«Solos»: chaîne humaine

Célibataire septuagénaire, Peg (Helen Mirren) s’offre un aller simple pour l’espace.
Photo: Jason LaVeris Amazon Prime Video Célibataire septuagénaire, Peg (Helen Mirren) s’offre un aller simple pour l’espace.

Depuis plus d’un an, nous sommes confinés à la maison. Que nous vivions en communauté, en famille, en couple ou seuls, nous affrontons chaque jour les effets de l’isolement social. Malgré les divers modes de communication à notre disposition, les conversations, les cours et les réunions en distanciel, les rassemblements en présentiel nous manquent cruellement. Se déroulant dans un présent fantasmé ou un futur pas si lointain, la série Solos nous tend un miroir, lequel n’est pas noir comme celui de la populaire série dystopique britannique.

Créée par David Weil (Hunters, série mettant en vedette Al Pacino en chasseur de nazis), Solos fait figure d’antithèse, voire d’antidote, à Black Mirror. Ici, ce ne sont pas les effets néfastes des nouvelles technologies sur les êtres humains qui sont mises en avant, mais plutôt comment l’humain, malgré ses imperfections, ses carences, ses failles, transcende la machine.

Ensemble, mais seuls

Divisée en sept épisodes d’une vingtaine de minutes, campée dans des environnements distincts, Solos met en scène sept individus aux prises avec le sentiment de solitude à un moment déterminant de leur existence. En dehors de la voix du narrateur, Stuart (Morgan Freeman), que nous découvrirons au dernier épisode, les sept personnages ne semblent pas avoir de liens entre eux, hormis Tom et Peg, qui apparaissent respectivement dans les premier et deuxième épisodes.

Au fil des dialogues, dont certains sont menés avec des assistants intelligents ou des applications de commande vocale, quelques éléments mentionnés brièvement permettront de rattacher les fils entre chaque récit de vie de manière à ce que les personnages forment une chaîne humaine.

Se mourant d’un cancer, Tom (Anthony Mackie) rencontre le double qu’il a commandé pour le remplacer auprès de sa femme et de sa fille. Célibataire septuagénaire, Peg (Helen Mirren) s’offre un aller simple pour l’espace. Déguisée en ange, Jenny (Constance Wu) cuve son vin en racontant les tragiques événements qui l’ont menée dans une mystérieuse salle d’attente déserte.

Photo: Jason LaVeris Amazon Prime Video Déguisée en ange, Jenny (Constance Wu) cuve son vin en racontant les tragiques événements qui l’ont menée dans une salle d’attente déserte.

Confinée depuis 20 ans dans la maison de ses rêves, Sasha (Uzo Aduba) refuse de croire que la pandémie est chose du passé. Par un soir de tempête, Nera (Nicole Beharie) est contrainte d’accoucher seule ; son nouveau-né lui réservera une surprise de taille.

Tandis qu’elle met au point une machine à voyager dans le temps, Leah (Anne Hathaway) entre en communication avec deux versions d’elle-même, l’une du passé, l’autre du futur. Atteint de la maladie d’Alzheimer, Stuart (Morgan Freeman) reçoit la visite d’Otto (Dan Stevens) qui lui transfère ses souvenirs perdus à l’aide d’une puce.

Mémoires vives

Dotée d’une prestigieuse distribution, Solos ne se démarque pas seulement par la qualité du jeu de ses interprètes, qui présentent chacun une large palette d’émotions, passant parfois d’un registre à un autre en une fraction de seconde. Ou par la réalisation de David Weil et de ses acolytes Sam Taylor-Johnson (Nowhere Boy), Zach Braff (Garden State) et Tiffany Johnson (Girls Room), totalement au service des acteurs. Pas plus que par l’originalité de ses scénarios, écrits par Weil avec la collaboration de Bekka Bowling (Sticky), de Stacy Osei-Kuffour (Watchmen, Hunters) et de la dramaturge Tori Sampson (If Pretty Hurts Ugly Must Be a Muhfucka).

La véritable force de Solos réside dans ses dialogues. Même si les situations auxquelles les personnages font face s’éloignent de notre époque, leurs réflexions font écho aux nôtres. N’est-ce pas en étant confronté au temps qui fuit, aux rigueurs du monde extérieur, à la vieillesse, à la maladie, à la disparition des êtres chers et à sa propre finalité que l’on prend conscience de la valeur de ses souvenirs, de ses liens avec autrui et de sa propre vie ?

Si les constats des personnages de Solos sont tantôt doux-amers, tantôt douloureux, cela ne les rend que plus émouvants, plus vrais, plus humains. Plus près de nous. Alors que la série aurait pu nous entraîner dans un certain marasme, son atmosphère mélancolique renvoyant à la morosité ambiante de notre époque incertaine, celle-ci donne plutôt espoir en l’être humain, en l’avenir. D’ailleurs, Solos se termine sur une image qui nous va droit au cœur : celle de deux êtres humains qui s’enlacent.

 

Solos

★★★★

Amazon Prime, dès le vendredi 21 mai

À voir en vidéo