«Les moments parfaits»: famille moderne

Avec trop de personnages, la série semble condamnée à aller dans toutes les directions.
Photo: TVA Avec trop de personnages, la série semble condamnée à aller dans toutes les directions.

Deux épisodes, c’est trop souvent trop peu pour se faire une idée d’une série télé. Surtout lorsque celle-ci en comporte vingt-quatre. Même si Les moments parfaits porte la signature du romancier Marc Robitaille (Un été sans point ni coup sûr), qui a charmé les cinéphiles il y a plus de vingt ans grâce au film de François Bouvier Histoires d’hiver, la magie n’opère pas. Et pourtant, ce n’est pas le talent à l’écran qui manque. Hélas ! Les clichés non plus.

Au cœur de cette étourdissante saga familiale se trouvent Catherine Thomas (Catherine Trudeau), l’aînée responsable et débordée de toutes parts, Louis (Émile Proulx-Cloutier), l’enfant-sandwich en quête de reconnaissance, et Philippe (Jean-François Pronovost), le benjamin, éternel adolescent et indécrottable romantique. Tandis que les Thomas se préparent à accueillir Hugo, fils aîné de Catherine et d’Alex (Gabriel Sabourin), de retour d’un long voyage en mer, un incident contraint leurs parents Georges (Denis Bernard) et Judith (Marie-Thérèse Fortin), en froid depuis six ans, de se retrouver dans la même pièce.

Alors que Judith se complaît dans l’amertume, Georges a refait sa vie avec une femme beaucoup plus jeune que lui, Mylène (Amber Goldfarb), avec qui il a adopté une fillette vietnamienne, Mila (Chanelle Foo Lam). Au grand dam de Judith, Mylène, qui cartonne à Paris dans une comédie musicale, devra revenir au Québec. S’ensuivent malaises, regards glaçants et atmosphère tendue. La totale, quoi. Bientôt, Catherine découvre que Mylène a laissé son cœur en France.

En plus d’avoir à composer avec les chambardements qui s’annoncent du côté de Georges, sa descendance en a plein les bras avec ses propres problèmes. Malgré la complicité de sa meilleure amie et associée (Myriam De Verger), Catherine est sur le point de craquer à l’idée de publier un roman écrit il y a 20 ans chez un éditeur bien en vue (Richard Fréchette). Louis rêve d’avoir des enfants, mais Annie (Bianca Gervais), sa conjointe, n’a aucun désir d’en avoir. Fréquentant depuis peu Geneviève (Mounia Zahzam), Philippe demeure envoûté par son ex (Nadia Kounda).

Comme si ça ne suffisait pas, les enfants de Catherine traversent eux-mêmes une zone de turbulences. Hugo a vécu une expérience traumatisante en Argentine ; Charlotte (Willia Ferland-Tanguay) veut quitter ses études pour lancer sa propre compagnie avec son copain (David Bélizaire). Quant au plus jeune, Tristan (Antoine Marchand-Gagnon), il semble obsédé par un méchant critique et professeur de littérature (Jean-François Pichette) qui a jadis fait pleurer sa mère.

Rien ne va plus

Trop, c’est comme pas assez. Avec autant de personnages à l’avant-plan, Les moments parfaits semble condamné à aller dans toutes les directions, à n’être qu’une suite ininterrompue de rencontres familiales et de tête-à-tête entre deux portes. Tandis qu’on commence à s’intéresser à l’un des membres du clan Thomas, celui-ci disparaît momentanément pour faire place à un autre. Et ainsi de suite. On repassera pour l’émotion. 

Si on peut se reconnaître ou trouver une ressemblance avec les siens dans cette turbulente tribu, l’empathie à l’égard des Thomas ne se développe pas d’emblée. Quant au ton emprunté, on semble hésiter entre la comédie dramatique et le drame familial. Malgré le talent indéniable de la distribution, le jeu manque parfois de finesse. Problème d’écriture ou de direction d’acteurs ?

Secondé à la scénarisation par Sylvie Bouchard, Annabelle Poisson et Marie-Ève Bourassa, de même que Brigitte D’Amours et Pierre-Marc Drouin à la script-édition, Marc Robitaille dessine à gros traits ses personnages, leur met en bouche des répliques convenues. S’affinent-ils au fil des épisodes pour se transformer en êtres complexes et, espérons-le, attachants ?

Hormis l’aventure littéraire de Catherine, cousue de fil blanc, les intrigues se révèlent un ramassis de déjà-vu et de lieux communs, comme si on avait voulu rendre hommage aux téléromans de la dernière décennie. Du côté de la réalisation, François Bégin (L’échappée, la série jeunesse Les mutants) signe une mise en scène fonctionnelle qui manque d’éclat, d’âme, d’élégance. On cherche en vain l’élément accrocheur qui nous donnera envie d’y revenir.

D’ailleurs, il y a quelques jours, Hugo Dumas, chroniqueur télé à La Presse, se demandait : « Après combien d’épisodes avons-nous le droit de lâcher une série sans remords ni regrets ? Combien faut-il de temps pour bien juger si une émission nous plaira ou non ? » Eh bien, si Robitaille et sa bande ne nous surprennent pas dès le troisième épisode avec des revirements inattendus, des avenues originales ou des répliques mémorables, nous ferons autre chose de nos mercredis soirs.

 

Les moments parfaits 

Sur TVA, dès le mercredi 15 septembre, à 20 h

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