Décès de Melvin Van Peebles, pionnier de la «blaxploitation»

Né en 1932 à Chicago, Melvin Van Peebles était bachelier en littérature et avait servi dans l’armée de l’air américaine, avant de travailler comme artiste, scénariste, réalisateur, musicien et écrivain.
Photo: Charly Triballeau Agence France-Presse Né en 1932 à Chicago, Melvin Van Peebles était bachelier en littérature et avait servi dans l’armée de l’air américaine, avant de travailler comme artiste, scénariste, réalisateur, musicien et écrivain.

L’écrivain et réalisateur américain Melvin Van Peebles, pionnier de la « blaxploitation », dont le film avant-gardiste Sweet Sweetback’s Baadasssss Song a inspiré les jeunes générations de cinéastes noirs, est décédé à l’âge de 89 ans.

« Nous avons la tristesse d’annoncer le décès d’un géant du cinéma américain, Melvin Van Peebles, qui est mort la nuit dernière [la nuit de mardi à mercredi], chez lui avec sa famille, à l’âge de 89 ans », ont annoncé son fils, l’acteur Mario Van Peebles, et l’entreprise de distribution de films The Criterion Collection dans un communiqué.

« Au cours d’une carrière unique, M. Van Peebles a laissé une trace indélébile dans le paysage culturel mondial. Il nous manquera profondément. » Sweet Sweetback’s Baadasssss Song, sorti en 1971, est un film à petit budget sur un homme se produisant dans des spectacles pornographiques qui tue deux policiers racistes parce qu’ils passaient à tabac un militant des Black Panthers.

Avec cette œuvre innovante sur le fond comme sur la forme, Melvin Van Peebles, souvent surnommé « le parrain du cinéma noir moderne », a inauguré l’ère de la « blaxploitation » — un courant engagé à revaloriser l’image des Afro-Américains en leur donnant des rôles de premier plan — et a inspiré nombre de réalisateurs plus jeunes, comme Spike Lee et Barry Jenkins. « Je ne savais même pas que j’avais un héritage », avait-t-il confié au New York Times en 2010. « Je fais ce que j’ai envie de faire. »

Sweet Sweetback, qu’il a écrit, réalisé et financé et dont il tient le rôle principal, était initialement sorti dans seulement deux cinémas.

Mais grâce au bouche-à-oreille, il a fini par rapporter 10 millions de dollars, ce qui en fait le film indépendant le plus rentable de l’histoire à l’époque, selon le Hollywood Reporter.

The Criterion Collection, qui distribue ses films, a évoqué « un monument du cinéma indépendant noir et américain, qui a provoqué une onde de choc à travers toute la culture ».

« Papa savait que la représentation des Noirs est importante. Si une image vaut mille mots, que vaut un film ? […] Nous avons besoin de nous voir être libres », a déclaré Mario Van Peebles dans un communiqué. « Une réelle libération ne signifiait pas qu’il fallait imiter la mentalité du colonisateur. Cela impliquait de reconnaître la force, la beauté et l’interconnexion de tous les humains. »

Né en 1932 à Chicago, Melvin Van Peebles était bachelier en littérature et avait servi dans l’armée de l’air américaine, avant de travailler comme artiste, scénariste, réalisateur, musicien et écrivain. Il avait aussi étudié l’astronomie.

Son premier long métrage, The Story of a Three-Day Pass, racontait l’histoire d’un soldat américain noir rétrogradé pour avoir fraternisé avec une femme blanche en France. Le film avait été remarqué à Hollywood, poussant Columbia Pictures à engager Van Peebles pour diriger en 1970 Watermelon Man, une comédie parlant d’un raciste blanc devenu noir en une nuit.

Outre son œuvre littéraire et cinématographique, M. Van Peebles a créé plusieurs pièces à Broadway, dont la comédie musicale Ain’t Supposed to Die a Natural Death, qui lui a valu sept nominations aux Tony Awards.

« Je suis tellement attristé par la disparition de mon frère Melvin Van Peebles, qui a propulsé le cinéma noir indépendant sur le devant de la scène avec son film révolutionnaire Sweet Sweetback’s Baadasssss Song », a réagi sur Instagram le cinéaste Spike Lee (Do the Right Thing).

Barry Jenkins, réalisateur de Moonlight (Oscar du meilleur film 2017) a lui aussi transmis ses hommages à Melvin Van Peebles, qui « tirait le meilleur de chaque seconde, de chaque prise de vue », selon lui.

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