«Piégés»: claustrophobes s’abstenir

Pendant un mois, les acteurs remettaient les mêmes vêtements que la veille et enfilaient leur collier électrifié. «C’était très inconfortable... et c’est dans cet inconfort que nous retrouvions notre personnage», explique Martin Dubreuil.
Photo: Eric Myre addikTV Pendant un mois, les acteurs remettaient les mêmes vêtements que la veille et enfilaient leur collier électrifié. «C’était très inconfortable... et c’est dans cet inconfort que nous retrouvions notre personnage», explique Martin Dubreuil.

Trois femmes, deux hommes, un kidnappeur. Les premiers occupent chacun une cellule. Le second joue cruellement au chat et à la souris avec eux. Les prisonniers ont un point en commun, mais ils ignorent lequel. Le trouver leur permettrait de retrouver la liberté, leur fait miroiter le ravisseur.

La série prend l’affiche jeudi sur addikTV, elle se décline en six épisodes d’une heure et elle s’intitule Piégés.

Piégés comme les personnages… et comme les spectateurs, si l’on se fie aux deux premiers épisodes visionnés : la tension est à couper au couteau, et une impression de claustrophobie règne en maître de chaque côté de l’écran.

Scénarisée par François Pagé (Après) à partir d’une idée originale de Yannick Savard (L’heure bleue), qui la réalise, la série fait la preuve que la contrainte ne peut éteindre les esprits vraiment créatifs. Mieux, elle peut les inspirer. « La série est née dans une urgence… ou dans une peur de ne plus travailler », racontait Yannick Savard en visioconférence lundi.

Nous étions en mars 2020. Le Québec était mis sur pause. Les plateaux de tournage aussi. Le réalisateur s’est demandé ce que, dans les circonstances, il était possible de tourner. Des comédiens enfermés dans des cellules. Ne pouvant se voir ni se toucher. Ça pouvait fonctionner. « En plus, poursuit-il, ça résonnait avec la captivité que l’on vivait tous, chacun dans nos maisons, et qui forçait à l’introspection et au retour sur soi. »

Ainsi est né Piégés, thriller psychologique qui mise sur la tension et la terreur, non sur le sang et le gore. Nous ne sommes donc pas dans un ersatz de la franchise Saw, de James Wan, ou même de Squid Game, de Hwang Dong-hyuk. Il y a ici quelque chose de très réaliste, de très concret, qui nous éloigne de la science-fiction horrifique de Cube, de Vincenzo Natali. Autant d’œuvres qui plongent leurs protagonistes dans des situations anxiogènes au possible, et dans une incompréhension totale, du moins au départ, de ce qui leur arrive ou de ce qui les attend.

Les uns et les autres

Le premier épisode présente les victimes : un courtier immobilier (Jean-Philippe Perras), une infirmière (Brigitte Lafleur), un ambulancier (Martin Dubreuil), une secrétaire juridique (Schelby Jean-Baptiste) et une ingénieure (Brigitte Poupart). Kidnappés les uns après les autres, ils reprennent connaissance dans des cachots. Un collier électrifié autour du cou. Observés grâce à des caméras installées par un mystérieux personnage dont on ne voit que la silhouette encapuchonnée, les mains gantées, les yeux. Le Chat.

« Nous tenions à conserver le mystère autour de lui, et même nommer l’acteur qui le joue donnerait trop d’indices », fait Anne Boyer, de Duo Productions. On sait toutefois que le comédien en question était, comme les autres membres de la distribution, le premier choix de la production : « Tout le monde était disponible ! » rappelle Yannick Savard en souriant.

Le tournage a duré environ un mois. Outre quelques scènes extérieures révélant, sous forme de retours en arrière, la vie des uns et des autres, il s’est déroulé dans un entrepôt sciemment sali et empoussiéré.

« Il y a quelque chose qui ressemble au théâtre dans ce qu’on a fait, note Brigitte Poupart. On formait vraiment une troupe, j’ai rarement vu ça sur un plateau de tournage. Pendant un mois, nous étions tous ensemble à essayer de vaincre l’ennemi. »

Ainsi, jour après jour, les acteurs remettaient les mêmes vêtements que la veille et enfilaient leur collier électrifié. « C’était très inconfortable… et c’est dans cet inconfort que nous retrouvions notre personnage », ajoute Martin Dubreuil. « Nous sommes allés dans des zones de détresse, de peur et de terreur, ensemble », conclut Jean-Philippe Perras, selon qui chaque personnage se dévoile à travers son passé, mais aussi par ses réactions face à ce qui lui arrive.

Car le Chat manipule, torture. Et Brigitte Lafleur de raconter la scène où elle a été plongée dans un tube de verre dans lequel l’eau montait : « J’avais tellement peur ! Je me demandais si je reverrais un jour ma fille, rigole-t-elle aujourd’hui. Mais finalement, ça a été extraordinaire, j’avais l’impression de vivre quelque chose que je ne revivrai jamais et d’être dans un film à énorme budget ! »

Nous sommes allés dans des zones de détresse, de peur et de terreur, ensemble

De la chambre blanche dans laquelle on perd tous ses repères à la cellule étouffante à l’éclairage stroboscopique en passant par le supplice de la goutte et la pendaison par les bras, les « souris » du Chat, sous-alimentées et droguées, doivent s’unir afin de comprendre pourquoi. Pourquoi eux ? Pourquoi lui ? Qu’est-ce qui les unit ? Quelles sont ses motivations ?

Les réponses, nous assure-t-on, seront données. Tout sera su au moment où le rideau tombera sur les six épisodes. Avec, à l’arrivée, « quelque chose qui fait réfléchir et qui peut être plus touchant qu’on ne le pense », croit Yannick Savard.

 

Piégés

AddikTV, dès jeudi, 22 h

À voir en vidéo