Sur vos écrans: créateurs d’ici

Ariane Moffatt
Photo: Lou Scamble Ariane Moffatt

Des fleurs pour Oscar

 

Lancé au dernier Festival international de films de Toronto, le documentaire biographique de Barry Avrich consacré à l’un des plus illustres citoyens de la Ville Reine, le Montréalais d’origine Oscar Peterson, ne brille pas par son originalité. On est ici devant un portrait chronologique tout ce qui a de plus classique, chargé de témoignages dithyrambiques sur l’incroyable pianiste, compositeur de jazz et personne sympathique qu’il fut et badigeonné d’extraits d’archives plus ou moins rares, qui mettent en lumière l’évolution et la virtuosité de l’artiste.

On peut facilement qualifier l’exercice d’hagiographie, puisqu’il ne se dit à peu près rien de négatif à propos de Peterson, sinon pour mettre en lumière sa vie conjugale et familiale un peu plus rock’n’roll, parce qu’il était toujours parti en tournée. Il n’empêche, qu’on peut facilement trouver son bonheur dans ce portrait fort flatteur de l’as du piano jazz. Parce que les commentaires élogieux proviennent de légendes telles que Duke Ellington, Ella Fitzgerald, Herbie Hancock et Billy Joel.

Parce qu’on peut aussi entendre ce natif de la Petite-Bourgogne dans toute sa splendeur en concert, et un peu moins à l’aise dans des entrevues datant de toutes les époques de sa longue carrière. Parce qu’on peut prendre, surtout, toute la mesure de son influence sur les générations futures, et découvrir certaines de ses créations phares, interprétés par des « héritiers » canadiens, dont Robi Botos, Denzal Sinclaire et Daniel Clarke Bouchard. Ça fait plusieurs bonnes raisons de s’y attarder…

 

Oscar Peterson : noir et blanc (Oscar Peterson : Black + White en V.O.A.)
Crave (en français et en anglais), dès le 22 octobre

 

Ariane dans ses éléments

 

Difficile de définir ce court métrage magnifique qui donne un souffle nouveau au plus récent album d’Ariane Moffatt, Incarnat, lancé au printemps dernier. Ce bel objet musical et visuel créé par le metteur en scène Philippe Cyr et le réalisateur Charles Grenier (Claire et les vieux) n’est pas seulement un long vidéoclip réunissant cinq chansons tirées de cet opus résolument piano. On le sent plus habité, abouti, avec une musicienne et interprète en symbiose avec les éléments, la nature, et surtout son instrument et ses chansons, qu’elle livre ici de façon magistrale. Chacun des titres (Distance, Phèdre en forêt, Beauté, Nature et Incarnat) a droit à son tableau distinct, visuellement somptueux et servi par une mise en scène inventive, même quand elle est dépouillée. On envie ceux qui pourront voir cet Incarnat, piano-film, lors de son lancement officiel le 20 octobre au théâtre Outremont. On peut toujours se rabattre sur cette diffusion télé, malheureusement programmée dans une case horaire pas très commode…


Ariane Moffatt présente Incarnat, piano-film
TVA, vendredi, 22 h 35

 

Territoires des écrivains

 

À l’exception de quelques « vedettes » (dont l’incontournable Margaret Atwood), nous connaissons très peu les écrivains de « l’autre solitude » canadienne. Cette série documentaire en quatre parties, réalisée pour le compte de la CBC et diffusée en français presque simultanément à Artv, donne une belle occasion d’élargir ses horizons littéraires, mais pas seulement… C’est que chacun des épisodes de la série nous fait découvrir trois écrivains à travers leur rapport au territoire, celui qu’ils habitent ou qui les habite, aux paysages et aux éléments qui les constituent, alors qu’ils sont en pleine création d’un nouvel opus.

Ainsi, le premier chapitre de la série, qui tourne autour de l’eau, donne la parole à la romancière autochtone Eden Robinson, qui termine le dernier tome de sa saga Trickster, inspirée de la mythologie des Haisla, à l’autrice inuite Aviaq Johnston, qui témoigne des splendeurs des côtes du Nunavut, et à l’écrivaine torontoise Catherine Hernandez, qui trouve son inspiration sur les bords du lac Ontario.

Les autres épisodes, ayant pour thème la pierre, les arbres et la lumière, braquent les projecteurs sur des auteurs d’origine autochtone (Katherena Vermette, Joshua Whitehead), originaires d’ailleurs, mais bien ancrés ici (Edem Awumey, Madeleine Thien), ou qui ont décidé de faire les choses différemment pour leur projet littéraire en cours (Catherine Leroux, Ivan Coyote). L’ensemble, au premier abord dépareillé, gagne sa cohérence et sa pertinence au fil de l’écoute. Et peut alimenter quelques listes de lectures futures.

 

Écrire le territoire (Writing the Land en V.O.A.)
Artv, les 18 et 25 octobre, dès 20 h et en version originale anglaise à CBC, les 17 et 24 octobre, 13 h, diffusé par la suite sur CBC Gem

À voir en vidéo