Zeneb Blanchet, artiste et rebelle

C’est à quatre ans que Zeneb Blanchet s’initie à la danse, au théâtre, au cirque et aux arts plastiques grâce à sa mère qui l’inscrit à un camp de jour.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir C’est à quatre ans que Zeneb Blanchet s’initie à la danse, au théâtre, au cirque et aux arts plastiques grâce à sa mère qui l’inscrit à un camp de jour.

Son nom n’est peut-être pas sur toutes les lèvres, mais son visage est bien connu des téléspectateurs. Dans L’effet secondaire, elle a prêté ses traits à Iris, passionnée de mode. Dans Toute la vie, elle a incarné Riliana,toxicomane souhaitant récupérer la garde de sa fille. Sur Club Illico, on la retrouve dans Audrey est revenue où elle joue le rôle de Sarah, demi-sœur du personnage central.

Dès jeudi, on pourra aussi voir Zeneb Blanchet aux côtés de Jade Charbonneau dans Lou et Sophie, troisième série « jeunes adultes » lancée par Radio-Canada cette année. Écrite par Yannick Éthier, réalisée par Sandra Coppola et Félix Tétreault, cette comédie dramatique de six épisodes met en scène deux grandes amies, Lou (Charbonneau) et Sophie (Blanchet), éprises de liberté et un brin rebelles. Un peu comme l’actrice, qui a quitté le foyer à 15 ans ?

« Pour moi, il y a une petite différence entre rebelle et libre, explique Zeneb Blanchet lors d’une rencontre par écrans interposés. Depuis très longtemps, j’ai un grand désir de liberté, d’indépendance. J’ai vraiment de la misère à me faire dire quoi faire. Disons que je ne suis pas toutes les règles à la lettre. Très tôt, je savais que j’allais apprendre à vivre seule jeune. Ça va faire trois ans que j’habiteseule et je suis toujours en apprentissage. Ce qui m’a aidée le plus dans ma vie et dans ma relation familiale, c’est que maintenant, je suis tellement proche de ma mère. »

Ce qui n’est pas cas de Sophie, qui connaît à peine sa mère, ni de Lou, qui aimerait bien que la sienne (Sophie Cadieux) la laisse respirer un peu. Désirant fuir la banlieue, toutes deux font l’acquisition d’une Cadillac pour la somme de 1000 $ auprès de Fafard (Lévi Doré), leur vendeur de pot. Malgré les références à Thelma et Louise, l’équipe de Lou et Sophie a promis, lors d’un point de presse virtuel lundi dernier, qu’il n’y aurait pas de finale tragique.

D’un naturel bluffant et d’une complicité palpable, Jade Charbonneau et Zeneb Blanchet portent solidement sur leurs épaules cette série douce-amère qui illustre parfaitement lespleen adolescent dans une langue corsée à souhait.

« On a eu beaucoup de répétitions. C’était incroyable ! On repassait tous les textes, il n’y a pas une scène qui a été mise de côté. Des fois, il y avait des mots, des expressions qu’on n’avait jamais entendus, mais on acceptait leur langage parce qu’on trouvait ça cool et edgy. »

Une rebelle qui aime les répétitions, c’est plutôt rare, non ? « Avant d’être une rebelle, je suis une artiste. J’aime écrire, chanter, jouer de la musique, mais le jeu, pour moi, c’est une passion. J’ai un grand désir de performance. J’adore traverser des émotions. J’adore le théâtre, travailler avec des metteurs en scène, des réalisateurs. Des fois, dans le milieu de la télé, j’ai de la misère à faire mon art parce qu’on n’a pas de temps. »

Parmi la distribution de Lou et Sophie se démarque Martin-David Peters dans le rôle du père de Sophie. Celui-là même qui, dans Audrey est revenue, joue le père de Sarah, rôle tenu par… Zeneb Blanchet. Toujours les mêmes…

« Je crois assurément qu’il devrait y avoir plus d’acteurs noirs ou métissés, répond-elle après un long silence, mais dans ces circonstances-là, je ne le vois pas comme un problème, car ce sont des personnages différents. Martin a beaucoup de prestance et de talent ; ses deux rôles de père sont totalement différents. Il a absolument géré ! »

Avant d’être une rebelle, je suis une artiste. J’aime écrire, chanter, jouer de la musique, mais le jeu, pour moi, c’est une passion. J’ai un grand désir de performance. J’adore traverser
des émotions.

Vocation précoce

C’est à quatre ans que Zeneb Blanchet s’initie à la danse, au théâtre, au cirque et aux arts plastiques grâce à sa mère qui l’inscrit à un camp de jour. Deux ans plus tard, son grand-père, l’acteur Jean-Jacques Blanchet, qui détecte chez elle un talent pour le jeu, l’invite à faire de la publicité. En 2012, elle obtient un rôle dans Exil, long métrage de Charles-Olivier Michaud.

« Après, je n’ai pas eu d’occasions et moi-même, en tant que jeune enfant racisée, je n’y croyais juste pas. C’est à 13 ans, avec la pièce La déesse des mouches à feu [mise en scène par Alix Dufresne et Patrice Dubois au Théâtre PàP] que tout s’est mis à dégringoler pour moi pour vrai. »

Le roman de Geneviève Pettersen lui porte chance puisqu’on la retrouve plus tard dans l’adaptation d’Anaïs Barbeau-Lavalette : « Pour moi, La déesse des mouches à feu, la pièce comme le film, c’est quelque chose auquel je ne m’attendais aucunement. Je me disais qu’il n’y avait aucune manière qu’une fille métissée avec des dreads se retrouve en 1996 à Chicoutimi. Finalement, ç’a été des rencontres incroyablement formidables, des choses qui ont changé ma vie. Je ne revivrai jamais un plateau et une expérience similaires à ceux de La déesse des mouches à feu. J’ai l’impression qu’Anaïs a quelque chose de mystique. Elle tellement lumineuse, c’est elle la déesse ! »

Animatrice de capsules à MAJ et artiste aux multiples talents — elle gratte de l’ukulélé et pousse la chansonnette dans Lou et Sophie —, Zeneb Blanchet écrit depuis l’âge de 14 ans. Si elle affirme que le fait de lire ses textes aux Lundis micros ouverts avec Philémon Cimon lui a fait le plus grand bien, elle ne songe pas à publier. Pas plus qu’elle n’a l’intention de lancer sa propre ligne de vêtements même si elle possède un don pour la couture comme sa mère. Et bien qu’elle aime passionnément le théâtre, elle révèle qu’elle ne veut pas se limiter à jouer.

« Plus j’ai la chance de travailler, plus je suis à l’écoute de moi-même. Souvent, les rôles qu’on peut m’offrir — je dirais même nous offrir — en télévision québécoise ne sont pas toujours des rôles qui me font grandir ou qui m’apportent quelque chose. Je suis très attirée par la réalisation. J’ai comme un rêve de faire un documentaire au Trinidad, d’où vient mon père, afin de retrouver mes racines », conclut celle qui sera la fille de Céline Bonnier dans Au nord d’Albany, premier long métrage de Marianne Farley.

Lou et Sophie 

Sur l’Extra de Tou.tv, dès le 2 décembre

À voir en vidéo