«Harry Potter 20e anniversaire»: retrouvailles plus sympathiques que magiques

Image tirée de «Harry Potter 20th anniversary: Return to Hogwarts», avec Rupert Grint, Emma Watson et Daniel Radcliffe, ou Ron Weasley, Hermione Granger et Harry Potter pour les intimes
Photo: HBO Max Image tirée de «Harry Potter 20th anniversary: Return to Hogwarts», avec Rupert Grint, Emma Watson et Daniel Radcliffe, ou Ron Weasley, Hermione Granger et Harry Potter pour les intimes

En novembre 2001, trois enfants d’une dizaine d’années sont passés instantanément de l’anonymat à la célébrité mondiale : pour des millions de personnes, Daniel Radcliffe, Emma Watson et Rupert Grint sont devenus Harry Potter, Hermione Granger et Ron Weasley. Pendant la décennie qui a suivi, ils ont grandi, traversé leur adolescence et appris le métier d’acteur devant les caméras, sous le regard d’innombrables fans et dans la peau de l’héroïque trio créé par J.K. Rowling.

Il y a 20 ans, Harry Potter à l’école des sorciers, de Chris Columbus, devenait ainsi le premier volet d’une série de films qui en compterait huit et qui a rapporté plus de huit milliards au box-office — ce qui en fait la troisième franchise la plus rentable (après l’Univers cinématographique Marvel et la saga Star Wars).

Un peu comme il l’a fait pour la série Friends, le studio Warner a décidé de célébrer cet anniversaire en organisant des retrouvailles auxquelles participent des comédiens qui ont eu des rôles marquants dans les longs métrages et les réalisateurs qui les ont dirigés.

Fort sympathique, amusant par moments et touchant à d’autres, Harry Potter 20e anniversaire. Retour à Poudlard (V.F. de Harry Potter 20thAnniversary: Return to Hogwarts), documentaire de près de deux heures, rappellera bien des souvenirs… mais n’apprendra toutefois pas grand-chose à ceux qui ont suivi, avec la passion que l’on sait, la sortie de chaque film.

Mais surtout, ces retrouvailles sont marquées par la pandémie et la polémique.

À cause de la première, ce documentaire voulu festif et événementiel, agrémenté d’extraits d’archives souvent craquants, sent la distanciation : réunis dans la salle commune de Gryffondor, les trois jeunes acteurs n’ont eu d’autre choix que de garder entre eux une distance physique qui, veut, veut pas, enlève un peu de spontanéité et de cœur à leurs échanges.

Quant aux autres participants (les acteurs Robbie Coltrane, Ralph Fiennes, Tom Felton, Jason Isaacs, Tom Felton, Helena Bonham Carter, Gary Oldman, les jumeaux James et Oliver Phelps, etc. ; les réalisateurs Chris Columbus, Alfonso Cuarón, Mike Newell, David Yates ; le producteur David Heyman), ils sont ailleurs. On les retrouve parfois en interaction avec l’un des membres du trio ; ou en solo, à s’adresser à la caméra tenue par les réalisateurs Casey Patterson et Joe Pearlman. L’ambiance festive qui aurait dû ou pu illuminer ces retrouvailles laisse place à un sentiment d’« ensemble, mais seuls… »

Celle-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom

Ensuite, il y a l’éléphant dans la pièce. L’absence quasi totale de Celle-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom : J.K. Rowling, devenue persona non grata dans son propre univers à cause de propos jugés transphobes publiés en 2020 sur Twitter — à la suite desquels Emma Watson, Daniel Radcliffe et Rupert Grint, entre autres, l’ont désavouée.

Sa présence se limite à environ deux minutes d’extraits d’une entrevue datant — c’est clairement indiqué à l’écran — de 2019. Et même si l’anniversaire célébré est celui de la série de longs métrages (la publication des romans, elle, a commencé en 1997, l’année suivante en traduction française), l’absence de la créatrice de Harry Potter ne passe pas… inaperçue.

