«Nuit blanche»: un parfum de mystère

France Castel incarne la femme d’affaires Louise Hébert, qui se trouve au cœur de l’intrigue dans «Nuit blanche».
Photo: Yan Turcotte France Castel incarne la femme d’affaires Louise Hébert, qui se trouve au cœur de l’intrigue dans «Nuit blanche».

France Castel, ex-terroriste ? Le parcours exceptionnel de cette artiste multitalentueuse aurait-il croisé celui des felquistes au début des années 1970 ?

C’est un peu le cas, grâce à Julie Hivon (Alerte Amber, Alertes), scénariste de Nuit blanche, une nouvelle série de Radio-Canada qui nous plonge dans le Québec enflammé de la crise d’Octobre — et celui d’aujourd’hui, qui en porte encore les blessures. Certaines deviennent béantes dans cette saga familiale en 12 épisodes réalisée par Sébastien Gagné (Lâcher prise, Le chalet), et deux autres saisons à la clé, qui illuminent le présent à la faveur des errances du passé. Dans Nuit blanche, elles sont nombreuses, explosives, secrètes, comme autant de trahisons qui modifieront la trajectoire d’une femme d’affaires à la tête d’une parfumerie, Louise Hébert (la Castel des grands jours), et surtout de ses trois enfants incarnés par Valérie Blais, Marilyse Bourke et Jean-Philippe Perras.

La mère semble au sommet de sa gloire au moment de lancer un nouveau parfum et de recevoir un prix d’innovation. Tout le monde s’agite autour d’elle, mais plus encore lorsqu’elle va découvrir une photo de l’homme qu’elle a aimé passionnément 50 ans plus tôt, Vincent (Antoine Pilon), et qu’elle croyait mort. Car les deux filles de Louise sont aussi les siennes, et cette révélation ne sera pas sans perturber le lancement, mais surtout l’état d’esprit de cette reine d’un empire à qui tout semblait sourire. Elle ne survivra pas à cette journée fatidique.

La série est parsemée de références historiques appuyées d’images d’archives. Ce va-et-vient temporel constitue l’une des forces de Nuit blanche, du moins dans les deux épisodes disponibles aux journalistes, qui montrent un beau maillage d’acteurs de générations différentes. C’est ainsi que Rose-Marie Perreault incarne une jeune et téméraire Louise Hébert, que tout le monde appelle Loulou, alors que Simon Pigeon, dans le rôle d’un compagnon d’armes de Vincent, maître en explosifs, prend les traits de l’auteur-compositeur-interprète Michel Rivard à l’âge adulte. Lui qui a démarré sa carrière comme acteur de téléroman (Rue des pignons, eh oui !), star de la Ligue nationale d’improvisation, revient parfois à son premier métier (Mon amie Max, de Michel Brault, 30 vies).

À la télé, ils font leur cinéma

 

Les comparaisons et les superlatifs ont fusé lors de la conférence de presse, occasion d’aligner quelques chiffres : 71 jours de tournage, 40 emplacements différents, 69 comédiens et 31 premiers rôles, 25 % du temps de tournage dans un cadre d’époque. Tout cela dans un contexte de COVID-19, avec mesures et restrictions inimaginables, et une production qui a débuté au printemps 2021 pour se terminer le 15 juillet dernier.

En entrevue en marge de la conférence, Sébastien Gagné reconnaît avec humour que le titre de la série est plutôt bien choisi pour décrire son niveau de stress devant la somme de travail à abattre en postproduction. Ce fut aussi l’occasion de causer cinéma, lui qui s’apprête à prendre le bâton du pèlerin pour trouver du financement pour un premier long métrage qu’il qualifie de peu coûteux (« Rien à côté de Nuit blanche ! »), dans l’esprit « de Spike Jonze ou de Michel Gondry ». « J’ai autant envie de faire ce type de films que du cinéma plus commercial. Je suis entre ces deux pôles », explique celui qui admet être chanceux d’enchaîner « les projets en or ».

Gagné l’a répété plus d’une fois : « La ligne entre la télé et le cinéma est de plus en plus mince. » C’est dans cet esprit que navigue Nuit blanche, tourné avec les cadences infernales actuelles de l’industrie (« Parfois 15 pages de scénario par jour », précise, essoufflé, le réalisateur), mais aussi une ambition esthétique évidente, celle des grands espaces et des intérieurs somptueux, dont celui de la Maison Trestler, magnifique édifice patrimonial servant de château fort à la femme d’affaires.

Cette ambition est partagée par Julie Hivon, que les cinéphiles connaissent pour son travail au grand écran (Crème glacée, chocolat et autres consolations, Tromper le silence, Qu’est-ce qu’on fait ici ?), pas inconnue non plus des téléphages. Car parallèlement à sa carrière de cinéaste — et un temps d’enseignante au cégep — , elle a collaboré à diverses séries depuis 2002, dont Toute la vérité, O’ et L’échappée. Avec le succès d’Alerte Amber à TVA, l’écriture a pris toute la place, l’empêchant ainsi « de jongler avec plusieurs choses à la fois ».

C’est à l’invitation de la compagnie Pixcom, lui proposant de développer une idée autour d’un héritage problématique, que Julie Hivon a imaginé Nuit blanche. Loin d’avoir tiré un trait sur la réalisation, elle se dit heureuse du travail de Sébastien Gagné, redécouvrant les personnages grâce à lui — et consciente que ce projet peut l’accaparer quelques années. « Contrairement au cinéma, la série télé s’inscrit dans la continuité, et une grosse part de la continuité repose sur mes épaules [de scénariste]. » À sa façon, elle gère aussi un petit empire.

 

Nuit blanche

À partir du lundi 13 septembre, 21 h, sur ICI Télé, et un épisode en primeur chaque semaine sur ICI Tou.tv

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