Aimer ou pas «L’homme qui aimait trop»?

Patrice Godin dans «L’homme qui aimait trop», une série en huit épisodes réalisée par Yves Christian Fournier
Photo: Noovo Patrice Godin dans «L’homme qui aimait trop», une série en huit épisodes réalisée par Yves Christian Fournier

« S’il me ressemble, les gens vont le détester copieusement », déclare Marc-Alexandre (Patrice Godin) à son ami Benoit (Martin-David Peters). Ce dernier est en train d’écrire un livre inspiré de la vie de Marc-Alex. Ou plutôt, de ses vies. Parce que « l’homme qui aimait trop », du titre de la nouvelle série d’Anne Boyer et Michel d’Astous, c’est lui. Un antihéros d’une trempe différente de celle des Dexter, Walter White et autres Hannibal Lecter, mais un antihéros quand même.

Son « crime » : depuis des années, il mène une double vie. Et au moment où la série démarre, une troisième bourgeonne. Or ça, du côté de l’écran où se trouve le téléspectateur, c’est inconfortable. Peut-être plus que les meurtres en série, le trafic de drogue et même le cannibalisme, car on est dans le plausible. Dans le « ça pourrait se passer derrière la porte voisine ».

D’ailleurs, l’origine de la série en huit épisodes réalisée par Yves Christian Fournier (Demain des hommes, Blue Moon) se trouve dans un fait vécu : « Il y a quelques années, une connaissance m’a raconté qu’aux funérailles d’un homme, au Saguenay, deux familles se sont présentées au salon funéraire, une de Chicoutimi et l’autre de Roberval. C’est à ce moment-là que les enfants de l’homme en question ont découvert la double vie que leur père avait menée pendant une vingtaine d’années », racontait mardi Michel d’Astous lors d’un événement de presse où les médias ont visionné les deux premiers épisodes de la série.

Avec sa complice, Anne Boyer, il s’est alors demandé comment se vivait ce genre de vie(s), « organisationnellement », émotivement et… techniquement (dans le pratico-pratique des téléphones cellulaires, de l’alliance qu’on met et qu’on enlève, etc.). Les quotidiens de Marc-Alexandre ont ainsi pris forme. À Montréal, dans une vie plus ancrée dans le passé avec Josée (Hélène Florent) et leurs deux enfants adultes. À Magog, dans une vie familiale plus récente avec Geneviève (Fanny Mallette), leur fille à eux et ses deux enfants à elle. Et puis, il y a Nadira (Nadia Kounda), jeune, fougueuse, dont le vocabulaire ne comporte pas le mot « partage ».

Big bang familial

 

On sait que la collision entre ces bulles est imminente. Marc-Alex a un accident de voiture, et les trois femmes se précipitent à l’hôpital, ignorant tout les unes des autres. La série s’ouvre là-dessus, y revient et se poursuit au rythme de retours en arrière formant le corps des épisodes. « Juste à regarder ça tantôt, j’avais des sueurs froides », laisse tomber Patrice Godin, évoquant le stress que vit son personnage.

L’acteur qui a incarné le très psychopathique Yanick Dubeau dans District 31 aime prendre des risques professionnels. « Il est très courageux, comme comédien. Certains vont penser à l’image publique qu’un rôle peut induire. Lui n’est pas du tout là. Tant mieux, parce qu’on a pensé à lui très rapidement, indique Michel d’Astous. Il nous fallait quelqu’un capable d’être crédible dans les trois Marc-Alex. Quelqu’un, aussi, qui puisse jouer le contrôle tout en dégageant une grande humanité, et qui possède un pouvoir de séduction. »

À tout cela s’ajoute un autre aspect qui a séduit le principal intéressé : « J’aime les histoires d’espionnage et les espions, ces gens qui compartimentent leur vie, qui ont des secrets et qui connaissent des secrets », affirme l’interprète de Marc-Alexandre, personnage riche en secrets et expert en « compartimentation », justement. Les premiers épisodes ne lèvent d’ailleurs le voile que sur quelques-unes des clés qui permettront de le comprendre. Et de l’aimer ?

« J’ai souvent dit que ce ne serait pas un personnage que les gens vont aimer, admet Patrice Godin. Et je m’attendais, moi, à le détester davantage. Mais en même temps, à travers toute l’histoire, je me suis rendu compte que ce n’est pas un méchant. »

J’aime les histoires d’espionnage et les espions, ces gens qui compartimentent leur vie, qui ont des secrets et qui connaissent des secrets

« En fait, il est honnête avec tout le monde… enfin, d’une certaine façon », ajoute Anne Boyer, provoquant quelques rires. Une chose est certaine, L’homme qui aimait trop possède des atouts, révélés dès les premiers épisodes : la réalisation très cinématographique d’Yves Christian Fournier, sa façon de travailler avec les acteurs en leur demandant de jouer avec retenue, afin que le téléspectateur se penche vers les personnages, s’en approche. Les ressente. Et puis, la qualité indéniable d’une distribution de haut calibre menée par Hélène Florent, en force tranquille ; Fanny Mallette, vibrante ; Nadira Kounda, bouillante. Et Patrice Godin, dont le charisme sera mis à contribution… trois fois plutôt qu’une.



Corrections: L'article a été mis à jour afin de bien indiquer que le personnage de Nadira est interprété par Nadia Kounda.

De plus, la série explore l'infidélité plutôt que le polyamour, qui nécessite le consentement de toutes les personnes concernées. 

L’homme qui aimait trop

Sur Noovo et noovo.ca dès le 11 janvier, 20 h

À voir en vidéo