Dans les coulisses du processus de plainte avec Léa Clermont-Dion

La réalisatrice Léa Clermont-Dion dévoile le procédé par lequel elle a dû passer pour dénoncer son agresseur.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir La réalisatrice Léa Clermont-Dion dévoile le procédé par lequel elle a dû passer pour dénoncer son agresseur.

« C’est facile pour les gens de dire “t’as juste à porter plainte”, mais c’est tellement d’investissement et c’est toujours une revictimisation. » Dans une nouvelle série documentaire, l’autrice et réalisatrice Léa Clermont-Dion dévoile sans filtre les étapes du processus judiciaire par lequel elle a dû passer pour porter plainte contre son agresseur.

« J’ai voulu démontrer, dans les moindres détails, ce que c’est de porter plainte, ce qu’on doit faire, ce qu’on vit comme plaignante. […] C’est un processus que peu de gens connaissent ou comprennent », indique-t-elle en entrevue au Devoir.

De la première déclaration à la police jusqu’au procès, en passant par l’enquête préliminaire et le contre-interrogatoire, T’as juste à porter plainte — présenté sur Noovo.ca dès mercredi — aborde ainsi les grandes étapes par lesquelles les victimes de violences sexuelles doivent passer lorsqu’elles décident de faire confiance au système de justice.

Pour accompagner au mieux les téléspectateurs, Léa Clermont-Dion est allée à la rencontre de survivantes, de criminalistes, d’experts et d’intervenants spécialisés. La documentariste a également décidé de livrer à cœur ouvert sa propre histoire.

Devant la caméra, elle revient sur l’agression qu’elle a vécue en 2008, à l’âge de 17 ans. Elle raconte le silence dans lequel elle s’est enfermée pendant des années avant de prendre la parole et de porter plainte, encouragée par le mouvement de dénonciation #MoiAussi en octobre 2017. Elle plonge ensuite les téléspectateurs dans les coulisses de ses démarches judiciaires « interminables » et « éprouvantables ». On la suit notamment jusqu’à Québec lors du procès de son agresseur en janvier 2021, puis lors du verdict cinq mois plus tard. « Je ne suis pas une journaliste objective, je suis une plaignante qui a vécu un processus judiciaire, insiste-t-elle en entrevue. C’était important de [m’engager], de dévoiler ma subjectivité et mon histoire. […] Ça m’a aussi permis de me réapproprier mon histoire, de la raconter à ma manière. »

Une expérience « libératrice » qu’elle n’aurait pas pu mener sans son conjoint, Gianluca Della Montagna, avec qui elle coréalise le documentaire. « Je ne voulais pas laisser ça entre les mains de quelqu’un que je ne connaissais pas. Je voulais que cette personne me comprenne, me respecte et me protège aussi dans certains cas. »

La force du nombre

Léa Clermont-Dion aura finalement gain de cause, puisque l’ancien journaliste Michel Venne a été reconnu coupable d’agression et d’exploitation sexuelle à son endroit. Et même si ce dernier porte sa cause en appel, la jeune femme ne semble pas inquiète d’une annulation du verdict de culpabilité. « Le 23 juin, quand le juge a rendu son verdict et qu’il a dit qu’il me croyait, j’ai gagné à ce moment-là. » Consciente que chaque expérience est différente et que les victimes n’ont pas toutes la chance de voir leur plainte aboutir en un procès — et encore moins de voir leur agresseur déclaré coupable —, Léa Clermont-Dion donne la parole à une dizaine d’autres femmes dans son documentaire.

On retrouve notamment le témoignage d’Annick Charette, qui a porté plainte contre le fondateur de Juste pour rire, Gilbert Rozon, et dont le procès s’est soldé par un acquittement en décembre dernier. La productrice Julie Snyder, à l’origine de l’idée du documentaire, livre aussi brièvement son expérience. Sans oublier le récit d’Erika Vincent, cette jeune femme qui avait déjà dénoncé au Devoir l’an dernier la façon dont sa plainte pour agression sexuelle avait été traitée par un enquêteur de la Sûreté du Québec.

« Je tenais absolument à varier les témoignages pour refléter toutes sortes d’expériences. Je voulais montrer que passer par le système de justice peut être libérateur, mais aussi destructeur », explique Léa Clermont-Dion.

Le but, insiste-t-elle, n’est pas de convaincre les victimes de porter plainte ni de les décourager de le faire. « Je veux juste montrer la réalité : ce n’est pas facile, c’est un engagement à long terme, c’est beaucoup de stress et de culpabilité. »

Je voulais montrer que passer par le système de justice peut être libérateur, mais aussi destructeur.

 

Le système de justice ne guérit pas tout, soutient Léa Clermont-Dion, et d’autres voies existent pour aider les victimes. « Mais j’ose croire qu’on peut améliorer ce processus. J’espère qu’on mettra plus de ressources en accompagnement et qu’on fera encore plus preuve d’empathie et de bienveillance. On sent un changement, et c’est rassurant, mais il faut continuer à éduquer pour que la génération de ma fille et mon fils ne subissent pas les mêmes traumas infligés à la génération de ma mère », conclut-elle dans son documentaire.

 

T’as juste à porter plainte

Noovo.ca, en ligne le 6 octobre

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