«Portrait-robot»: les quatre fantastiques

Les comédiennes Sophie Lorain et Rachel Graton dans la série «Portrait-robot», sur Club Illico
Photo: Yan Turcotte Les comédiennes Sophie Lorain et Rachel Graton dans la série «Portrait-robot», sur Club Illico

Avec sa facture visuelle glauque, ses personnages typés et son sujet singulier, sans parler de ses têtes d’affiche, la série policière Portrait-robot devrait séduire nombre des 700 000 abonnés du Club Illico.

Déclinée en 10 épisodes écrits par André Gulluni et réalisés par Alexis Durand-Brault (épisodes 1 à 6) et Yan Lanouette Turgeon (épisodes 7 à 10), Portrait-robot met en scène une portraitiste bipolaire, Ève Garance (Rachel Graton), qui aide des victimes à recomposer le visage des criminels en se rappelant les dernières secondes avant l’événement.

Membre de l’équipe de l’Unité des enquêtes, dont les bureaux sont situés dans une ancienne morgue, Ève a pour collègues Maryse Ferron (Sophie Lorain), directrice pragmatique se déplaçant en fauteuil roulant en raison d’une rare maladie des os, Bernard « Molosse » Dupin (Rémy Girard), enquêteur émérite bourru et misanthrope cachant un cœur tendre, et le nouveau venu Anthony Kamal (Adrien Belugou), technicien en scène de crime plein d’enthousiasme et de bonne volonté.

« Ce qui est beau dans l’écriture d’André, a confié Rachel Graton, lors d’un point de presse tenu lundi après la présentation des deux premiers épisodes, c’est qu’on a l’impression de découvrir les personnages au compte-gouttes. À l’épisode 10, les personnages ne sont pas nécessairement ceux qu’on pensait connaître à l’épisode 1. »

À les voir évoluer tous les quatre, on jurerait des superhéros transplantés dans l’univers de David Fincher. « J’adore les comic books ! a avoué André Gulluni (Roche papier ciseaux, de Yan Lanouette Turgeon). Quand Rachel m’a demandé de lui expliquer la série, je lui ai dit que c’était Batman avec des policiers. C’est une équipe de superhéros, c’est les quatre fantastiques en quelque part. Il y a d’autres clins d’œil : Maryse Ferron vient de la série des années 1960 L’homme de fer ; le personnage de Rémy Girard vient du détective Auguste Dupin d’Edgar Allan Poe. Sans jamais vraiment le nommer, j’avais pas mal l’esthétique de Fincher en tête en écrivant la série. Tous ces éléments sont là pour me faire plaisir parce que je suis un geek enfermé dans une pièce. »

Reconnaissant le réalisateur deZodiac comme le maître du genre, Alexis Durand-Brault s’est fait plaisir en s’en inspirant pour l’esthétique de la série : « Ça me permettait de donner un visuel fort où l’intégration des portraits-robots ne serait pas bancale ni plastique. Ce sont des portraits d’une portraitiste qui a un talent particulier, ils sont donc très artsy, pas du tout robotiques, froids. »

Origines théâtrales

Nouvelle création d’Also (Au secours de Béatrice), compagnie de production de Sophie Lorain et d’Alexis Durand-Brault, Portrait-robot puise sa source dans la pièce de Rachel Graton La nuit du 4 au 5, où une jeune femme tente de reconstruire le visage de son agresseur.

« Nous avons rencontré Rachel au moment où elle écrivait sa pièce pour en faire une version cinématographique, a raconté Sophie Lorain. Elle nous a beaucoup renseignés sur l’étape du portrait-robot. Alexis et moi avons alors compris à quel point c’était une technologie qui avait beaucoup progressé dans les dernières années et à quel point elle était méconnue du commun des mortels. Les portraitistes ont des outils qui leur permettent d’aider les victimes, à faire remonter les bulles à la surface, des bulles qui sont parfois totalement enfouies dans l’inconscient. Nous sommes partis de cet aspect-là du travail pour construire la série. »

« Pour moi, c’est une nouvelle façon de raconter une histoire policière, a expliqué le réalisateur. Il y a toute une dimension artistique qui est très intéressante et un élément nouveau dans cette conception-là, dans ces visages morcelés qui se composent comme des casse-tête. »

Si Sophie Lorain et Alexis Durand-Brault ont rencontré des portraitistes pour les besoins de la série, Rachel Graton s’est plutôt inspirée des heures qu’elle a dû passer avec une portraitiste afin de reconstituer un visage il y a quelques années pour créer un personnage qui soit dans l’empathie, la précision et la concentration.

« Selon mes recherches, il y a au maximum 10 personnes qui font ça au Canada. C’est vraiment très rare comme métier et on ne peut pas dire ce que ça prend exactement pour arriver à faire cette carrière-là », a révélé l’actrice, qui a aussi fait des recherches pour aborder la bipolarité d’Ève. « Quand tu joues quelqu’un avec des troubles de santé mentale, il ne faut pas tomber dans la caricature, on veut réussir à faire ça avec le plus grand des respects. »

Portrait-robot 

Dès jeudi, sur Club Illico

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