«Sweet Tooth»: un garçon pas comme les autres

Si vous ne le connaissez pas encore, il y a de fortes chances qu’il se taille une place de choix dans votre cœur sous les traits de l’irrésistible Christian Convery dans «Sweet Tooth», série de huit épisodes narrée par la voix rocailleuse de James Brolin.
Photo: Kirsty Griffin / Netflix Si vous ne le connaissez pas encore, il y a de fortes chances qu’il se taille une place de choix dans votre cœur sous les traits de l’irrésistible Christian Convery dans «Sweet Tooth», série de huit épisodes narrée par la voix rocailleuse de James Brolin.

Créé en 2009 par le Canadien Jeff Lemire pour DC Comics, Gus, alias Sweet Tooth, est certainement moins connu que les Iron Man, Batman, Superman, Wonder Woman et autres superhéros issus de la célébrissime maison d’édition américaine. Si vous ne le connaissez pas encore, il y a de fortes chances qu’il se taille une place de choix dans votre cœur sous les traits de l’irrésistible Christian Convery dans Sweet Tooth, série de huit épisodes narrée par la voix rocailleuse de James Brolin.

Ni dieu, ni extraterrestre, ni millionnaire excentrique, Gus, 10 ans, est venu au monde alors qu’un virus mortel, pire que la grippe espagnole et la COVID-19 réunies, a éradiqué une large partie de la population. À l’instar des enfants nés peu après lui, Gus est mi-humain, mi-animal. Or, une partie des survivants, menée par le vil général Abbot (Neil Sandilands), croient que les hybrides sont responsables de cette apocalypse bactériologique et souhaitent en faire des rats de laboratoire.

Immunisé contre la maladie, Gus court un grand danger s’il s’échappe de la forêt où l’a élevé Pubba (Will Forte). D’autant plus qu’avec ses bois et ses grandes oreilles qui frétillent au moindre bruit, l’enfant-cerf passe difficilement inaperçu. Le jeune garçon n’a pourtant qu’une idée en tête : retrouver sa maman Birdie au Colorado. Quittant son univers sylvestre digne d’un conte de fées qu’a créé pour lui son papa, Gus découvre un monde de désolation. Le déconfinement sera un choc pour lui.

Destins croisés

Le naïf Gus formera un improbable duo avec Jepperd (Nonso Anozie), ex-footballeur au tempérament bourru. Tous deux croiseront la route d’adolescents déguisés en leur animal totem luttant férocement pour la protection des enfants hybrides qu’ils croient être les sauveurs de la Terre. Selon eux, les êtres humains sont responsables de la pandémie et la nature cherche à se venger d’eux avec l’apparition d’une nouvelle espèce. À côté de ces scouts nouveau genre, les plus ardents défenseurs des animaux et de l’environnement font figure de gentils minets. Cheffe déchue de cette petite bande se terrant dans un parc d’attractions désaffecté, Bear (Stefania LaVie Owen) se joindra bientôt au tandem.

En parallèle des aventures périlleuses de Gus, Sweet Tooth raconte l’histoire du docteur Singh (Adeel Akhtar), qui tente de créer un vaccin pour sauver les derniers humains, et de sa femme Rani (Aliza Vellani), atteinte de la mystérieuse maladie. On y relate aussi le destin de la petite Wendy (Naledi Murray), qui a un groin à la place du nez. Surnommée Pigtail par sa maman adoptive Aimee (Dania Ramirez), la fillette hybride habite un ancien jardin zoologique reconverti en refuge pour les enfants de son espèce.

Sans le savoir, toutes ces personnes sont reliées entre elles, mais ce n’est qu’à la deuxième saison qu’elles entreront réellement en contact. Si cette première saison, produite par Susan Downey et son Iron Man de mari, Robert Downey Jr., ne semble que mettre la table pour de futures palpitantes péripéties post-apocalyptiques, elle ne manque pas pour autant d’action. Et ce, même si elle prend bien le temps de présenter les personnages en effectuant de nombreux allers-retours entre le présent et le passé, avec le risque de freiner ou casser le rythme, notamment dans les deux derniers épisodes où l’on découvre les véritables origines de Gus.

Dans la lignée des séries post-apocalyptiques telles que The Walking Dead, The Rain ou Snowpiercer, cette série créée par Jim Mickle met en scène un univers où la nature a repris ses droits sur la civilisation et où l’humanité est à cran, plus divisée que jamais en différents camps et factions. La pandémie nous aura d’ailleurs fait comprendre que dans des situations exceptionnelles les êtres humains ne se montrent pas toujours sous leur meilleur jour…

Aux plans de paysages foisonnants se succèdent des images de trains transportant des passagers effarouchés vers des destinations hostiles, de villes fantômes à moitié détruites par la folie de l’homme, de quartiers cossus transformés en ghettos où l’on brûle les maisons et leurs occupants dès que ceux-ci présentent le moindre symptôme de la maladie. Le trait est parfois appuyé, mais comme dans tout conte pour enfants, les nuances ont peu souvent leur place.

S’il règne un esprit bon enfant dans les scènes où évoluent Gus, Jepperd et Bear, celles mettant en scène le docteur Singh sont dignes d’un film d’horreur. Contraint de remplacer sa supérieure hiérarchique dans un sinistre laboratoire qui ressemble à une chambre de torture, l’homme découvre avec effroi ce qu’on exige de lui pour sauver l’humanité. Quant aux scènes anxiogènes campées dans l’ancien zoo, elles évoquent les drames de guerre et le sort des enfants réfugiés.

Alternant entre différents genres, entre différents codes, la série forme un tout cohérent et captivant où l’on s’attache d’emblée au personnage central, qui affiche fièrement sa différence. Promis à un destin hors du commun, dénué de préjugés envers les autres, le jeune Gus aura pour mission de faire régner l’harmonie entre les êtres humains et les hybrides… dans la prochaine saison, où l’action devrait se dérouler en Alaska si l’on se fie au coup de fil passé à un mystérieux personnage en guise de coup de théâtre final.

Sweet Tooth

★★★

Netflix, dès le vendredi 4 juin.

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