Une Saint-Jean sur deux écrans

Enregistré le 22 juin dernier au Manoir Richelieu de La Malbaie, dans la région de Charlevoix, le grand spectacle de la Saint-Jean a réuni près de 200 artistes.
Photo: Yan Turcotte Enregistré le 22 juin dernier au Manoir Richelieu de La Malbaie, dans la région de Charlevoix, le grand spectacle de la Saint-Jean a réuni près de 200 artistes.

Comment les Québécois ont-ils fêté une seconde Saint-Jean pandémique ? Parions que ce fut devant le téléviseur. Avec un « petit party », à l’écoute du traditionnel spectacle de la fête nationale… ou en se rongeant les ongles devant le sixième affrontement entre les Golden Knights de Las Vegas et les Canadiens de Montréal. Compte rendu d’une soirée passée devant deux écrans, un œil sur le spectacle, l’autre sur le match, sans Ginette Reno, mais avec la victoire au bout.

Enregistré le 22 juin dernier au Manoir Richelieu de La Malbaie, dans la région de Charlevoix, le grand spectacle de la Saint-Jean a réuni près de 200 artistes, en comptant les musiciens de l’Orchestre symphonique de Québec, les voix de l’Ensemble vocal Mille et un sons et des Petits Chanteurs de Laval ainsi que la troupe du Cirque Éloize. Comme ils n’étaient pas tous sur scène en même temps, ils faisaient aussi office de spectateurs pour ce concert forcément un peu froid, l’absence d’un vrai public se faisant cruellement sentir. Alors que, sur l’autre chaîne, les 3500 spectateurs réunis au Centre Bell pour le match de hockey faisaient un brouhaha qui perçait les ondes et parcourait des kilomètres. Parfois, la plus belle chanson est celle des fans encourageant leur équipe, ou le chant des klaxons des voitures faisant écho à la victoire de 3-2 des Canadiens en prolongation sur leurs adversaires.

L’organisation du spectacle de la fête nationale a choisi d’utiliser l’ouverture de la soirée en guise de discours traditionnel, plaçant le thème « Vivre le Québec tissé serré » comme mortier de la soirée, avec des fragments de discours présentés par la navigatrice Mylène Paquette, le chroniqueur Fabrice Vil, l’écrivaine Kim Thúy, le Dr Stanley Vollant et Janette Bertrand, sur la musique Neiges d’André Gagnon interprétée par Alexandra Stréliski, Gregory Charles et Pierre Lapointe. Une entrée en matière solennelle pour une soirée qu’on souhaitait plus festive (sur toutes les chaînes télé, cette première période nous rendait nerveux), suivie par une belle, mais très douce, interprétation de Ça fait du bien de se voir (Fiori-Séguin) par Louis-Jean Cormier et Charlotte Cardin.

Robert Charlebois — sans son chandail des Canadiens, quelle occasion manquée de le ressortir ! — a donné la première décharge électrique du concert en offrant Le violent seul, un texte de Réjean Ducharme, pour un segment sur les impacts de la crise coronavirale. Ont suivi Tout l’monde est malheureux, Le monde est à pleurer de Leloup, Tout le monde capote des Trois Accords (préenregistrée à Trois-Rivières) et Tout le monde est triste de Stefie Shock, qui a bénéficié d’un efficace traitement « remix » mettant en vedette Sarahmée et Marie-Mai.

Malgré tout, malgré, même, l’originale interprétation de Loin, loin de la ville de Boule Noire par Corneille et Damien Robitaille, ce spectacle de la Saint-Jean tardait à prendre son envol. Bon joueur, le Canadien de Montréal a attendu une pause publicitaire sur les autres réseaux pour ouvrir la marque : vers 20 h 40, en fin d’un jeu de puissance, le capitaine Shea Weber a percé l’armure de Robin Lehner d’un de ces foudroyants boulets qu’il n’avait pas encore aussi précisément décochés depuis le début des séries, permettant aux Glorieux de marquer le premier but du match.

De retour après la pub, une interprétation de Quand les hommes vivront d’amour de Raymond Lévesque ramenait l’auditoire sur terre, presque en même temps que les Golden Knights marquaient leur premier but, une rondelle redirigée à la droite de Carey Price par l’ailier Reilly Smith. Louis-Jean Cormier (avec L’ironie du sort) et Fred Pellerin (avec Je redeviens le vent, un succès de Martin Léon) ont touché l’auditoire avec un hommage aux plus de 11 000 victimes de la pandémie.

C’était beau, mais il était temps de remonter le moral du peuple : peu après, sur la magnifique scène aménagée devant le Manoir Richelieu — qui servait de décor sur lequel étaient projetées de dynamiques images —, Samian, Shauit, Sarahmée et Corneille ont injecté une bonne dose de groove à la soirée en se partageant les tâches sur Les nomades (succès de Samian), Ma peau (de Sarahmée) et Pause (de Corneille), coinçant un petit bout de La mémoire de Loco Locass dans ce segment qui a le mieux incarné le thème d’inclusion du spectacle.

Photo: Yan Turcotte

D’une chaîne à l’autre, le spectacle était en dents de scie. Vivement une décharge d’énergie ! Sur la glace, c’est le jeune prodige Cole Caufield qui l’a assénée, se faufilant (pendant une superbe interprétation de Faufile par Charlotte Cardin, ça ne s’invente pas !) à la droite du défenseur Brayden McNabb pour décocher un tir précis au beau milieu de la deuxième période, redonnant une avance de 2-1 aux Canadiens. Quelques instants plus tard, l’hélicoptère de Marjo atterrissait à l’autre chaîne, la chanteuse faisant une entrée triomphante pour chanter Illégal ! Quel timing !

La deuxième période tirant à sa fin, toute notre attention fut dirigée vers la finale de ce spectacle de la Saint-Jean marquée par un hommage à Michel Louvain (La dame en bleu, par Mario Pelchat et Pierre Lapointe), la chanson Le mur du son (par Robert Charlebois) et, enfin, une interprétation chorale d’une des belles du groupe Avec pas d’casque, La journée qui s’en vient est flambant neuve, comme quoi il fait bien de renouveler ses classiques de la Saint-Jean.

En début de troisième période, les Golden Knights ont égalisé la marque, forçant une prolongation dont l’attaquant Artturi Lehkonen a disposé après 1 minute et 39 secondes de jeu en déjouant le gardien après avoir reçu une passe de Phillip Danault. Fut-ce un bon spectacle de la fête nationale ? Ça en avait tout l’air. Faudra le revoir à tête reposée. Justement, Télé-Québec le rediffusera samedi soir, à 21 h 30, pendant que les Canadiens profiteront d’une journée de congé avant de disputer la finale du championnat pour la Coupe Stanley.

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