«Cheyenne et Lola»: liées par le sang

Dès que l’actrice québécoise Charlotte Le Bon (à droite), la Lola du titre, apparaît à l’écran avec son sens inné du comique, l’ensemble paraît moins austère. Et pourtant, Lola, tout comme sa complice de fraîche date Cheyenne, l’actrice flamande Veerle Baetens, ne file pas le parfait bonheur.
Photo: TV5 Dès que l’actrice québécoise Charlotte Le Bon (à droite), la Lola du titre, apparaît à l’écran avec son sens inné du comique, l’ensemble paraît moins austère. Et pourtant, Lola, tout comme sa complice de fraîche date Cheyenne, l’actrice flamande Veerle Baetens, ne file pas le parfait bonheur.

Évoquant le cinéma des frères Dardenne, l’univers dépeint dans Cheyenne et Lola, série française de huit épisodes créée par Virginie Brac (Insoupçonnable, Engrenages), n’a rien de bien joyeux. Cependant, dès que l’actrice québécoise Charlotte Le Bon, la Lola du titre, apparaît à l’écran avec son sens inné du comique, l’ensemble paraît moinsaustère, moins dur, moins oppressant. Et pourtant, Lola, tout comme sa complice de fraîche date Cheyenne, l’actrice flamande Veerle Baetens, ne file pas le parfait bonheur. Loin de là.

Avec pour arrière-plan la crise migratoire dans le nord de la France, Cheyenne et Lola dénonce l’exploitation des femmes en empruntant au drame social et aux « buddy movies », ces films de potes reposant sur d’improbables duos. Râblée, les cheveux courts, le corps couvert de tatouages, la première tente de se faire discrète et de mener une vie honnête loin du milieu interlope qui veille à distance sur elle. Taille mannequin, teinte en blonde, habillée comme une gravure de mode, la seconde ne pense qu’à elle et agit toujours avant de penser, ce qui entraînera tantôt des situations cocasses, tantôt d’horribles drames.

Dès la première scène, on devine que les deux comparses rêvaient d’un autre sort. En sous-vêtements, chaussées de bottes de caoutchouc, toutes deux lavent à grande eau ce qui semble avoir été la scène d’un sanglant règlement de comptes. Comment se sont-elles retrouvées dans cette galère ? L’action nous ramène quelque temps auparavant.

Un cadavre sur les bras

Sortie de prison depuis trois mois, Cheyenne rêve de s’ouvrir un salon de tatouage au Brésil. En attendant, elle travaille comme femme de ménage sur les traversiers entre la France et l’Angleterre. Les gaffes de sa sœur Mégane (Sophie-Marie Larrouy), qui anime un blogue érotique pour arrondir ses fins de mois, risquent de mettre un frein à ses plans.

Maîtresse d’un minable coach de vie, Dany Chapelle (Stephen Di Tordo), Lola a quitté Paris dans l’espoir demener la grande vie avec lui. Or ce dernier, qui l’utilise pour appâter de nouveaux clients, ne veut pas quitter sa femme. Découvrant la vérité, Lola tue sa rivale… sous les yeux de Cheyenne, aussi femme de ménage du couple Chapelle. À leur corps défendant, les deux femmes sans le sou doivent s’unir pour se débarrasser de la dépouille. Ce faisant, elles tombent dans les filets de l’abject Yannick (Patrick d’Assumçao), caïd du coin qui sème la terreur chez les passeurs, les prostituées et les petits trafiquants.

Écrite par Aurélie Nolf (La taularde) et réalisée par Eshref Reybrouck (Undercover), la série Cheyenne et Lolase veut un western nordique féministe. Presque toutes les figures masculines sont manipulatrices, malhonnêtes, violentes, tandis que les personnages féminins sont victimes de la masculinité toxique et du difficile climat socio-économique. Sans toit ni loi, les deux antihéroïnes voudront tout de même faire le bien à leur manière.

Lorsqu’elle ne traque pas nerveusement les personnages dans des lieux anonymes, froids et hostiles, la caméra explore la nature sauvage, les plages désertes, les édifices décatis, captant ici et là une lumière légèrement mordorée qui apporte un soupçon de chaleur dans ce morose lieu de passage pour les touristes, les ouvriers et les immigrants.

Liées malgré elles, Cheyenne et Lola, auxquelles on s’attache au fil des épisodes, s’enfoncent de plus en plus dans la criminalité à mesure qu’elles tentent de se sortir du pétrin. Bien que le récit soit désespérant, menaçant de sombrer à tout moment dans le misérabilisme et la violence explicite, l’alliance entre les deux amies en cavale s’avère un moteur efficace et devient bientôt le principal prétexte d’attendre patiemment l’épisode suivant.

 

Cheyenne et Lola

TV5, mardi, 22 h

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