​Sur vos écrans: galas retrouvés et fictions de l’Hexagone

Les acteurs Zabou Breitman et Kad Merad dans «Un homme d’honneur»
Photo: TV5 Les acteurs Zabou Breitman et Kad Merad dans «Un homme d’honneur»

Le retour (timide) de la fête

Les temps sont durs pour les galas qui honorent les artistes, toutes disciplines confondues, depuis quelque temps. Les téléspectateurs sont moins nombreux au rendez-vous depuis des années chez nos voisins du Sud, mais la situation s’est aggravée en cette année pandémique. D’autant plus que les célébrations en petit comité ou tout simplement sans public, même étoilé, ont perdu leur côté glamour qui en gardait plusieurs devant leur petit écran. La chute des cotes d’écoute s’est aussi fait sentir ici, avec des cérémonies des Gémeaux et des prix Artis beaucoup moins populaires que d’habitude.

C’est sans doute le sort qui attend aussi le 22e Gala Cinéma Québec, le deuxième de ce rang, puisque le 22e, qui devait avoir lieu l’an dernier, a été renommé alors le « Gala sur le sofa » et diffusé uniquement en ligne, avec en complément une édition spéciale de la quotidienne Bonsoir, bonsoir, où étaient remis les prix Iris les plus prestigieux. C’est la comédienne Geneviève Schmidt, pour qui il s’agit d’un baptême à l’animation, qui sera à la barre, en direct du Studio 42 de Radio-Canada, de cette fête pas tout à fait encore « normale » du cinéma d’ici, lui qui a connu une très piètre année en matière de diffusion et de rayonnement.

Encore plus que lors des éditions précédentes, cette célébration du meilleur du 7e art québécois fera officede vitrine pour les œuvres et pour inciter le public à les découvrir sur le tard, en VSD et en salles, pour certains titres. La magnifique La déesse des mouches à feu domine la course aux Iris. Il est accompagné dans la catégorie du meilleur film par Le club Vinland, Nadia, Butterfly, My Salinger Year et Souterrain, qui vient juste d’arriver en salle. On surveillera particulièrement la catégorie du prix Iris du public, dans laquelle les documentaires Les Rose et Je m’appelle humain ont pu se tailler une place après la décision de Cinéma Québec au début mai de rendre les œuvres de ce genre admissibles à cette récompense convoitée.

La cérémonie des prix Juno retrouve également un début de normalité, après l’annulation du gala en présentiel devant se tenir à Saskatoon le 20 mars 2020, qui s’est transformé en annonce en ligne des lauréats à la fin juin. Pour son 50e anniversaire, la fête de la musique canadienne joue de prudence avec une cérémonie sans public en direct de Toronto, qui marque le retour « au bercail » de la star pop Justin Bieber, qui offrira une performance sur scène, tout comme le groupe The Tragically Hip, qui recevra le prix humanitaire et se produira en compagnie de la chanteuse Feist. The Weeknd part favori avec six nominations, entre autres dans la catégorie de la chanson de l’année pour son tube planétaire Blinding Lights.

 

22e Gala Cinéma Québec
ICI Télé, dimanche, 20 h

The 2021 Juno Awards
CBC, dimanche, 20 h
   

L’une originale, l’autre, beaucoup moins…

Deux séries de fiction remplies de promesse sur papier prennent d’assaut des écrans accessibles au Québec cette semaine, chose assez rare, malgré la multiplication des plateformes où elles pourraient être diffusées. Elles ont en commun d’avoir une tête d’affiche qui déçoit rarement et qui s’avère ici particulièrement solide. Mais c’est probablement le seul point commun de ces deux productions ambitieuses, mais qui déçoivent un peu, chacune à leur façon.

