Far Cry 6 souffre, encore, d’un problème de ton

Cette sixième itération « officielle » se déroule dans la nation insulaire fictive de Yara (essentiellement Cuba version Far Cry), dirigée par l’impitoyable, mais charismatique Antón Castillo (joué par l’excellent Giancarlo Esposito).
Photo: Ubisoft Cette sixième itération « officielle » se déroule dans la nation insulaire fictive de Yara (essentiellement Cuba version Far Cry), dirigée par l’impitoyable, mais charismatique Antón Castillo (joué par l’excellent Giancarlo Esposito).

La recette d’un Far Cry, du moins depuis le troisième opus de la série, est maintenant bien connue : un méchant mégalomaniaque, des contrées exotiques à reconquérir et… de la violence, beaucoup de violence. Far Cry 6 ne renverse pas cette tendance, au risque de ressembler à une simple copie de ses prédécesseurs vêtue de nouveaux habits.

Cette sixième itération « officielle » se déroule dans la nation insulaire fictive de Yara (essentiellement Cuba version Far Cry), dirigée par l’impitoyable, mais charismatique Antón Castillo (joué par l’excellent Giancarlo Esposito). Castillo rêve de faire de Yara un « paradis » et il est prêt à tous les sacrifices humains pour y arriver. Il transforme l’île en un énorme laboratoire pharmaceutique pour y développer le Viviro, un médicament prometteur dont la production est hautement toxique. Celle-ci sera effectuée par une main-d’œuvre esclave : des parias que Castillo qualifie de « faux Yarans ». On incarne Dani Rojas, jeune Yaran qui rêve de lever les voiles vers les États-Unis, mais qui sera plutôt recruté par « Libertad », un groupe loufoque de combattants de la liberté, pour renverser le régime d’Antón Castillo.

D’emblée, le jeu a un problème de ton, ce qui n’a rien de nouveau pour la série. D’un côté, Far Cry 6 aborde des thèmes sombres et sérieux sur le monde postcolonial et la tyrannie. De l’autre, il met en scène des personnages désinvoltes qui ne ratent pas une occasion d’ironiser ou de badiner. On n’est jamais sûr si Ubisoft a voulu faire un jeu de tir sérieux avec un récit ancré dans le réel, ou un bac à sable extravagant drapé d’une histoire farfelue. Si la performance de Giancarlo Esposito rend de façon remarquable la nature sociopathe d’Antón Castillo, on a quand même du mal à se sentir interpellé par le triste sort de Yara.

Côté mécaniques de jeu, il n’y a rien de bien nouveau sous le soleil de Yara. La boucle de jeu est désormais familière. L’île est divisée en quatre territoires principaux à reprendre des mains du régime Castillo. On capture des bases et des points de contrôle, on donne un coup de main aux locaux et on collecte un butin en chemin. Même les champs de Viviro à brûler ne sont pas sans rappeler la « Grâce » de Far Cry 5.

Rare nouveauté : les Supremos, ces sacs à dos surpuissants conçus par notre ami le guérillero vétéran Juan Cortez. À peine sorti du tutoriel, on possède déjà sa version Exterminador, qui peut lancer une salve de roquettes à têtes chercheuses effectives même contre les chars d’assaut. D’autres Supremos, comme le Medico ou le Furioso, peuvent nous soigner ou émettre un énorme anneau de feu. Le Supremo est l’arme la moins furtive qu’on puisse imaginer. En fait, elle agit un peu (trop) comme une tricherie pour se sortir du pétrin ou s’assurer la victoire. La guérilla, cette tactique militaire d’usure de l’adversaire, est ici renversée en activité cool — notre protagoniste utilise sans cesse le terme « fun » — nous équipant d’armes aux allures « fait maison », qui nous transforment de fait en véritable Iron Man.

Cela dit, Far Cry 6 est-il amusant ? Oui. Pas un oui retentissant, mais un oui quand même. On peut être frustré par la ressemblance entre les titres de la franchise et les incertitudes du ton, mais Far Cry demeure un jeu de tir addictif.

Far Cry 6

★★★

Développé et publié par Ubisoft. Offert pour PC, PlayStation 4 & 5, Xbox One / Series X & S, Amazon Luna et Google Stadia.

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