Les retrouvailles de «Friends» plus attendues que jamais

Nathalie Huot et ses deux filles, Alicia et Victoria, toutes trois inconditionnelles de la série Friends, avec une partie de leur collection de produits dérivés de la série: tasses, chandails, livres de cuisine, ou jeux de société. 
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Nathalie Huot et ses deux filles, Alicia et Victoria, toutes trois inconditionnelles de la série Friends, avec une partie de leur collection de produits dérivés de la série: tasses, chandails, livres de cuisine, ou jeux de société. 

L’excitation est à son comble pour les fans de Friends qui retrouveront jeudi les acteurs de leurs personnages préférés dans un épisode spécial retrouvailles. Même après 17 ans d’absence, la série américaine continue de captiver les téléspectateurs, génération après génération.

« On a hâte ! C’est impossible de manquer ça ! » Chez la famille Huot, à Laval, on attend cet épisode avec impatience depuis des mois. Il faut dire que Nathalie Huot, 52 ans, et ses filles Victoria (22 ans) et Alicia (19 ans) sont des fans inconditionnelles de la célèbre télésérie qu’elles écoutent en boucle.

Elles connaissent les répliques par cœur et accumulent même les objets dérivés. « On va regarder ça ensemble jeudi soir, dans notre salon, probablement avec nos tasses Central Perk pour faire une soirée thématique », poursuit la mère de famille, soulevant fièrement sa tasse à l’effigie du café emblématique de l’émission.

Dès 6 h jeudi matin, le tant attendu épisode spécial de Friends sera disponible sur la plateforme HBO Max aux États-Unis et sur CRAVE au Canada. Contrairement aux attentes, on n’y retrouvera pas Rachel, Ross, Chandler, Monica, Joey et Phœbe 17 ans après le 235e et dernier épisode.

Il s’agira plutôt d’une réunion des acteurs — Jennifer Aniston, David Schwimmer, Matthew Perry, Courteney Cox, Matt LeBlanc et Lisa Kudrow — qui partageront des souvenirs, rejoueront des scènes mythiques et raconteront l’influence de la série sur leur vie. Ce sera aussi une occasion en or pour HBO Max d’aller chercher de nouveaux abonnés auprès des fans de la série qu’elle a arrachée des mains de Netflix en janvier, note Stéfany Boisvert, professeure à l’École des médias de l’UQAM.

D’après la bande-annonce dévoilée la semaine dernière, d’autres acteurs récurrents feront leur apparition, comme Maggie Wheeler qui jouait Janice, la copine de Chandler, et dont le fameux « Oh my god » a marqué les esprits. Justin Bieber, Lady Gaga, Reese Witherspoon et David Beckham devraient aussi être de la partie.

Frédérique Folly, 29 ans, ne manquerait ces retrouvailles pour rien au monde. « J’étais crinquée pour l’écouter dès 6 h du matin », lance-t-elle en riant. Elle compte finalement le regarder en soirée, connectée sur Zoom avec ses cousines de dix ans ses aînées. Ce sont elles qui lui ont fait découvrir la série à ses 18 ans. Friends fait désormais partie de son quotidien et nourrit nombre de leurs conversations et fous rires familiaux.

Frédérique Folly reconnaît néanmoins avoir été déçue du format proposé. Comme beaucoup, elle aurait préféré voir comment les personnages ont évolué 17 ans plus tard. Est-ce que Ross et Rachel sont toujours ensemble ? Joey est-il devenu un acteur célèbre ? À quoi ressemblent les jumeaux de Monica et Chandler ? Les six personnages sont-ils encore amis ?

« Je me dis aussi qu’on a vu avec d’autres séries qu’il y a des suites qui fonctionnent très mal. C’est peut-être mieux de ne rien gâcher », poursuit-elle.

Olivier Daneault, 27 ans, abonde dans le même sens. « Si on s’est autant attaché aux personnages, c’est surtout grâce aux comédiens qui les ont si bien incarnés. Je suis sûr qu’on ne sera pas déçus et ça va être intéressant de voir la série sous un autre angle », juge-t-il, ne pouvant cacher sa hâte de visionner cet ultime épisode avec sa fiancée Mylène.

Sentiment d’appartenance

Le plus surprenant avec ce retour de Friends, c’est de constater à quel point la série diffusée initialement entre 1994 et 2004 plaît toujours autant, si ce n’est plus. Quelle est donc la recette de ce succès ? « On aime rire et les sitcoms nous offrent justement des blagues à n’en plus finir. C’est le genre le plus regardé avec la téléréalité en Amérique du Nord », explique Marta Boni, professeure au Département d’histoire de l’art et d’études cinématographiques de l’Université de Montréal.

Le fait de voir les personnages dans des situations drôles, gênantes ou émouvantes du quotidien permet de plus au public de facilement s’identifier à eux, quelle que soit leur génération, selon elle. Cela crée un sentiment d’appartenance et permet de développer de l’attachement envers les personnages. « Il y a un peu de nous et de nos amis dans Rachel, Chandler, Phœbe et les autres. On finit par les suivre comme si on était dans leur groupe d’amis. »

Le format court et fermé des épisodes — proposant chacun un microrécit — s’adapte aussi facilement au quotidien, note Stéfany Boisvert, de l’UQAM. « Même s’il y a une évolution dans les relations des personnages au fil des saisons, on peut manquer un épisode, en écouter un de façon distraite dans les transports, en cuisinant ou en s’endormant, on ne sera jamais complètement perdu. »

Les fans de la série avec qui Le Devoir s’est entretenu le confirment. Ils l’aiment pour ses blagues, mais aussi pour ses personnages attachants à travers lesquels ils se reconnaissent. Si les plus âgés la regardent souvent par nostalgie, les plus jeunes apprécient y découvrir un mode de vie qu’ils n’ont pas connu, loin des téléphones cellulaires, des ordinateurs et des réseaux sociaux.

Des années plus tard, certaines blagues font toutefois aujourd’hui grincer des dents. Entre les commentaires homophobes, sexistes, grossophobes ou encore le manque de diversité ethnique de la distribution, la série trahit les préjugés et les valeurs d’un autre temps. Un aspect qui dérange, mais qui ne rebute pas pour autant.

« Les premières fois, ça a passé dans le beurre, reconnaît Victoria Huot, qui a découvert la série durant son adolescence. C’est en vieillissant que j’ai réalisé qu’il y a des blagues qui ne passent plus aujourd’hui. Ça peut offusquer, c’est normal, et CRAVE ajoute un avertissement. Mais il faut aussi remettre en contexte et se rappeler que c’est une autre époque. Ça fait partie du passé, de l’histoire. Et nous, on évolue. La série n’en reste pas moins très drôle. »

 

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