«Britney vs Spears»: les dessous d’une tutelle controversée

La réalisatrice Erin Lee Carr (à gauche) et la journaliste Jenny Eliscu, du magazine «Rolling Stone»
Photo: Netflix La réalisatrice Erin Lee Carr (à gauche) et la journaliste Jenny Eliscu, du magazine «Rolling Stone»

Imaginez-vous être adulte, mais devoir demander la permission pour aller au restaurant, pour passer un coup de fil, pour dépenser votre argent comme bon vous semble ou pour voir des amis : c’est le quotidien vécu par la chanteuse américaine Britney Spears depuis 13 ans. Un nouveau documentaire Netflix revient sur les origines de sa mise sous tutelle et révèle les dessous de sa bataille pour s’en libérer.

Dans Britney c. Spears, dévoilé mardi, la réalisatrice Erin Lee Carr et la journaliste Jenny Eliscu, du magazine Rolling Stone, nous plongent ainsi dans leur quête de vérité pour comprendre comment la vedette pop a pu se retrouver du jour au lendemain avec les mêmes droits qu’une mineure, tout en poursuivant sa carrière internationale.

Le projet, commencé il y a deux ans, devait initialement s’intéresser aux talents artistiques de la chanteuse et à sa représentation dans les médias. Mais au fil des entrevues avec des acteurs clés — ex-fréquentation, amis, anciens gérants, avocats — et après avoir reçu anonymement des documents confidentiels sur sa tutelle, le documentaire a pris un tout autre chemin. « Son histoire portait aussi sur le pouvoir et le contrôle. C’est une histoire pleine de complots et de rumeurs », résume la réalisatrice dès les premières minutes.

Erin Lee Carr et Jenny Eliscu ont ainsi décidé de revenir très rapidement sur la chute de la vedette en 2007. Après son divorce avec le danseur Kevin Federline et la perte de la garde de ses deux enfants, Britney Spears a perdu pied, multiplié les faux pas sous les flashs incessants des paparazzis et a fini par être hospitalisée. Son père, Jamie Spears, est alors réapparu dans sa vie pour devenir son tuteur légal.

 
Photo: Valérie Macon Agence France-Presse Le nouveau documentaire Netflix revient sur les origines de la mise sous tutelle de Britney Spears et révèle sa bataille pour s’en libérer.

Les bases jetées, le documentaire Britney c. Spears s’attarde ensuite — et surtout — à lever le voile sur le combat silencieux que mène l’artiste depuis des années pour y mettre fin. Il tente aussi d’expliquer à qui profite vraiment cette tutelle devenue permanente. Car « l’état de démence » qui justifie cette procédure légale, selon les documents officiels, apparaît incompatible avec le rythme de travail de l’artiste, qui a continué de produire des albums et de faire des tournées à travers le monde lors de la dernière décennie.

Depuis 2008, Jamie Spears prend légalement les décisions concernant la santé, la carrière et les affaires personnelles de sa fille. Il choisit à qui elle peut parler et qui elle peut voir, même lorsqu’il s’agit de ses enfants.

Son père a aussi un contrôle sur ses finances et son patrimoine — estimé à 60 millions de dollars —, un droit partagé avec un avocat désigné par la cour, Andrew Wallet. On comprend toutefois dans le documentaire que ce dernier n’a pas vraiment à cœur la défense des intérêts de sa cliente, qui tente en coulisses de changer d’avocat, en vain.

La journaliste de Rolling Stone confie d’ailleurs à la caméra avoir elle-même tenté de l’aider avant le début de cette aventure. À la demande de deux proches de la chanteuse qui ne pouvaient plus l’approcher, Jenny Eliscu a accepté en 2009 de rencontrer Britney Spears incognito dans les toilettes d’un hôtel dans le but de lui faire signer des papiers lui permettant de demander un nouvel avocat. « J’avais peur de participer à cette histoire, j’essayais de rester objective. Mais je connaissais Britney Spears depuis 10 ans, je tenais à elle humainement, explique Jenny Eliscu. Mais c’était indéniable que je pouvais lui être plus utile comme bonne samaritaine qu’en tant que énième journaliste écrivant sur elle. »

La démarche a finalement échoué, comme bien d’autres, son père n’hésitant pas à contester ses déclarations ou même faire annuler des documents qu’elle signe, plaidant toujours la « démence » de sa fille.

« Libérez Britney »

Erin Lee Carr et Jenny Eliscu ne sont pas les seules à avoir tenté de révéler au grand jour les dessous de la tutelle de Britney Spears. Depuis des années, une armée d’admirateurs rassemblés sous le mouvement #FreeBritney sont convaincus que la chanteuse est maintenue contre son gré dans cette tutelle, même si celle-ci feignait de bien aller et d’être en accord avec la situation sur les réseaux sociaux.

Le mouvement a tellement pris d’ampleur que journalistes et documentaristes ont fini par s’y intéresser. En février dernier, le documentaire Framing Britney Spears, produit par le New York Times en partenariat avec la chaîne FX, s’était penché sur la manière dont les médias avaient conduit à la chute de la chanteuse et abordé l’existence du mouvement #FreeBritney.

Vendredi dernier, le New York Times a dévoilé le second volet de son enquête Controlling Britney Spears (rendu disponible au Canada seulement mardi). La chaîne CNN à quant à elle diffusé Toxic : Britney Spears’Battle for Freedom deux jours plus tard.

Il faut dire que les choses s’accélèrent dernièrement du côté des tribunaux. Après s’être emmurée dans le silence durant des années, Britney Spears a multiplié les offensives judiciaires au cours des derniers mois, se disant « malheureuse », « déprimée », et estimant que « [son] père et tous ceux impliqués dans la tutelle devraient être en prison. »

En juillet, pour la première fois, une juge l’a autorisé à choisir son propre avocat. Désormais représentée par Mathew Rosengart, connu pour avoir défendu d’autres vedettes de Hollywood comme Sean Penn ou Steven Spielberg, sa cause avance enfin.

Le vent tourne, et Jamie Spears semble l’avoir compris. Le mois dernier, il a demandé que son rôle de tuteur lui soit retiré et que la tutelle de sa fille prenne fin. Une audience est d’ailleurs prévue mercredi dans un tribunal de Los Angeles. Britney Spears pourrait enfin retrouver sa « liberté ».

 

Britney c. Spears, réalisé par Erin Lee Carr

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