«In Treatment»: thérapies en temps de pandémie

Afin d’être en phase avec l’époque, ce n’est plus un homme blanc que l’on va consulter dans cette nouvelle saison. La docteure Brook Lawrence est interprétée par Uzo Aduba, révélée au grand public en 2013 grâce à son rôle dans «Orange Is the New Black».
Photo: Bell Média Afin d’être en phase avec l’époque, ce n’est plus un homme blanc que l’on va consulter dans cette nouvelle saison. La docteure Brook Lawrence est interprétée par Uzo Aduba, révélée au grand public en 2013 grâce à son rôle dans «Orange Is the New Black».

Alors qu’un grand nombre de réalisateurs de fiction, d’ici et d’ailleurs, ont fait tout ce qui était en leur possible pour tourner en pleine pandémie sans que cela paraisse à l’écran, l’époque covidienne sert d’arrière-plan narratif à la quatrième saison d’In Treatment, adaptation de la série israélienne d’Hagai Levi, BeTipul (2005-2008). De fait, c’est en distanciel ou à la maison, à deux mètres de distance, non sans avoir retiré son masque et s’être désinfecté les mains, que les thérapies se déroulent.

Afin d’être en phase avec l’époque, ce n’est plus un homme blanc que l’on va consulter dans cette nouvelle saison de la série de Rodrigo Garcia, mais bien une femme racisée. Rassurez-vous, l’ombre du docteur Paul Weston (Gabriel Byrne), dont on a suivi le cheminement de 2008 à 2010, plane au-dessus de l’accueillante résidence de Los Angeles de la docteure Brooke Lawrence (Uzo Aduba). Ainsi, on aperçoit le psychologue de Baltimore sur des photos aux côtés de Brooke, à qui il envoie des textos et des messages vocaux. Dans un épisode, on apprend qu’il passera à la télévision afin de parler des effets à long terme de la pandémie sur notre santé mentale.

Révélée au grand public en 2013 grâce à son rôle de Suzanne « Crazy Eye » Warren dans Orange Is the New Black et vue récemment dans Solos, où elle interprète Sasha, une femme qui refuse de se déconfiner 20 ans après la fin de la pandémie, Uzo Aduba incarne à merveille cette quadragénaire lumineuse, chaleureuse et indépendante qui regarde chacun de ses patients avec un regard aussi perçant que rempli d’empathie.

D’une sobre élégance, In Treatmenttire profit de chaque pièce de la somptueuse résidence de Brooke, de ses tenues audacieuses aux couleurs pimpantes et de la beauté du ciel californien. Derrière toute cette opulence, la docteure Lawrence cache de plus en plus difficilement ses tourments. Au risque de nuire à certains de ses patients…

Rapports troubles

Au cours des 16 épisodes (sur 24) offerts à la presse, Brooke rencontre en distanciel Eladio (Anthony Ramos), jeune homosexuel qui prétend être bipolaire de type 1 et souffrir de grave insomnie. À la maison, qu’elle a dû réaménager à cause de la pandémie, elle reçoit la visite de Colin (John Benjamin Hickey), qui sort de prison pour fraude, et de Laila (Quintessa Swindell), brillante élève s’apprêtant à entrer à l’université et s’affichant fièrement sexolique.

Contrairement à Paul Weston, à Philippe Jacob, incarné par François Papineau dans En thérapie, mouture québécoise écrite par Nadine Bismuth (2012-2014), et Philippe Dayan (Frédéric Pierrot), psychiatre de la version française d’Éric Toledano et Olivier Nakache sortie en février 2021, Brooke Lawrence ne se rend pas chez son thérapeute le vendredi. Elle reçoit plutôt Rita (Liza Colón-Zayas), une amie qui lui veut du bien et qui voit d’un mauvais œil le retour d’Adam (Joel Kinnaman) dans la vie de Brooke. Taisons la vraie nature de leur relation afin de ne pas trop en dire sur les combats de la docteure Lawrence, récemment endeuillée et se complaisant dans son confinement.

Respectant le format du huis clos d’une demi-heure de la série originale, à l’instar des autres adaptations, la nouvelle saison de la version américaine se rapproche de la récente version française, laquelle se penchait sur les traumatismes liés aux attentats du 13 novembre 2015 à Paris. Outre l’effet dévastateur de la pandémie dans la vie de tous les jours, In Treatment aborde par la bande le racisme et ses répercussions aux États-Unis, en faisant référence au mouvement Black Lives Matter et au meurtre de George Floyd.

Arrogant verbomoteur, Colin, qui se dit sexiste et raciste, ose prétendre qu’à cause de son statut d’homme blanc privilégié, il est une victime de son époque. Avons-nous besoin d’ajouter que les tête-à-tête entre Colin et Brooke sont tendus ? De même, les séances avec Laila, contrainte par sa grand-mère Rhonda (Charlayne Woodard) de suivre une thérapie parce qu’elle n’accepte pas que sa petite-fille soit lesbienne puisqu’il est déjà assez difficile d’être une femme noire, se transforment en féroces joutes oratoires. D’ailleurs, peu importe la tournure que prend la séance, chaque rencontre s’avère passionnante grâce à la qualité des dialogues et de l’interprétation des acteurs.

À travers les personnages de Laila et d’Eladio, la série aborde aussi le sexisme et l’homophobie, de même que le fossé de plus en plus grand entre les classes, lequel n’est pas près de diminuer en raison des bouleversements économiques qu’a entraînés la pandémie. Tandis que Laila collectionne les objets de luxe avec l’argent de papa, Eladio se fait payer ses séances par ses riches employeurs qui l’exploitent.

Bien que le retour à la normale se rapproche de plus en plus, était-il trop tôt pour mettre en scène des personnages de divers horizons aux prises avec la pandémie ? À vouloir aborder autant de questions d’actualité, ne risquait-on pas de seulement les effleurer ? Le format court convient-il encore ? Toujours est-il qu’à l’instar des patients de Brooke, chaque fois qu’un épisode se termine, on se sent abandonné avec plus de questions que de réponses et l’impression que le temps passe trop vite.

 

En analyse (V.F. de In Treatment)

★★★ 1/2

Crave, dès le dimanche 23 mai, 21 h. Super Écran, dès le jeudi 27 mai, 21 h.

À voir en vidéo