Léa Clermont-Dion documente le processus de plainte

L’autrice Lea Clermont-Dion affirme que son documentaire «est critique, mais optimiste».
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir L’autrice Lea Clermont-Dion affirme que son documentaire «est critique, mais optimiste».

« T’as juste à porter plainte. » Cette invective adressée à de nombreuses victimes d’agression sexuelle a motivé l’autrice Léa Clermont-Dion à documenter, dans une série qui sera présentée à la fin de l’été sur Noovo.ca, la réalité des plaignantes qui passent par le processus judiciaire. « Je me le suis moi-même fait dire à plusieurs reprises dans ma vie et à un certain moment, j’ai décidé de le faire, de porter plainte, et ç’a été un véritable plongeon dans l’inconnu », témoigne Léa Clermont-Dion en entrevue avec Le Devoir.

Après avoir pris la parole dans la foulée du mouvement de dénonciation en 2017, la documentariste a voulu montrer les coulisses du processus de plainte. « C’est bien beau avoir un rapport de 190 recommandations [du comité d’experts sur l’accompagnement des victimes d’agressions sexuelles et de violence conjugale], mais il faut aussi montrer ce qui se passe dans les tribunaux pour comprendre pourquoi c’est urgent de trouver des solutions », fait-elle valoir.

La série, qui se déclinera en trois épisodes, se structure autour des grandes étapes que traversent les plaignantes lorsqu’elles décident de faire « confiance au système » : leur première déclaration aux policiers, l’enquête préliminaire, le procès, le contre-interrogatoire et le verdict.

« Le processus judiciaire, on en a beaucoup entendu parler dans les dernières années, mais c’est quelque chose qu’on ne connaît toujours pas beaucoup, explique-t-elle. J’essaie de le démystifier parce que ce n’est pas vrai que tout le monde sait que ce que tu dis aux policiers la première fois que tu les rencontres pourra se retourner contre toi. »

Une « loterie »

Bien qu’elle soit elle-même passée pas la voie judiciaire, Léa Clermont-Dion n’a pas voulu limiter sa quête à son expérience personnelle. « C’était important pour moi de recueillir les témoignages de femmes issues de différents milieux sociaux, culturels et économiques, mentionne-t-elle. J’ai pu discuter avec des plaignantes dont la plainte n’a pas été retenue, d’autres dont l’agresseur a été reconnu coupable et pour qui le processus a été réparateur, ainsi que certaines pour qui ç’a été au contraire destructeur. »

On retrouvera notamment Annick Charette qui a porté plainte contre le fondateur de Juste pour Rire, Gilbert Rozon, et dont le procès s’est soldé par un acquittement en décembre dernier. La productrice Julie Snyder, qui est à l’origine de l’idée du documentaire, témoigne également de son expérience. Elle avait porté plainte à la police dans la foulée du mouvement #MoiAussi en octobre 2017 contre M. Rozon, mais celle-ci n’avait pas été retenue.

À travers ces rencontres, Léa Clermont-Dion dit avoir constaté que le parcours d’une plaignante est une « loterie ». « Si tu tombes sur un procureur avec qui la plaignante s’entend bien et avec des enquêteurs qui font bien leur travail, ça peut être très positif, mais si tu tombes avec un procureur avec qui tu ne t’entends pas bien et que tu as eu un enquêteur qui utilise des techniques vétustes et agressives, bien ça peut être très difficile », indique-t-elle.

Léa Clermont-Dion est aussi allée à la rencontre de criminalistes, d’experts et d’intervenants auprès de victimes de violences sexuelles. « Le documentaire est critique, mais optimiste », assure-t-elle. « On cherche à trouver des solutions et je crois qu’au final, c’est un processus qui peut s’avérer lumineux », dit-elle. Dans son cas, elle confie être en paix avec son passage dans les tribunaux. « La réalisation de ce documentaire est un exercice réparateur pour moi, j’espère qu’il fera œuvre utile et que cela permettra à d’autres plaignants et plaignantes de mieux savoir à quoi s’attendre », conclut-elle.

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