappelant, chez DC Comics, les Deadpool et Venom de l’écurie Marvel.

Bref, dans la scène post-générique de The Suicide Squad, Christopher Smith/Peacemaker a survécu au tir de Bloodsport. Peacemaker — que les médias ont pu visionner au complet à l’exception du dernier épisode — explore les origines du personnage, qui se trouvent surtout dans sa relation avec son suprémaciste blanc de père (Robert Patrick), et démarre quelques mois après les événements survenus dans le long métrage.

Remis de ses blessures, le tueur patenté est une fois de plus recruté par une agence gouvernementale secrète, cette fois-ci afin de sauver le monde dans le cadre d’une mission ridiculement appelée « Butterfly ». Le « ridiculement » est de lui. Sauf que le terme est plus approprié qu’il ne le pense.

Le charisme du marbre

Son équipe est dirigée par l’hermétique Clemson Murn (Chukwudi Iwuji) et est composée — de façon très convenue — du geek de service (Steve Agee) ; de l’agente compétente et en colère parce que, syndrome de la blonde oblige, trop souvent pas prise au sérieux (Jennifer Holland) ; de la nouvelle venue naïve parachutée là, mais qui s’avère plus utile qu’on ne l’imaginait au départ (Danielle Brooks). Oh, et il ne faut pas oublier Eagly : l’aigle de compagnie de Peacemaker est le personnage le plus immédiatement attachant du groupe. Le regarder, c’est l’adopter.

À eux s’ajoute, de force, Adrian Chase, qui combat le crime sous l’identité et l’uniforme de Vigilante. Incarné par Freddie Stroma, il porte en fait bientôt les valeurs répugnantes de Peacemaker qui, dans ce nouveau contexte, perd en « douchebaguerie » et apparaît un peu en quête derédemption, comme si la série et James Gunn cherchaient à le rendre sympathique. Bizarre ? Assez.

En même temps, ça a été fait avec succès pour Harley Quinn, grâce à la formidable Margot Robbie. John Cena, ancien lutteur professionnel devenu acteur, est-il capable d’une semblable magie ? Étrangement, à sa manière à lui, oui. Charismatique, mais de façon différente de Dwayne « The Rock » Johnson (autre transfuge du ring), celui qu’on a vu en frère de Vin Diesel dans F9 est capable de livrer les répliques les plus aberrantes en affichant un visage de marbre. Sauf quand son personnage pleure-mais-ne-pleure-pas : il entraîne plutôt ses muscles faciaux, assure-t-il à ceux qui en sont témoins (pour les rassurer).

Ce « talent » et sa disposition absolue à faire tout et n’importe quoi, quitte à risquer le ridicule, sont d’ailleurs exploités dès le générique d’ouverture : suivi des différents groupuscules composant la distribution, John Cena apparaît dans une chorégraphie aussi absurde que son uniforme sur Do Ya Wanna Taste It de Wig Wam, qu’ils livrent tous avec une impassibilité et un sérieux impayables.

James Gunn, c’est James Gunn

Le ton de la trame sonore de la série, bourrée à en exploser de hard rock des années 1980 (James Gunn ne va pas sans) est ainsi donné. Et il est dommage que le plaisir débile ressenti dans cette entrée en matière ne se poursuive pas au même niveau dans les épisodes.

Les développements de l’intrigue donnent en effet l’impression de surgir ici et là, forcés, lorsque le cinéaste se sent le devoir de revenir à son histoire. On devine qu’il s’éclate surtout dans les innombrables parenthèses dialoguées et apartés entrecoupant l’action, faisant voler la tension en éclats de rire… quand on aime l’humour sarcastique, juvénile, vulgaire — à la James Gunn, quoi. D’où le sentiment de rester sur notre faim pour ce qui est de l’intrigue et, au bout de quelques épisodes, de piétiner.

Malgré tout, nul besoin d’être masochiste pour continuer : le spectateur persévérant, surtout s’il connaît bien l’univers DC, appréciera les références mordantes aux superhéros de l’écurie (qui y goûtent pas à peu près)  et sera captivé par certains des liens créés ici. Le plus fascinant, riche et sincère étant celui de Peacemaker avec Leota Adebayo (Danielle Brooks d’Orange is the New Black est fantastique). Ils sont aux antipodes, tant physiquement que psychologiquement et moralement. Un homme blanc à la silhouette musculeuse, une femme noire aux rondeurs assumées. Un vaniteux sans complexes, une incarnation du complexe de l’imposteur. Il a tué des centaines de fois, elle n’a jamais enlevé la vie à quiconque. Et ainsi de suite.

Disons que leurs seuls points en commun sont qu’ils ont une relation tendue avec leurs figures parentales et que tous deux aiment les femmes. Mais là encore, elle est mariée ; il cherche juste à tirer un bon coup. Ça aussi, c’est du James Gunn.

 

Peacemaker

Crave, dès le 13 janvier

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