«Schmigadoon!»: et si on dansait?

Keegan-Michael Key et Cecily Strong se partagent les meilleures répliques, mais la distribution entière brille.
Apple TV+ Keegan-Michael Key et Cecily Strong se partagent les meilleures répliques, mais la distribution entière brille.

Qui n’a pas rêvé de vivre dans une comédie musicale ? D’exprimer ses émotions en chansons ? Ses sentiments en dansant ? Peut-être pas tout le monde. Certainement pas Josh (Keegan-Michael Key, anciennement du tandem Key & Peele), qui s’endort devant les pirouettes de Gene Kelly et Debbie Reynolds dans Chantons sous la pluie, au grand dam de Melissa (Cecily Strong, tête d’affiche de SNL depuis 2012), qui connaît par cœur les codes du genre.

Suivant une thérapie pour sauver leur couple, ces deux médecins ont la surprise de leur vie le jour où, perdus dans la forêt en plein orage, ils découvrent le village ensoleillé de Schmigadoon qu’ils prennent d’abord pour un site touristique. De fait, les arbres y sont artificiels, les décors semblent tout droit sortis du film Mary Poppins, l’original avec Julie Andrews, et tous les habitants vivent comme dans une comédie musicale des années 1940.

Tandis que Melissa salue le colorblind casting, distribution où les rôles sont tenus par des acteurs sans considération pour leur origine ethnique ou culturelle, Josh a la désagréable impression d’être dans un croisement entre Walking Dead et Glee. D’abord enchantée par l’accueil, Melissa déchante lorsqu’elle comprend qu’ils ne pourront quitter Schmigadoon qu’après avoir trouvé le véritable amour. Qui donc l’emportera dans ce monde pétri de bons sentiments et de valeurs désuètes ?

Librement inspiré de Brigadoon, comédie musicale de Vincente Minnelli où Gene Kelly incarnait un New-Yorkais s’éprenant de Cyd Charisse dans le rôle d’une habitante d’un village écossais coincé au XVIIIe siècle, Schmigadoon ! s’avère la série parfaite pour ceux pour qui les comédies musicales sont un plaisir coupable. De même que pour ceux qui n’ont pas honte d’avouer leur amour pour ce genre flirtant souvent avec le kitsch, la guimauve et l’eau de rose.

Humour tendre

Avec sa pimpante palette de couleurs bonbon, ses chorégraphies d’ensemble réglées au quart de tour et ses chansons accrocheuses pleines de doubles sens, cette création en six épisodes de Ken Daurio et Cinco Paul possède le charme suranné des comédies musicales de l’âge d’or hollywoodien.

Comment ne pas exulter devant tous les clins d’œil au Magicien d’Oz, à Oklahoma ! et aux Sept femmes de Barbe-Rousse ? À travers le personnage de Melissa, qui se sert de ses connaissances pour évoluer dans cet univers enchanteur, allant jusqu’à se prendre pour Maria dans La mélodie du bonheur, on devine tout l’amour des scénaristes pour les comédies musicales. Or, qui aime bien châtie bien.

Notamment connus pour les scénarios de la franchise Détestable moi, où ils se moquent allègrement des drames d’espionnage, Daurio et Paul revisitent leurs classiques bien-aimés avec une gentille irrévérence et un humour efficace pas toujours raffiné. Après tout, le producteur de ce pétillant délire n’est nul autre que Lorne Michaels, créateur et producteur de Saturday Night Live, émission de variétés qui donne la part belle aux parodies de comédies musicales et qui ne fait pas toujours montre de subtilité.

Outre Michaels et Strong, on retrouve au générique de Schmigadoon ! d’autres membres de la grande famille de SNL. S’y étant illustré durant 11 saisons, notamment grâce à ses dons pour la musique, Fred Armisen tient le rôle du timoré révérend, tandis que Bowen Yang, l’une des plus éblouissantes recrues des dernières années, agit à titre de consultant.

Alors que Cecily Strong et Keegan-Michael Key se partagent les meilleures répliques, soulignant avec amusement le ridicule et les absurdités du genre, Alan Cumming, en maire que Melissa soupçonne d’être gai, Kristin Chenoweth, en gardienne des bonnes mœurs, et Ariana DeBose, en institutrice célibataire, offrent des prestations dignes d’un prix Tony. Dans le rôle de la comtesse, hilarant croisement entre la baronne de la Mélodie du bonheur, une blonde hitchcockienne et Ann-Margret sous influence, Jane Krakowski mérite une mention spéciale.

À la réalisation, Barry Sonnenfeld (Men in Black, Wild Wild West, Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire) prouve qu’avec des moyens plus modestes qu’au cinéma, il n’a pas trop à souffrir de la comparaison avec les Rob Marshall (Chicago), Bill Condon (Dreamgirls) et Damien Chazelle (La La Land).

Schmigadoon!

★★★ 1/2

Apple TV+, dès le vendredi 16 juillet



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