«American Rust»: déclins américains

Une scène tirée de la télésérie «American Rust»
Photo: Dennis Mong Showtime Une scène tirée de la télésérie «American Rust»

La petite ville de la Pennsylvanie sur le déclin est devenue cette année à l’écran une métaphore de tout ce qui ne tourne pas rond chez nos voisins du Sud. Plus particulièrement chez les classes ouvrière et moyenne, qui subissent les affres de la mondialisation, de la surmédicamentation devenue toxicomanie, et de la violence ordinaire qui en découle. La déprimante, mais magnifique Mare of Easttown, diffusée à HBO au printemps, donnait le ton avec son héroïne abîmée incarnée avec une authenticité désarmante par Kate Winslet, une policière qui enquêtait sur des disparitions et un meurtre dans lesquels des proches étaient impliqués directement ou indirectement.

Dans American Rust, adaptation télévisuelle du roman éponyme paru en 2009, Jeff Daniels incarne un héros en plusieurs points semblable : le chef de police d’une municipalité rurale de la Rust Belt, ravagée par le chômage et la désolation, ex-militaire toxicomane fonctionnel, qui doit mener une enquête sur le meurtre d’un ex-collègue, probablement commis par le fils de son amante, une couturière (Maura Tierney) aux mains souffrantes, tentée par les sirènes de la syndicalisation.

Il faut avoir le moral solide pour se plonger dans ce polar sombre (au propre et au figuré, grâce à sa photographie qui ne laisse pas de place aux couleurs chatoyantes) peuplé de personnages abonnés aux malheurs, sans espoir, dangereux pour eux-mêmes et pour les autres. Pourtant, si on s’accroche, il émane de ce polar pas tellement haletant un portrait réaliste de la disparition d’un monde prospère aujourd’hui abandonné à son sort. C’est déjà beaucoup.

 

American Rust

Showtime et Crave, dimanche, 22 h



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