Rythme et partis pris du «Bye bye 2021»

La production du Bye bye 2021 a même réussi à adapter in extremis la séquence d’ouverture à la vague Omicron, qui ne déferle pourtant que depuis trois semaines.
Photo: Radio-Canada La production du Bye bye 2021 a même réussi à adapter in extremis la séquence d’ouverture à la vague Omicron, qui ne déferle pourtant que depuis trois semaines.

Les prestations de Guylaine Tremblay et une constance au meilleur niveau des sketchs du Bye bye, les Dix Commandements de Cecil B. DeMille pour parodier le 3e lien à Infoman et le rythme endiablé de l’émission de France Beaudoin En direct du jour de l’An ont marqué la soirée télévisuelle du 31 décembre.

Mettre un peu de baume au cœur des téléspectateurs et leur redonner le sourire dans un contexte particulièrement morose n’était pas la plus mince des affaires en ce vendredi soir. Le succès plus ou moins éclatant des uns et des autres fut affaire de rythme. Celui-ci fut surprenant dans un Bye bye très soigné au ton aiguisé.

« L’élection fédérale déclenchée hâtivement par Justin Trudeau au coût de 600 millions de dollars a été tellement inutile qu’elle n’a même pas eu droit à un sketch dans le Bye bye », dit Pierre Brassard grimé en Pierre Bruneau.

Le sujet était ainsi liquidé. Il n’y en avait pas d’incontournable et ce fut bien l’un des secrets de la réussite de ce millésime piloté par Simon Olivier Fecteau et Guillaume Lespérance et, au passage, le grand avantage du Bye bye sur Infoman, Jean-René Dufort semblant avoir campé partiellement dans les bureaux de Justin Trudeau et François Legault pour ficeler son émission.

Prendre parti

Auriez-vous imaginé voir Marc Bergevin (le vrai !) commander un pudding chômeur face à Mario Tremblay, tout en refusant une « Molsonne », sous les yeux de Paul Wilson autre frais congédié du CH, dans une parodie de la publicité Uber Eats ?

À quand faut-il remonter pour trouver pareil feu roulant dans une première section de Bye bye ? La production avait même réussi à adapter in extremis la séquence d’ouverture à la vague Omicron, qui ne déferle pourtant que depuis 3 semaines.

Pour sa première apparition à un Bye bye, Patrick Huard dans « Dégât Fitness » endossait le rôle d’un propriétaire de gym considérant que comme « le virus est dans l’air » il suffisait de « faire des exercices au sol ».

Photo: Radio-Canada Patrick Huard dans le «Bye bye 2021»

Alors que l’on a beaucoup disserté sur la difficulté croissante de trouver des référents culturels communs, les bonnes revues de l’année 2021 (ce Bye bye tout comme le Death to 2021 de Netflix) adoptent un point de vue, plutôt que de chercher un consensus de plus en plus illusoire.

Les auteurs du Bye bye ont ainsi senti, anticipé et traduit une exaspération de la « majorité silencieuse » qui s’est fait jour dans des questions sur une éventuelle obligation vaccinale lors de récentes conférences de presse ministérielles. Yannick De Martino, en David Goudreault plus vrai que nature, a écœuré des manifestants antivax en « slammant », Guillaume Lemay-Thivierge (formidable Guylaine Tremblay) s’est fait servir avec ironie son allégeance à Médicago et Anne Casabonne son « vaccin de marde, inventé par des mardes » dans une parodie d’HeyAllo, service de vidéos personnalisées de célébrités.

Les référents communs étaient trouvés à bon compte. Martin Matte a enrichi le chapitre pandémie dans un « Beau malaise » fort bien troussé sur le couvre-feu. Le Canadien (« va-t-il perdre ou ne pas gagner ? »), qui « score aux danseuses » en a pris pour son grade, de même que Denis Coderre qui se heurtait à une vitre pour recevoir le commentaire : « Si vous faites de la politique, soyez transparents comme le mur que Denis vient de pogner ».

Le segment Coderre durait 45 secondes. C’est ça la recette : le punch, lapidaire et efficace. Pas étonnant qu’un certain enlisement survenait lorsque les bonnes intentions prenaient le pas sur l’efficacité. Cette édition était celle des invités surprises, dont RBO — Richard Z, Sirois et Chantal Francke inclus. Mais leur numéro de Mini Putt, reprise de leur tout 1er sketch, ne cadrait pas avec le rythme et le ton des autres segments, parmi lesquels une parodie de Loto-Méno (Véro a chaud) avec Sarah-Jeanne Labrosse en Véronique Cloutier ; une séance de vaccination avec François Bellefeuille, vétérinaire exalté, et Dany Turcotte ressuscitant Dany Verveine parmi les volontaires de JeContribue ; « The Woking Dead », mettant en scène François Legault en Duplessis des temps modernes face à des « wokes » et, après minuit, sur un ton plus potache, le sketch sur M. Patate non-binaire qui nous faisait découvrir, heureusement floutés pour les âmes sensibles, la vulve-oreille et le chapeau-gland. Mehdi Bousaidan a articulé les numéros musicaux avec Sarahmée en un pot-pourri comprenant notamment Peaches de Justin Bieber et The Business de Tiesto.

