Jean-Marc Parent, de retour à la télé, inchangé

Tournés en août au Manège militaire de Québec, les quatre épisodes de cette émission cousue main pour sa tête d’affiche ont été sculptés à partir des quatre heures de monologues qu’a improvisés chaque soir le marathonien de l’anecdote pas d’allure. 
Photo: ComédiHa! Tournés en août au Manège militaire de Québec, les quatre épisodes de cette émission cousue main pour sa tête d’affiche ont été sculptés à partir des quatre heures de monologues qu’a improvisés chaque soir le marathonien de l’anecdote pas d’allure. 

« Tsé, c’est comme quand tu vends une auto, mais qu’au fond, tu ne veux pas vraiment la vendre », illustre Jean-Marc Parent, que l’on invitait à nous expliquer pourquoi il avait accepté de renouer avec la télévision, à laquelle il avait complètement tourné le dos depuis la fin, en juin 1997, de L’heure JMP.

Il y a un quart de siècle, la mythique émission dominicale de TQS faisait surchauffer les compteurs d’électricité et consacrait l’humoriste en une sorte de rock star du rire, se jouant des règles comme un gamin à qui l’on aurait confié de gros jouets. Le tout dans une espèce de non-concept : un gars sympathique, presque ordinaire, racontant des histoires au long cours (quitte à défoncer !) avec, comme seul mais électrisant support, un groupe de rock.

Mais l’auto, donc ? « Quand tu vends une auto, mais qu’au fond, tu ne veux pas vraiment la vendre, tu demandes un prix qui n’a pas d’allure, et il y a toujours quelqu’un qui vient pour l’acheter pareil. » Traduction : ce n’était évidemment pas la première fois qu’un diffuseur ou un producteur tentait sa chance auprès de JMP avec l’espoir d’un retour devant les caméras. Des offres qu’il avait toutes refusées, afin de préserver les trois ou quatre mois qu’il passe généralement en Floride, incompatibles avec un contrat au petit écran.

Après avoir reçu une nouvelle offre de ComediHa ! et de TVA, Jean-Marc Parent énumère donc ses conditions : qu’il n’ait pas à tourner trop d’épisodes et que ceux-ci soient enregistrés dans la même semaine, que l’on rameute sa vieille équipe et qu’il puisse improviser à sa guise. « Ma gérante me rappelle un mois après : ils avaient dit oui ! Ah ben tabarouette, va falloir le faire. Mais je leur ai dit à ComediHa ! : “Attendez-vous pas à quelque chose de nouveau. Ce sont de nouvelles histoires, mais c’est le même gars”. »

Tournés en août au Manège militaire de Québec avec Jean-François Blais (La voix, En direct de l’univers), un des maîtres québécois de la variété à la réalisation, les quatre épisodes de cette émission cousue main pour sa tête d’affiche ont été sculptés à partir des quatre heures de monologues qu’a improvisés chaque soir le marathonien de l’anecdote pas d’allure. Pas question pour Jean-Marc Parent d’envoyer les téléspectateurs à la pause publicitaire, ou même de concevoir ses histoires en différents blocs aisément divisibles. Pas question non plus de voir le résultat final, tout simplement intitulé JMP. C’est sa gérante de toujours, Chantal Brisson, qui le représente à la table de montage.

« J’ai encore la passion pour mon travail, pour la scène, mais je ne veux plus que ça prenne le dessus sur le temps qui me reste, explique l’artiste de 59 ans. T’as quel âge, toi ? » Trente-cinq ans. « Ah ben mon mosus ! C’est du monde comme toi dont je suis jaloux. »

Ma gérante me rappelle un mois après : ils avaient dit oui ! Ah ben tabarouette, va falloir le faire. Mais je leur ai dit à ComediHa ! : “Attendez-vous pas à quelque chose de nouveau. Ce sont de nouvelles histoires, mais c’est le même gars”.

La genèse de L’handicapé

Jean-Marc Parent gagne sa vie comme intervenant social et n’ambitionne pas du tout de monter à bord de l’autobus du show-business, lorsqu’il présente pour la première fois des sketches avec son voisin d’enfance, le comédien Widemir Normil (Fardoche, oui, oui) dans une discothèque de Saint-Jean-sur-Richelieu, Le Richelieu. Le nom de leur duo : Noir et Blanc. « Wid était mannequin, se souvient JMP. J’allais voir ses défilés de mode, parce qu’on était chums. Il se dirigeait vers le milieu artistique, c’était clair pour lui. On s’est mis à niaiser, à s’amuser, mais pour moi, ce n’était pas sérieux. »

Ses trois premiers numéros en solo, parmi lesquels celui de L’handicapé, attirent l’attention et le propulsent bientôt au firmament d’une industrie de l’humour en plein bourgeonnement. Ils étaient plusieurs à évoquer ce numéro dans la foulée du verdict de la Cour suprême dans l’affaire Mike Ward/Jérémy Gabriel. « Mais je ne sais pas pourquoi on compare les deux. Je ne dis pas que l’un est meilleur que l’autre, c’est juste complètement différent. »

Rappelons qu’avant de révéler son numéro sur scène, l’humoriste avait pris soin d’aller à la rencontre d’un homme vivant avec la paralysie cérébrale, André Leclerc, aujourd’hui bien connu pour son travail afin de rendre le tourisme et la culture accessibles aux personnes en situation de handicap. Jean-Marc Parent reviendra d’ailleurs sur la genèse du numéro, qui date de 1988, dans sa nouvelle émission. « J’étais parti avec mon petit texte sur des feuilles de cartable, j’étais allé le voir au Centre Lucie-Bruneau et je lui avais demandé si ma gestuelle était plausible, si ce que je disais était plausible. Il riait tellement ! C’était important pour moi d’avoir l’accord de quelqu’un qui connaît ça. »

Si JMP, dans L’handicapé, fait sourire grâce à ses mouvements spasmodiques, c’est surtout grâce à son texte plein d’empathie, dans lequel un homme en fauteuil roulant décrit tous les obstacles qu’il affronte au quotidien, que l’humoriste génère des rires. Le comique physique devient ainsi comme une ruse lui permettant de capter l’attention, pour mieux dénoncer le peu d’égards qu’accorde notre société aux personnes en situation de handicap. « C’est sûr qu’il fallait écouter ce que je disais, c’était ça qui était le plus important. Tu ris parce que tu rends compte à quel point la situation est épouvantable. »

Au sommet du phénomène médiatico-culturel qu’était devenueL’heure JMP, Jean-Marc Parent essuyait son lot de quolibets et de caricatures ridiculisant son apparence physique. Ces moqueries ont-elles contribué à ce qu’il se tienne à distance, aussi longtemps, de la télé ?

« Non, vraiment pas. Comme je dis souvent : j’ai décidé de jouer au hockey, ça se peut que je me fasse rentrer dans la bande », répond-il d’emblée. « Mais oui, ç’a été très dur pour moi. On sait que si on dit à un enfant qu’il est laid, qu’il n’est pas bon, ça va lui rentrer dans la tête. Mais c’est la même chose avec les adultes ! Sauf que les gens qui font ça s’en foutent. Et ce qui est drôle, c’est que lorsque quelqu’un est blessé et attaqué, on demande à celui qui a reçu le coup de bâton ce que ça lui fait. On ne demande jamais à celui qui frappe ce que ça lui apporte. Pourtant, on sait ce que ça fait, recevoir un coup. C’est à ceux qui swignent le coup que vous devriez demander pourquoi ils font ça. »

JMP

TVA, dès le 14 novembre, 21 h

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