La plus réussie des deux, Moloch, une coproduction franco-belge diffusée en France à Arte en octobre dernier, brille par l’originalité de son sujet, sa richesse visuelle et la performance de son acteur principal, Olivier Gourmet (Congorama, Le fils). Dans ce polar fantastique en six épisodes créé par Arnaud Malherbe (la série Chefs) et coscénarisé par sa conjointe Marion Festraëts, une ville côtière grise est marquée par une vague de décès mystérieux, les victimes s’embrasant de façon inexplicable… Une jeune journaliste très ambitieuse (Marine Vacth, solide) se met en tête de résoudre ce mystère pour gagner sa place dans une rédaction où elle effectue un stage peu concluant. Pour arriver à ses fins, elle arrive à faire équipe avec Gabriel (Gourmet, tout en subtilité), un psychiatre encore traumatisé par la mort tragique de son jeune fils dans un incendie mystérieux, qui a aussi la particularité de compter parmi ses patients certaines victimes de ces fameuses combustions spontanées…

Photo: Guillaume Van Laethem Sundance Now Une scène de la télésérie «Moloch»

Ne vendons pas la mèche sur la trajectoire que prendra ce polar patient (peut-être un peu trop parfois), à la facture visuelle magnifique, qui nous entraîne dans le spleen du « plat pays » qui habite la série tout entière. Le déploiement un peu décevant de l’intrigue, pourtant très prometteuse, plombée par des longueurs, mais aussi des raccourcis scénaristiques et des clichés (entre autres sur le monde du journalisme) minent un peu le plaisir d’écoute. Ce Moloch, curieusement primé pour son scénario à la dernière édition du festival Canneseries, mérite toutefois amplement le détour (et un abonnement éphémère à la plateforme Sundance Now…).

Dans un registre très différent, la minisérie Un homme d’honneur intrigue d’abord parce qu’il s’agit de la troisième adaptation récente du thriller judiciaire israélien Kvodo, un grand succès, tant public que critique, de 2017 à 2019, qui a eu droit à une incarnation indienne en 2020, puis à une version américaine (Your Honor, sur Showtime et Crave) mettant en vedette Bryan Cranston, reçue assez froidement par la critique l’hiver dernier. Cette fois, Kad Merad (Bienvenue chez les Ch’tis, Baron Noir) incarne le personnage central, un juge réputé pour sa droiture et dont l’existence bascule le jour où son fils adolescent, encore très fragile après le suicide de sa mère, commet un délit de fuite après avoir laissé entre la vie et la mort un motocycliste qu’il a renversé. Au moment où il se rend au poste avec fiston pour qu’il se rapporte aux autorités, le magistrat parisien apprend que la victime est le fils du chef de la pègre locale (Gérard Depardieu, qui offre le service minimal), ce qui change radicalement ses plans, mais aussi et surtout sa trajectoire morale et éthique…

La minisérie diffusée en mars dernier à TF1, le grand réseau privé français, a connu un succès populaire considérable (entre 5 et 4 millions de téléspectateurs par épisode), mais s’est passablement fait éreinter par la critique… et avec raison. Mis à part la performance habitée et surtout nuancée de Merad en homme qui tente de sauver les meubles et les apparences tout en s’enfonçant dans le crime, cette minisérie étourdit par la vitesse à laquelle les différents fils narratifs se déploient et s’entremêlent. Celle-ci,bourrée d’incohérences et d’invraisemblances et peuplée de personnages trop caricaturaux pour émouvoir, s’avère très décevante. Un peu de finesse scénaristique et des personnages pivots mieux esquissés (on pense à ceux incarnés tant bien que mal par Aure Atika et Zabou Breitman) auraient sans doute aidé à faire de cette production autre chose qu’un thriller trop pressé qu’on oublie aussi vite regardé…

 

Moloch
Sundance Now, dès le 10 juin

Un homme d’honneur
TV5, jeudi, 22 h

À ne pas manquer

Feuilleton d’émancipation
 

Cet été, Artv rediffuse l’intégrale du téléroman de Lise Payette, Des dames de cœur, qui a marqué la culture populaire grâce à son personnage de coureur de jupons impénitent Jean-Paul Belleau. Et pourtant, ce feuilleton qui a fait les beaux lundis de Radio-Canada de 1986 à 1989 racontait surtout le destin de quatre femmes dans la quarantaine, incarnées par Luce Guilbeault, Michelle Rossignol, Louise Rémy et Andrée Boucher, qui tentaient de s’affranchir de leur mari et de trouver leur bonheur ailleurs que dans le rôle traditionnel de l’épouse dévouée. On est curieux de voir comment tout ça a vieilli.



Des dames de coeur
Artv, les jeudis et vendredis, à 17 h et à 18 h, dès le 10 juin
    


À voir en vidéo