«Le disciple»: la grande désillusion

«Le disciple» raconte la quête d’absolu contrariée d’un musicien indien classique.
Photo: Netflix «Le disciple» raconte la quête d’absolu contrariée d’un musicien indien classique.

L’application à parfaire son art n’a d’égale que l’absolu des ambitions de Sharad Nerulkar, jeune élève d’un maître de musique hindoustanie au centre du film Le disciple. Prix du scénario et prix FIPRESCI de la critique internationale à la Mostra de Venise, mais aussi prix Amplify Voices à Toronto, le beau film lancinant et méditatif de Chaitanya Tamhane s’intéresse autant au dépassement de soi qu’à l’échec, Sharad se heurtant à l’intransigeance de ses maîtres autant qu’à la sienne.

Sous la tutelle bienveillante d’AlfonsoCuarón — le cinéaste de Roma dit de lui qu’il est l’une des nouvelles voix les plus importantes du cinéma contemporain —, Chaitanya Tamhane se colle à la désespérance grandissante d’un Sharad en perpétuel décalage avec le monde. Il la raconte sans jugement, subtilement, sans se presser, en laissant la musique battre la mesure tandis que le pouls de la ville de Mumbai pulse en arrière-plan, s’entêtant à rappeler au jeune disciple que la vie est ailleurs. Et ne l’attendra peut-être pas.

Le savoir, celui du père comme celui des maîtres, apparaît comme un personnage en soi : impitoyable, insaisissable, souvent insatisfait. En cela, Le disciple se rapproche parfois de l’impitoyabilité du Whiplash de Damien Chazelle, la violence en moins. Se superpose enfin une puissante réflexion entre culture populaire et culture savante, dilemme éternel présenté avec grande sensibilité à travers les yeux tourmentés de Sharad, auquel le chanteur Aditya Modak prête l’hypersensibilité subtile d’un diapason.

Le disciple

Cinémathèque québécoise jusqu’au 10 juin, en V.O., s.-t.a. ; aussi sur Netflix (sous le titre Voix de salut)



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