Opération de dernière chance pour sauver Nuit blanche

France Castel dans Nuit blanche? 
Photo: Yan Turcotte France Castel dans Nuit blanche? 

Les téléspectateurs réussiront-ils à sauver la série Nuit blanche? Deux jours après que Radio-Canada eut décidé de ne pas renouveler la saga familiale mettant en vedette France Castel, une pétition en ligne récoltait près de 10 000 noms pour implorer la production d’une deuxième saison. L’espoir est toujours permis, car ce ne serait pas la première fois que le diffuseur public change son fusil d’épaule face à la pression du public.

Parfois des téléspectateurs mobilisés pèsent davantage qu’une cote d’écoute mirobolante. Pensons entre autres à Série Noire qui avait finalement eu droit à une seconde saison malgré une audience très restreinte. Idem il y a quelques années pour la série Tout sur moi, qui avait été débranchée par Radio-Canada avant que la société d’État ne revienne sur sa décision.

« On peut difficilement faire la comparaison avec Nuit blanche toutefois. Tout sur moi et Série noire, c’étaient des séries d’auteur qui étaient risquées d’avance» , relativise Margot Ricard, professeure à l’École des médias de l’UQAM.

Nuit blanche a plutôt été présenté comme un feuilleton de luxe, qui débute avec l’empoisonnement du personnage principal, Louise Hébert, une riche femme d’affaires interprétée par France Castel dont un grand pan de la vie était inconnue jusque-là de ses trois enfants (Valérie Blais, Marilyse Bourke et Jean-Philippe Perras). Au fil des épisodes, dans lesquels les héritiers tentent d’élucider le mystère autour du décès de leur mère, on découvre que la protagoniste a été impliquée dans le FLQ avant de faire fortune dans l’industrie des cosmétiques. Nuit blanche est d’ailleurs entrecoupée de reconstructions historiques qui nous ramènent aux mois qui ont précédé et suivi la crise d’Octobre.

Bref, un concept assez sage, mais quand même peut-être trop ambitieux pour espérer dépasser le million de cotes d’écoute, et ainsi intéresser un diffuseur privé à racheter la série. C’est du moins l’avis de Margot Ricard, même si plusieurs fans l’espèrent de tout coeur. Opinion partagée par son collègue Pierre Barrette, qui souligne qu’il serait inusité dans notre culture télévisuelle qu’une fiction change de diffuseur entre deux saisons.

« Il y a des ententes légales entre le diffuseur et les producteurs. Il faudrait que les droits soient complètement relâchés. Au Québec, le diffuseur est encore plus important qu’aux États-Unis », explique le professeur à l’École des médias, qui croit cependant que Radio-Canada ne peut rester indifférente à la mobilisation des amateurs de la série sur les réseaux sociaux.

Mauvaise stratégie?

Nuit blanche rassemblait tout de même autour de 800 000 téléspectateurs en moyenne chaque semaine. Des chiffres plutôt honorables en 2021, mais qui ont tout de même été perçus par le diffuseur comme décevants. C’est ce qui fait dire à Pierre Barrette que Nuit blanche aurait peut-être davantage été considéré comme un succès si la série avait été diffusée en primeur et en intégralité sur l’extra de ICI Tou.tv avant sa diffusion à l’antenne.

La productrice de la série, Dominique Veillet, avait d’ailleurs confié au Devoir le mois dernier que Nuit blanche avait d’abord été conçue en pensant que le public allait pouvoir visionner la série d’un seul trait sur la plateforme payante. Finalement, Radio-Canada a opté pour une autre stratégie, en misant sur la télévision traditionnelle à raison d’un nouvel épisode par semaine.

« Quand une série est disponible en intégralité sur une plateforme, ce qui compte, ce n’est pas la cote d’écoute ou le nombre de personnes qui la regarde. C’est le buzz autour de la série qui génère de nouveaux abonnements à la plateforme. Dans le cas de Nuit blanche, je ne sais pas si l’oeuvre sort assez de l’ordinaire pour créer un tel engouement. Mais il y a lieu de se le demander», avance Pierre Barrette.

Trop tard

Malgré l’agitation autour de la fin de la série, Radio-Canada ne bronche pas et réitère avoir pris sa décision en toute connaissance de cause avec la boîte qui produit l’émission Pixcom. On cite des cotes d’écoute en deçà des attentes, mais aussi des questions de budget et d’horaire, qui auraient repoussé la production de la prochaine saison aux calendes grecques.

On avait aussi songé à écourter l’intrigue sur deux saisons plutôt que trois, comme prévu à l’origine, ce qui posait cependant un défi d’écriture trop important, ajoute-t-on. « On est touché par cette pétition, mais elle ne nous incitera pas à changer d’idée, car nous avons déjà fait nos devoirs en regardant toutes les avenues possibles », tranche Dany Meloul, directrice générale de la télévision de Radio-Canada.

Charles Lafortune, vice-président au développement chez Pixcom, évoque également la pénurie de main-d’oeuvre dans le monde de la télévision, qui complique considérablement les tournages. Il indique par ailleurs qu’aucune discussion n’a eu lieu pour le moment avec un autre diffuseur pour reprendre le flambeau, mais ne ferme pas complètement la porte.

« Pour l’instant, ce n’est pas dans nos plans, mais je sais que ça s’est déjà fait, pour Plan B par exemple. On va laisser passer les Fêtes, mais on a déjà beaucoup d’autres projets sur la table », a-t-il laissé entendre.

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