Quand la vague coréenne roule jusqu’aux écrans québécois

La passion des jeux musicaux n’est pas la seule chose alliant le Québec et la Corée du Sud sur le plan télévisuel.
Illustration: Carmen Casado La passion des jeux musicaux n’est pas la seule chose alliant le Québec et la Corée du Sud sur le plan télévisuel.

Reconnue internationalement pour sa musique K-pop regroupant divers genres musicaux, mais principalement du hip-hop combiné au chant, la Corée du Sud a su se tailler une place de choix dans la culture mondiale. Ce pays péninsulaire partage d’ailleurs bien plus que son art musical : jeux vidéo et cinéma font aussi la renommée de cet ancien pays du tiers-monde devenu une puissance économique au cours des décennies passées.

Il suffit de penser à Parasite de Bong Joon-ho, long métrage ayant reçu la Palme d’or à Cannes en 2019 ainsi que l’Oscar du meilleur film en 2020. La diffusion hors Corée de ses contenus culturels est telle que le phénomène possède un nom : hallyu, soit « vague coréenne ».

Cette vague est longtemps restée loin du petit écran, où les productions du pays asiatique demeuraient marginales, voire inexistantes. Bien que l’industrie du divertissement sud-coréenne soit forte de ses feuilletons télévisés, ceux-ci ne possèdent ni ne risquent de développer une grande audience au Québec, qui produit localement déjà nombre de téléromans. Cela n’empêche pas quelques récentes percées télévisuelles de la part du pays de l’Asie de l’Est en Occident.

En effet, les 13 et 19 septembre prochains arriveront respectivement en ondes Qui sait chanter ? à Noovo et Chanteurs masqués à TVA, deux productions originaires de Corée.

 

Pour celle qui verra le jour au petit écran lundi, les Québécois pourront retrouver Phil Roy à l’animation, ainsi que Rita Baga et Roxane Bruneau comme panélistes régulières.

L’idée derrière cette émission, qui a déjà fêté son sixième anniversaire en Corée, s’inspire grandement du noraebang, terme coréen pour « karaoké ». En effet, des individus sont conviés à monter sur scène pour chanter des succès sur une voix ne leur appartenant pas.

Le but de l’invité est de trouver, à l’aide des juges, l’ensemble des chanteurs qui faussent afin de ne conserver que celui qui sait réellement utiliser sa voix de façon mélodieuse, explique Mélanie Bhérer, directrice générale de la division Variétés, style de vie et documentaire chez Bell Média. Jusqu’à 25 000 $ seront remis à celui qui réussit la mission.

Pour la seconde émission, Chanteurs masqués, on trouvera plutôt Guillaume Lemay-Thivierge à l’animation accompagné d’une pléthore de juges aux expériences variées. 

Le panel sera composé de Stéphane Rousseau, Marc Dupré, Véronic DiCaire, Sam Breton et Anouk Meunier. Ceux-ci devront découvrir quelles vedettes se trouvent sous les extravagants costumes à partir de leur voix.

Un goût partagé pour la musique

« On aime ça, au Québec, les jeux musicaux », s’exclame le producteur au contenu chez Productions Déferlantes pour Chanteurs masqués, Martin Proulx. À son avis, voilà bien ce qui a motivé TVA à acquérir les droits pour cette émission. Même son de cloche pour Mélanie Bhérer, qui parle plutôt de « passion pour les émissions musicales ».

D’ailleurs, les deux s’entendent pour dire que le succès de ces émissions dans de nombreux autres pays, dont les États-Unis (I Can See Your Voice et The Masked Singer), a fortement incité leur équipe de production respective à acheter les concepts.

Pour la chargée de cours au Centre d’études asiatiques de l’Université de Montréal Seong-Sook Yim, il est évident que l’amour de la musique, bien que de genres différents, unit ces deux pays aux antipodes de l’hémisphère Nord. Elle illustre son propos en mentionnant Star Académie, qui a connu de nombreuses belles saisons en plus d’un retour l’hiver dernier.

On aime ça, au Québec, les jeux musicaux

La passion des jeux musicaux n’est cependant pas la seule chose alliant le Québec et la Corée du Sud sur le plan télévisuel. Selon celle donnant un cours intitulé Culture et communication en Corée, « la participation du public tout comme la présence d’artistes » constituent deux éléments gagnants. Ils forment d’ailleurs la majorité des variétés favorites des Québécois, telles que La Voix.

« L’aspect jeu va plaire aux Québécois », détaille Mélanie Bhérer quant à Qui sait chanter ?, révélant par le fait même qu’il y aura « beaucoup de vedettes aimées du public » sur le plateau. Pour Martin Proulx, Chanteurs masqués va créer un sentiment d’attachement envers les personnages et leur histoire, en plus d’un effet de curiosité : « Tu veux savoir qui se cache sous l’oiseau ou le dinosaure. »

Un avenir culturellement éclaté ?

En ce qui trait à l’avenir des productions coréennes au Québec, Seong-Sook Yim hésite puisqu’il s’agit de « deux cultures assez éloignées ». Elle explique que, bien qu’il y ait des adaptations, les émissions coréennes promeuvent certaines valeurs importantes qu’on ne retrouve pas forcément ici.

Elle pense entre autres aux liens familiaux ou à l’exploration des régions, deux thématiques récurrentes mêmes dans les variétés musicales.

Martin Proulx mentionne à ce propos que cela dépend de la liberté laissée par la production originale dans le document de travail, communément appelé « la bible ». Par exemple, Chanteurs masqués avait une grande latitude quant à ses décors, ses costumes et même son format. Cela explique la différence entre les tenues de mascotte québécoises et les masques en papier coréens.

Seong-Sook Yim croit que cette ouverture sur d’autres pays est un pas dans la bonne direction, mais que le Québec demeure très « américanisé ». Non seulement cela se voit par le biais des émissions rediffusées à nos chaînes télévisées, mais aussi dans nos adaptations.

Selon la chargée de cours, bien que les concepts soient achetés à la Corée du Sud, le Québec se base davantage sur les versions américaines pour créer ses émissions. D’un coup d’œil rapide, les grands plateaux, l’extravagance des costumes tout comme le format lui donnent entièrement raison.

Lorsqu’on lui a demandé si le petit écran québécois verra encore davantage de productions coréennes à l’avenir, Seong-Sook Yim répond en riant : « Ça, c’est la télévision québécoise qui va en décider ! Mais ce serait bien. »

Qui sait chanter? // Chanteurs masqués

13 septembre à 20 h à Noovo // 19 septembre à 18 h 30 à TVA



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