«Foundation»: le futur est femme

Ayant pour devoir de protéger la planète Terminus, où est installée la Fondation, Salvor Hardin (Leah Harvey) est une redoutable combattante.
Photo: Apple TV+ Ayant pour devoir de protéger la planète Terminus, où est installée la Fondation, Salvor Hardin (Leah Harvey) est une redoutable combattante.

Brillant et prolifique écrivain de science-fiction et de fantasy, Isaac Asimov (1920-1992) était surnommé « l’homme aux cent mains » en raison de ses comportements déplacés à l’endroit des femmes. Qu’aurait-il donc pensé de l’éblouissante adaptation de David S. Goyer de Foundation, son colossal cycle romanesque jugé inadaptable ? L’auteur du Cycle des robots, qui faisait si peu de place aux personnages féminins dans son œuvre, serait étonné de constater que le scénariste de la saga Blade et de la trilogie Batman de Chris Nolan a transformé trois importants personnages masculins en femmes. Une chose est certaine, Robyn Asimov, fille de l’écrivain et productrice exécutive de la série, a approuvé cette relecture féministe.

Élève de Hari Seldon (Jared Harris), créateur de la psychohistoire, discipline permettant de prédire l’avenir d’un peuple, Gaal Dornick (LouLlobell) apparaît sous les traits d’une toute jeune mathématicienne prodige. C’est sur ses épaules que repose le bon déroulement du plan Seldon, selon lequel il n’y aurait qu’un millier d’années, plutôt que trente mille ans, de barbarie entre la chute de l’Empire galactique et la création du Second Empire.

Ayant pour devoir de protéger la planète Terminus, où est installée la Fondation, laquelle doit assurer la création du Second Empire, Salvor Hardin (Leah Harvey) est une redoutable combattante. De tous les colons qui habitent Terminus, elle est la seule qui peut s’approcher de la mystérieuse arche sise au cœur du désert. En Phara Khan (Kubbra Sait), grande chasseresse d’Anacreon à la recherche d’un vaisseau guerrier, elle trouvera une féroce ennemie.

Dernier robot de son espèce, Demerzel (Laura Birn) est première ministre de l’Empire basé sur Trantor. Depuis des milliers d’années, elle fait montre de loyauté envers la dynastie issue de Cleon 1er. Afin d’illustrer la soif de pouvoir de ce dernier, David S. Goyer a eu l’excellente idée d’en faire le créateur d’une lignée d’empereurs clonés. Évoquant la Sainte Trinité, l’empereur régnant, appelé Day (Lee Pace), évolue aux côtés de sa version crépusculaire, Dusk (Terrence Mann), et de son double à l’aube de sa vie, Dawn (Cassie Bilton).

Univers complexe

L’action de Foundation se déroulant sur des milliers d’années, avec moult sauts spatiotemporels en avant et en arrière, sur différentes planètes où l’on rencontre une pléthore de personnages clés, vous devrez demeurer plus qu’attentif et vous accrocher solidement pour ne pas être largué dès le premier des dix épisodes de cette série ambitieuse. D’autant plus que si l’histoire vous captive et que les effets visuels vous séduisent, sachez que David S. Goyer prévoit de la raconter en huit saisons.

Cela dit, si vous n’êtes pas un adepte de l’œuvre d’Isaac Asimov, de Frank Herbert (Dune) ni de Philip K. Dick (Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?, à l’origine de Blade Runner), ou êtes demeuré de glace devant la série de fantasy Game of Thrones (dont on retrouve Alex Graves parmi les metteurs en scène), peut-être devriez-vous passer votre tour. Idem si les mathématiques vous rebutent…

S’étant inspiré de l’Allemagne nazie et de la chute de l’Empire romain pour créer sa série de romans, rédigée sur une quarantaine d’années, Asimov a créé un univers complexe où les réflexions philosophiques et scientifiques sont au premier plan. Bien qu’il ait pris quelques libertés avec le récit aux innombrables ramifications, Goyer est demeuré fidèle à l’esprit de la saga romanesque, tout en la remettant au goût du jour.

Outre la valorisation des personnages féminins, on remarque une distribution faisant la part belle à la diversité.À travers les paroles et les actions de certains personnages, on devine une critique de la foi aveugle en la religion, du scepticisme face à la science, du pouvoir corrompu, de l’ambition démesurée, du conservatisme et du non-respect de l’environnement.

Tournée en Islande, en Allemagne, à Malte et aux îles Canaries, Foundation donne à voir des paysages à couper le souffle mis en valeur par une mise en scène ample et fluide. Tantôt sombres, tantôt somptueux, les décors évoquent des catastrophes climatiques et les grandes civilisations antiques. Enfin, du côté de l’interprétation, à défaut d’émotion, la conviction est au rendez-vous.

 

Foundation

★★★ 1/2

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