Raison passion dans «The Pursuit of Love»

«The Pursuit of Love» bénéficie d’une direction artistique luxueuse, colorée et originale.
Photo: Robert Viglasky/Theodora Films Limited/Moonage Pictures Limited/BBC Studios «The Pursuit of Love» bénéficie d’une direction artistique luxueuse, colorée et originale.

Best-seller de 1945 de Nancy Mitford, The Pursuit of Love raconte les amours tumultueuses d’une jeune aristocrate excentrique, Linda Radlett (Lily James), du point de vue de sa sage cousine et meilleure amie Fanny Logan (Emily Beecham). Ayant découvert ce roman à l’adolescence grâce à son père, l’écrivain et scénariste John Mortimer, l’actrice Emily Mortimer en a fait l’objet d’une minisérie en trois épisodes, diffusée sur la BBC en mai, pour sa première expérience derrière la caméra. À tout seigneur, tout honneur, elle s’est aussi octroyé le rôle de la mère volage de Fanny, surnommée The Bolter.

Campée dans l’entre-deux-guerres, The Pursuit of Love bénéficie d’une direction artistique luxueuse, colorée et originale derrière laquelle on devine l’envie d’exprimer l’esprit des deux cousines qui rêvent d’émancipation plutôt que de reconstituer fidèlement l’époque. À titre d’exemple, l’entrée en scène du flamboyant Lord Merlin (Andrew Scott), futur mentor de Linda, entouré de ses « Bright Young Things », dansant sur Dandy in the Underworld de T. Rex.

Si le décor rappelle Dowton Abbey, The Pursuit of Love évoque davantage Peaky Blinders avec son habillage musical qui fait fi des anachronismes. Ainsi, on entendra au fil de la série des chansons de New Order, Cat Power, Marianne Faithfull, Nina Simone, Yves Montand, Juliette Gréco…

Insatisfaite du catalogue des années 1920 et 1930, Emliy Mortimer a donc préféré piger dans divers époques et genres. Et cela fonctionne puisque le décalage entre la musique et l’image rend chaque scène plus mémorable. Si la réalisatrice s’est permis autant de liberté, on regrette toutefois qu’elle ait tenu à préserver les origines littéraires du récit en ayant recours à la voix hors champ, ce qui a pour effet d’alourdir l’ensemble par endroits.

Dure époque

Sous ses dehors légers et froufroutants — les toilettes de Linda et de Fanny sont à ravir ! — The Pursuit of Love n’en demeure pas moins un récit traversé par de sombres événements, dont le krach de 1929, la guerre d’Espagne, la montée du fascisme et du nazisme. Dans ce monde en ébullition qui ignore encore les horreurs de la prochaine guerre, les femmes, instruites ou pas, ont peu d’options devant elles.

Abandonnée par sa mère, qui a préféré collectionner les amants à la maternité, Fanny, le nez souvent plongé dans les romans de Virginia Woolf, a la chance d’être éduquée grâce à sa tante Emily (Annabel Mullion). Contrairement à Linda, dont le père, le tyrannique Matthew Radlett (Dominic West), qui aime envoyer ses chiens à la poursuite de ses enfants et de ses neveux qui viennent passer leurs vacances à Alconleigh, s’oppose à l’éducation des jeunes filles.

Refusant l’idée d’un mariage de convenance, Fanny et Linda espèrent littéralement rencontrer le prince charmant, le futur Édouard VIII. Surtout Linda, que ses proches décrivent comme une « personnalité intensément romantique », qui pleure au moindre désagrément, soupire à la fenêtre ou à côté du téléphone. Toutes deux rencontreront l’amour, mais aussi leur lot de déceptions. Elles feront également l’expérience de la maternité, laquelle n’est pas toujours synonyme de bonheur instantané.

Sans le talent et le charisme d’Emily Beecham et de Lily James, Fanny et Linda auraient sans doute été moins attachantes, la première étant lassante avec sa jalousie qu’elle dissimule mal derrière ses remontrances à sa cousine, la seconde avec son égoïsme et son manque de jugement.

Également scénariste de la série, Emily Mortimer a parfaitement dosé les éléments dramatiques et comiques, ordonnant scènes cocasses et moments doux-amers de manière que le rythme n’en souffre pas. Même dans les pires moments, les personnages accompagnent leurs réflexions de délicieuses répliques qui font mouche.

Étrangement, malgré ses qualités indéniables, The Pursuit of Love n’arrive pas à totalement émouvoir. Aurait-il fallu un épisode de plus pour développer davantage les personnages afin que l’on croie vraiment à cette amitié indéfectible, malmenée par les années, entre deux jeunes femmes si différentes ?

 

The Pursuit of Love

★★★

Sur Amazon Prime Video, dès vendredi

À voir en vidéo