«Un lien familial»: la vie rêvée des quadragénaires

Une scène de la série «Un lien familial», avec les acteurs Pierre-Yves Cardinal, Rachel Graton et Maxime Allard
Photo: Yan Turcotte Une scène de la série «Un lien familial», avec les acteurs Pierre-Yves Cardinal, Rachel Graton et Maxime Allard

En 2018, à la sortie de Un lien familial (Boréal), qui marquait son retour au roman après neuf ans de silence au cours desquels elle avait écrit pour la télévision, Nadine Bismuth s’était confiée au Devoir. Elle révélait avoir souhaité raconter seule ce récit narrédu point de vue de deux quadragénaires — Magalie, designer de cuisine mariée à un avocat qui la trompe, et Guillaume, policier séparé depuis quelques années — qui voient leur destin basculer. Et pas nécessairement pour qu’il prenne l’air d’un conte de fées ou d’un scénario à la Love Actually.

 

« J’avais envie que ce soit une aventure intime et qu’elle parvienne au lecteur sans intermédiaire. Sans acteurs, sans musique, sans réalisation », avait-elle dit à l’époque.

Or, trois ans plus tard, voilà que ses personnages prennent vie sous les traits de Rachel Gratton et Maxime Allard dans une élégante série chorale de six épisodes qu’elle a elle-même scénarisée et qu’a réalisée et coproduite Sophie Lorain avec Alexis Durand-Brault — il s’agit par ailleurs de la première production de l’infatigable duo d’Also (Sortez-moi de moi, Portrait-robot) pour Radio-Canada.

« En 2018, j’étais en train de vivre une séparation et je n’avais pas envie d’avoir à justifier mes choix lors de pitchs à des producteurs. Une fois que j’ai eu terminé ce roman-là et que Sophie a manifesté son intérêt, je savais que j’étais capable de raconter cette histoire de nouveau, avec des ingrédients différents », explique celle qui décrit Un lien familial comme la rencontre du désenchantement féminin, du fantasme masculin et du pays du mensonge lors d’un point de presse virtuel.

Apparences trompeuses

Si l’on se fie au premier plan de cette série bercée par la voix hypnotique et charnelle de Charlotte Cardin, où Magalie se retrouve à l’aéroport avec sa mère (Chantal Fontaine) et sa fille, qui est en fait la dernière scène du roman, et aux trois premiers épisodes dévoilés à la presse, il semble bien que Nadine Bismuth et Sophie Lorain aient été fidèles aux grandes lignes du récit original.

« Je n’ai pas eu de sacrifices ni de deuils à faire en adaptant le roman, se souvient la scénariste, qui n’a pas ressenti le besoin de se replonger dans le roman tant elle en connaissait bien les thèmes et les personnages. Avec Sophie, qui faisait de manière rigoureuse la script-édition avec Alexis, on en discutait beaucoup : au contraire, il y a eu des ajouts, des nouveaux personnages. Je pense à l’épisode de Noël, où on veut que tout soit parfait. Dans le roman, le chapitre n’est pas juste concentré sur Noël, alors construire l’épisode autour du désir que rien n’explose à ce moment-là, c’était vraiment agréable à écrire. »

Tandis que l’on retrouve l’humour, la légèreté et l’ironie du roman dans la série, certaines caractéristiques propres aux personnages ont été accentuées : l’idéalisme de Magalie ; le côté fleur bleue de Guillaume ; l’aspect sulfureux de la liaison entre Mathieu (Pierre-Yves Cardinal), le copain de Magalie, et sa collègue Sophie (Virginie Ranger-Beauregard) ; la risible perfection qu’incarne Isabelle (Noémie O’Farrell), gourou de la cuisine santé et femme de l’associé (et amant) de Magalie, Olivier (Maxime de Cotret) ; de même que la vulgarité de Nancy (Julie Ringuette), qui veut mettre le grappin sur Guillaume.

« Mon but, c’est d’abord et avant tout d’être fidèle à l’auteure et à moi-même, affirme la réalisatrice. Je dirais que c’est un choix qui s’est fait sur des archétypes et aussi sur la base de nos fantasmes. »

Je n’ai pas eu de sacrifices ni de deuils à faire en adaptant le roman

Comme bien des lecteurs, Sophie Lorain croyait lire une histoire d’amour jusqu’à ce que tout s’effondre dans la vie de Magalie et Guillaume. Et qu’en parallèle se déroule une sous-intrigue policière qui révèle tristement ce rêve fou de la vie parfaite.

« J’ai trouvé ça extraordinaire ! Je me disais : “Mon Dieu qu’on est cave !” C’est sûr qu’on projette tout ce qu’on a envie de voir. Chaque année, on est bombardé de comédies romantiques ! Pour que le spectateur soit dans la même veine que dans le roman, il fallait donc que je le manipule afin que la baloune lui éclate au visage. »

Un lien familial
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