Comment s’étonner, dans ce contexte, de voir raillées les publicités inclusives du gouvernement ? À la question « Au Québec, quand on voit un groupe de jeunes Noirs dans un parc » les auteurs du Bye bye enchaînent avec « on appelle la police » ! Ledit policier use d’un mégaphone pour déclamer face à quatre individus des plus tranquilles : « Z’avez pas le droit d’être Noirs dans le parc ! Ça suffit cette violence. »

Dufort adouci ?

Lorsque le Bye Bye retrouve ainsi ses lettres de noblesse, des hiérarchies de moyens semblent naturellement se restaurer. Sans démériter, mais sans surprendre outre mesure, Infoman, pour lequel Jean-René Dufort s’était abondamment nourri de promiscuité avec Justin Trudeau et François Legault, apparaît désormais comme un parent inventif mais un peu pauvre.

Son moment de bravoure fut indéniablement la déclinaison des Dix Commandements de Cecil B. DeMille adaptés au 3e lien, un traitement nettement supérieur à celui du Bye bye dans le caméo décevant de RBO.

Infoman a bien débuté avec René Simard chantant Tourne la page et fini spectaculairement par une pulvérisation de 2021. Parmi les bonnes intuitions : retrouver le magasin de mitaines de Bernie Sanders, aller voir Phillip Danault à Los Angeles, dénicher l’avocat transformé en chat dans une réunion Zoom et faire donner des leçons de français à Tyra Banks.

Le tacle de la soirée est à mettre à l’actif de François Legault avec son « faudrait que les Québécois m’aiment un petit peu moins ; je pense engager Denis Coderre. » François Legault a aussi fait de l’esprit involontairement, dans cette émission préenregistrée en évoquant le couvre-feu de 2021 en ces termes : « Maintenant que c’est terminé… » !

Mais à part quelques piques nous n’avons pas retrouvé le mordant habituel de l’animateur. Pour preuve, le traitement fade du sujet du tourisme spatial que les curieux compareront avec la causticité du cinglant « Death to 2021 » de Netflix. Cela dit, sans Jean-René Dufort nous aurions passé la soirée sans nous rappeler que la démocratie a subi un dangereux assaut le 6 janvier au sud de nos frontières.

Le baume au cœur

Comme en 2020, Radio-Canada a bénéficié d’une rampe de lancement exceptionnelle avec En direct du jour de l’An. Tout le monde n’en a pas profité puisqu’une alerte Amber gouvernementale pour rappeler l’existence du couvre-feu a fait sauter le signal télévisuel de nombreux abonnés Helix de Vidéotron, ce que le fournisseur a appelé dans un gazouillis : « vivre un enjeu avec le service de télévision ».

Les rescapés ont, eux, vécu les 90 minutes les plus courtes de l’année. France Beaudoin, dont les invités étaient Michel Rivard, Stéphane Rousseau, Anne-Elisabeth Bossé et Dave Morissette, a décidément la recette pour mêler les rires et les larmes ou pour faire, mine de rien, une revue de l’année au sein d’un show endiablé. France Beaudoin sait aborder la violence conjugale, les décès d’êtres chers sans plomber l’ambiance dans un état de grâce porté par les valeurs d’inclusion et de partage de cette émission baume au cœur.

Photo: Eric Myre «En direct du jour de l'an»

On a vu Marie-Nicole Lemieux iodler, la famille Dion entonner Aline, les jeunes mairesses élues danser ensemble sur scène, les personnages de La p’tite vie, Marie Eykel de Passe-partout chanter pour l’ingénieure en aérospatiale Farah Alibay et on a frémi en entendant Paul Piché avec Safia Nolin, Patrice Michaud, Martin Deschamps et France Castel dans la chanson L’escalier.

Évidemment, même si le rythme s’est amélioré par rapport aux années précédentes, À l’année prochaine reste une étrangeté de tempo après une telle entrée en matière. Atout exceptionnel pour cette émission : Véronique Claveau, éblouissante dans ses imitations de Pénélope McQuade, Céline Dion et Christine Beaulieu. Nous avons bien aimé aussi Dominique Paquet en Dominique Ducharme et Michèle Deslauriers en Claire Samson, mais le segment sur l’annulation (aussi « cancel culture » ou « woke ») était très quelconque, Infoman ne faisant guère mieux ce qui confère aisément la palme au sketch du Bye bye.

Dans les univers parodiés un peu partout, on attendait notamment Dune, District 31 et Squid Game. On n’a pas vu le premier, pour le second Infoman en a fait revivre les morts, l’idole Poupou (Sébastien Delorme) se retrouvant dans le Bye bye déguisé en corneille dans une brillante parodie de Chanteurs masqués. Pour Squid Game, qui s’est décliné discrètement dans des numéros portés par certains protagonistes d’Infoman, le Bye bye a eu la très bonne idée d’en associer l’univers à celui de l’achat de biens immobiliers, la nouvelle jungle.

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