Comment vivre l’«Après»?

Les actrices Alexa-Jeanne Dubé et Karine Vanasse dans une scène de la télésérie «Après»
Photo: Eric Myre Les actrices Alexa-Jeanne Dubé et Karine Vanasse dans une scène de la télésérie «Après»

Le 16 mars, en banlieue d’Atlanta, huit personnes sont tombées sous les balles d’un tireur fou. Le même nombre de victimes qu’à Lac-Sabin, la petite municipalité fictive des Hautes-Laurentides où se déroule le drame au cœur de la minisérie dramatique de six épisodes Après, écrite par François Pagé et réalisée par Louis Choquette. Avec Karine Vanasse dans le rôle principal, entourée notamment par Madeleine Péloquin, Steve Laplante, David Boutin et Camille Vincent. Après arrivera jeudi sur ICI Tou.tv Extra, avant sa diffusion cet automne sur ICI Télé.

Le sujet des fusillades est malheureusement d’actualité, jusque dans la télévision québécoise, la série de Choquette suivant de quelques semaines la diffusion sur Séries Plus de Bête noire, réalisée par Sophie Deraspe, dans laquelle un adolescent commet l’irréparable à son école secondaire. Bien ancrée dans le réel, la tuerie d’Atlanta constituait la 21e — ou 22e, une seconde ayant lieu à Phoenix le même jour, faisant quatre morts — du mois de mars 2021 chez nos voisins du Sud.

Depuis le début de l’année aux États-Unis, on compte déjà 250 tragédies du genre ayant coûté la vie à plus de 280 personnes et fait plus de 1000 blessés. Le phénomène est si récurrent qu’une nouvelle fusillade en chasse une autre dans les médias. « Mais lorsque l’événement ne fait plus la manchette, comment ces petites communautés arrivent-elles à se reconstruire ? » demandait Michel d’Astous, de Duo Productions, en conférence de presse. « On voulait montrer ce qui se passe en parallèle [de la tragédie], puis ce qui arrive une fois les caméras parties. »

Le premier des deux épisodes que nous avons pu découvrir débute dans l’épicerie du village, cinq minutes après la fusillade. Des coups de feu résonnent encore, les blessés gisent dans les allées. Gérante du commerce, Maryse Malo (Karine Vanasse) vient en aide aux blessés ; elle cherche surtout sa fille Danahée qui y travaille (la comédienne Camille Vincent, atteinte de trisomie), faisant preuve d’un sang-froid qu’elle tentera de garder tout au long de l’épreuve. Le réalisateur Louis Choquette — qui retrouve Karine Vanasse vingt ans après l’avoir dirigée dans 2 Frères (TVA) — nous cache à dessein l’acte : « Je trouvais peu pertinent de montrer la scène [à l’écran] qu’on a déjà beaucoup vue, au cinéma et à la télévision. C’était important qu’on montre après le drame ; ça permet de se concentrer sur “l’après”, sur la reconstruction de la communauté. »

Car pour ses artisans, la série Après porte sur « la résilience, le sens de la communauté, les étapes qu’on vit après un drame », indiquait André Béraud, directeur fictions et longs métrages à la télé de Radio-Canada. De la bouche de Béraud autant que du réalisateur et du producteur, le mot « lumineux » est souvent revenu — sans doute pour décrire les quatre épisodes suivants puisque les deux premiers sont au contraire tendus, les personnages, affligés et en colère, encaissant encore le choc.

Des personnages féminins forts

Cette « série chorale » reposant sur les épaules du personnage campé avec autorité par Karine Vanasse nous montre comment les citoyens de Lac-Sabin réagissent au drame. La robuste distribution donne du poids au récit : les policiers Suzanne et Victorin (Alexa-Jeanne Dubé et Anglesh Major), premiers répondants arrivés trop tard pour prévenir le drame ; Laurence, sœur de Maryse, médecin qui accueillera les victimes ; l’employée de l’épicerie Danielle (Kathleen Fortin, foudroyante d’authenticité), l’intervenant en services sociaux Antoine (David Boutin) dépêché par le gouvernement pour épauler la communauté à travers l’épreuve, et Éric (Steve Laplante), mari d’Audrey (Anne-Renée Duhaime), qui commet le massacre.

Ce choix est pour le moins intrigant : statistiquement, l’écrasante majorité des personnes commettant des tueries de masse à l’aide d’armes à feu sont des hommes. Pourquoi alors un personnage féminin ? « Ce n’est pas évident, reconnaît Michel d’Astous, mais c’est réel : François [Pagé] nous disait que 88 % des assassins sont des hommes. Or, le drame n’a pas de [motivation] politique ou misogyne. […] La question principale n’est pas de connaître ses motivations », mais de nous placer du côté des victimes.

Louis Choquette souligne que c’est un personnage féminin « qui incarne la résilience dans la série. Elle devient le moteur de la reconstruction de la communauté ». Selon Michel d’Astous, une des préoccupations du scénariste est justement de créer des personnages féminins forts : « La policière est la plus compétente. Il y a la femme médecin. Le leadership est assuré par des femmes. C’est un parti pris scénaristique » inspiré par le rôle qu’occupent plusieurs femmes au sein de leur communauté, ajoute-t-il en évoquant celui de l’ex-mairesse de Lac-Mégantic, Colette Roy Laroche.

« En travaillant le personnage de Maryse, dit Choquette, j’avais l’impression de travailler avec un archétype de la femme québécoise forte, jamais à court de solutions, toujours capable de se relever. Il y a chez elle l’expression profonde de l’âme de la femme québécoise. »

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