En effet, quiconque a vu les entrevues diffusées au moment de la sortie de chacun des films sait que le nom de « Jo » était omniprésent dans les propos de tous. Sa connaissance jusqu’au plus menu détail du monde qu’elle a créé, des gens qui le peuplent, des lieux où se déroulent le récit et des concepts qu’elle a inventés, a été essentielle à tous, devant et derrière la caméra. C’était dit, répété, loué. Il n’en reste ici que de bien faibles échos, pas beaucoup plus que quelques mots de Daniel Radcliffe, de Robbie Coltrane et de Bonnie Wright (Ginny Weasley).

Du coup, le tour de force réalisé par Steve Kloves (The Fabulous Baker Boys, Wonder Boys), qui a bellement scénarisé sept des huit longs métrages, passe lui aussi à la trappe. Bref, c’est comme si on tentait d’effacer le matériel d’origine et le travail qui a permis de passer de la page à l’écran. Il est amer, ce goût de « Où sont les mots ? » quand on sait l’importance de ces romans qui ont donné le goût de la lecture à des millions d’enfants. Ils deviendront (s’ils ne le sont déjà) des classiques. Statut que, tout bien-aimés qu’ils soient, n’atteindront pas les longs métrages — à l’exception peut-être du troisième, Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban d’Alfonso Cuarón.

D’humour et d’amitié

Grâce à des extraits d’archives, Retour à Poudlard permet d’ailleurs de voir combien la jeune distribution a, au fil des productions, gagné en expérience de jeu… et en connaissances bien terre à terre. Impossible de ne pas rire quand Tom Felton (Draco Malfoy), plus expérimenté que ses pairs puisqu’il avait commencé sa carrière en 1997, raconte ce moment où Emma Watson, qui faisait ses premiers pas sur un plateau de tournage, lui avait demandé « Qu’est-ce que c’est, ça ? » en pointant… la perche à micro.

Autre moment sympathique que celui où Emma Watson et Rupert Grint relatent le fameux premier baiser échangé par Hermione et Ron dans Harry Potter et les reliques de la mort. Partie 2 de David Yates. Malaise chez les deux jeunes gens qui se côtoyaient depuis une décennie et avaient développé une relation fraternelle. Ils en rient aujourd’hui, comme ils rient du fait que, comme le souligne Daniel Radcliffe, ils paraissent tous aujourd’hui mieux que dans l’épilogue de la saga — où ils avaient été artificiellement vieillis. On ne le contredira pas là-dessus.

Au fil de leur conversation, remontent à la surface les doutes qu’ils ont eus quand, une fois l’adolescence arrivée et à cause du poids médiatique, ils ne savaient plus trop qui ils étaient, de Daniel ou Harry, d’Emma ou Hermione, de Rupert ou Ron. Apparaît aussi, en particulier pour les deux premiers, l’amour de ce métier qu’ils ont appris sur le (fameux) tas, au contact de réalisateurs rompus à l’art de travailler avec des enfants (Chris Columbus en tête) et de « la royauté britannique dans le monde du jeu ».

Parce que s’ils n’en étaient pas conscients au départ, c’est avec les plus grands qu’ils se sont retrouvés à partager l’écran — que l’on songe à Richard Harris (Dumbledore), Alan Rickman (Rogue), John Hurt (Ollivander), dame Maggie Smith (Minerva McGonagall), David Thewlis (Lupin), Gary Oldman (Sirius Black), Robbie Coltrane (Hagrid), Ralph Fiennes (Voldemort), Helena Bonham Carter (Bellatrix Lestrange), etc. 

Un segment hommage est d’ailleurs consacré aux trois premiers et aux autres acteurs aujourd’hui décédés. L’émotion est là, vraie. Et elle rebondit en fin de parcours, lorsque le trio autrefois inséparable se prépare à retourner dans sa bulle — de vie, de carrière. Et probablement de COVID.

Harry Potter 20e anniversaire. Retour à Poudlard (V.O., s.-t.f. de Harry Potter 20th Anniversary: Return to Hogwarts)

Dès le 1er janvier à 21h30 sur Crave, en version anglaise et sous-titrée en français. La version française sera disponible plus tard en janvier à une date encore à déterminer.

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