«Dexter – New Blood»: bon sang ne saurait mentir

L’humour très noir du personnage surgit dans ses monologues. La façon dont il essaie de couvrir ses traces après les faits est aussi amusante… d’autant plus qu’il continue de jouer avec le feu, ne serait-ce que parce que sa petite amie, Angela (Julia Jones), est la cheffe de police de la ville.
Seacia Pavao SHOWTIME L’humour très noir du personnage surgit dans ses monologues. La façon dont il essaie de couvrir ses traces après les faits est aussi amusante… d’autant plus qu’il continue de jouer avec le feu, ne serait-ce que parce que sa petite amie, Angela (Julia Jones), est la cheffe de police de la ville.

L’épisode s’intitulait « Remember the Monsters ? » Et oui, la majorité des fans de Dexter s’en souviennent. Après une huitième et ultime saison qui empilait les problèmes, la cerise sur le gâteau — sa finale — était amère.

La mort de Debra (Jennifer Carpenter), sœur tant aimée de l’expert en médecine légale/psychopathe. Le petit Harrison, fils du tueur en série, confié à Hannah l’empoisonneuse (Yvonne Strahovski). Et Dexter (Michael C. Hall) qui, en voix hors champ, laisse tomber sa propre condamnation (« Je détruis tous ceux que j’aime. Je dois les protéger de moi. ») avant de foncer, à bord du Slice of Life, dans l’œil de l’ouragan Laura. Un apparent suicide. Suivi d’une immédiate « résurrection ». En bûcheron. Aïe.

C’était il y a huit ans, un peu plus en temps fictif puisqu’une décennie s’est écoulée depuis que Dexter Morgan a changé de vie, découvre-t-on dans Dexter : New Blood, une première (ou neuvième ?) saison constituée de dix épisodes. Après le visionnement de quatre d’entre eux, disons que tous les espoirs sont permis.

Dexter, donc, est installé à Iron Lake, New York. Changement complet de décor : le soleil de la Floride et la vie trépidante de Miami ont laissé place à une petite ville que l’on découvre en plein hiver. Le ton est donné d’entrée de jeu, dans une scène évocatrice où Dexter court, en raquettes, dans la neige, fusil de précision sur le dos, au rythme de The Passenger d’Iggy Pop.

Le spécialiste en analyse de traces de sang s’appelle maintenant Jim Lindsay et il travaille dans une boutique de chasse et pêche. Oh, et il est parvenu à museler son dark passenger, son besoin de tuer. Jim/Dexter est donc, sur ce plan du moins, abstinent.

Ce qui ne signifie pas que la tentation n’est plus là. Pour en parler et l’écouter, il a remplacé le fantôme d’Harry — père adoptif qui a encadré ses pulsions violentes en lui forgeant un code (a)moral — par celui de Deb. Retour ô combien souhaité de Jennifer Carpenter au générique, dans un rôle de conscience, mais pas dans le sens angélique du terme : on est en sa compagnie dans le sombre, le rageur et, le temps de courtes scènes surréalistes, la totale fantaisie.

Bref, tout est beau. Jusqu’à ce que tout commence à se déglinguer. Sinon, pourquoi une nouvelle série ?

Les liens du sang

D’abord, la petite ville idyllique laisse entrevoir ses zones d’ombre. La scission entre les mieux et les moins bien nantis. Les tensions entre les villageois et les habitants de la réserve voisine. Et quelque part, dans une maison, quelqu’un séquestre des jeunes filles. On se souvient alors combien, au poste de police, est chargé le tableau où sont épinglés les visages des personnes disparues.

Et puis, le passé saute à la face de Dexter… sous la forme de Harrison, ce fils qu’il a abandonné 10 ans plus tôt. Interprété par Jack Alcott, le garçon, maintenant adolescent, a découvert que son père était vivant. Il vient l’affronter. Ou s’installer avec lui. Ou les deux.

Rappelons que le père et le fils, par un brutal coup du destin, ont tous deux été témoins du meurtre de leurs mères respectives et baigné pendant des heures dans le sang maternel. Le dark passenger de Dexter est né de ce traumatisme. Harrison en possède-t-il un lui aussi ? Si bon sang ne saurait mentir, qu’en est-il du mauvais ?

Une espèce de complicité/méfiance s’installe entre les deux. Il sera intéressant de suivre l’évolution de cette relation Dexter/Harrison par rapport au lien Harrison/Dexter exploité dans la série originale.

Bien sûr, Michael C. Hall fait merveille à l’écran. Il a parfaitement retrouvé le Dexter en lui. Par exemple, il faut voir comment, au moment du premier meurtre (parce qu’il s’y remettra… autrement, encore une fois, pourquoi une nouvelle série ?), son visage trahit le désir irrépressible de l’alcoolique qui s’apprête à prendre une première gorgée d’alcool après avoir contrôlé la bête pendant des années.

Ce retour vers le passé de l’acteur a sûrement été facilité par le fait qu’il retrouve ici Clyde Phillips, showrunnerdes saisons 1 à 4 de Dexter (les meilleures, disponibles comme les autres sur Crave).

Ainsi, l’humour très noir du personnage (« Tu regardes le type où les secrets vont mourir ») surgit dans ses monologues. La façon dont il essaie de couvrir ses traces après les faits est aussi amusante… d’autant plus qu’il continue de jouer avec le feu, ne serait-ce que parce que sa petite amie, Angela (Julia Jones), est la cheffe de police de la ville.

Il faut noter que Dexter : New Blood est aussi familier dans la façon dont la musique est utilisée pour accompagner l’action ou pour lui servir de contrepoint (l’usage fait de Runaway de Del Shannon est aussi tragique que formidable).

Enfin, si on peut regretter que les personnages périphériques soient assez unidimensionnels, ce n’est pour l’instant (après quatre épisodes) pas trop dérangeant, tant le plaisir est grand de retrouver cette infernale trinité. Le père, le fils et le pas saint esprit (de la sœur).

Dexter : New Blood

Showtime et Crave, dès le 7 novembre, 21 h

À voir en vidéo