«The Nevers»: une ligue en jupon et corset

Malgré le courage, la force et la ruse dont elles font preuve pour lutter contre leurs innombrables ennemis, Amalia et Penance peinent à s’imposer comme leurs consœurs Wonder Woman, Black Widow ou Capitaine Marvel.
HBO Malgré le courage, la force et la ruse dont elles font preuve pour lutter contre leurs innombrables ennemis, Amalia et Penance peinent à s’imposer comme leurs consœurs Wonder Woman, Black Widow ou Capitaine Marvel.

Alors que sa nouvelle création, Les touchées (V.F. de The Nevers), s’apprête à envahir les ondes, Joss Whedon se retrouve une fois de plus visé par des allégations de comportement abusif et non professionnel. Après Ray Fisher, alias Cyborg dans l’univers cinématographique DC en juillet 2020, la dernière victime en date du réalisateur serait Gal Gadot, l’interprète de Wonder Woman, qu’il aurait menacée lors des reshoots de Justice League tandis qu’il remplaçait Zack Snyder.

Rappelons qu’en novembre, sous prétexte qu’il n’en pouvait plus de gérer les mesures sanitaires liées à la COVID-19 sur le tournage des Touchées, Joss Whedon avait cédé les rênes à Philippa Goslett.

« Je suis très fier du travail que nous avons accompli ; je suis reconnaissant envers mes extraordinaires acteurs et collaborateurs, ainsi qu’envers HBO de m’avoir donné la chancede créer à nouveau un monde étrange.Les touchées, c’est un travail fait avec amour, mais après plus de deux ans de travail, l’amour est tout ce que j’ai à offrir. Jamais il ne se tarira », a-t-il dit en quittant le navire.

Puis en février, Charisma Carpenteret Michelle Trachtenberg (Cordelia Chase et Dawn Summers dans Buffy et les vampires) dénonçaient à leur tour le comportement toxique du cinéaste. La série de six épisodes, qui devait marquer le retour triomphal du créateur d’Agents of S.H.I.E.L.D. au petit écran, pâtira-t-elle de ces nouvelles allégations ? Disons d’emblée que ce n’est pas là que résident les problèmes des Touchées.

Mièvres mutantes

Campée à Londres en 1899, la saga victorienne à saveur fantastique met en scène une bande de jeunes femmes qui, à défaut d’avoir été touchées par la grâce, ont été transformées par une force extraterrestre trois ans auparavant. Aux yeux de la société, leurs nouveaux pouvoirs ont fait de ces dernières des mutantes dont il faut se débarrasser.

Parmi elles, on retrouve une géante de 10 pieds, une fillette parlant plusieurs langues en même temps, une jeune femme transformant tout objet en glace et une autre manipulant le feu. Il y en a même une qui a la voix d’un ange… Bref, à une autre époque, elles auraient trouvé une place de choix à l’Institut Xavier auprès des futurs X-Men.

Dans Les touchées, on nage en pleine « gaslamp fantasy ». Le Londres qui s’y déploie dans la lumière des réverbères et la poussière de charbon évoque celui de Dickens et de Doyle avec ses passants peu rassurants, ses quartiers mal famés et ses ruelles coupe-gorge, de même que celui de Wells avec ses folles inventions rétrofuturistes. Esthétiquement parlant et du côté de l’atmosphère, rien à redire. C’est lorsqu’apparaît la pléthore de personnages que la magie s’estompe. À commencer par les deux principales superhéroïnes, Amalia True (Laura Donnelly) et Penance Adair (Ann Skelly).

Qu’ont de particulier Amalia et Penance ? En plus de recueillir les jeunes mutantes rejetées par leur famille à l’orphelinat qu’elles dirigent avec la complicité du docteur Horatio Cousens (Zackary Momoh) et le soutien financier de Lavinia Bidlow (Olivia Williams), la première est une redoutable combattante à mains nues qui lit l’avenir par bribes, et la seconde une inventrice de génie qui voit l’électricité.

Malgré le courage, la force et la ruse dont elles font preuve pour lutter contre leurs innombrables ennemis, Amalia et Penance peinent à s’imposer comme leurs consœurs Wonder Woman, Black Widow ou Capitaine Marvel. Manque de conviction, de direction d’acteurs ou problème de scénario ? Un peu tout ça à la fois.

Lorsque les bons font pâle figure, on peut compter sur l’apport de seconds violons excentriques et de méchants mémorables pour se distraire. S’amènent ici un policier ténébreux (Ben Chaplin), un timide ornithologue (Tom Riley), un chirurgien fou (Denis O’Hare), un aristocrate décadent (James Norton) et un politicien malveillant (Pip Torrens). Si le portrait d’ensemble séduit sur papier, il ne convainc guère à l’écran. Même Maladie (Amy Manson), pire rivaledu tiède tandem et cruelle meurtrière, n’arrive pas à susciter l’émoi tant elle se révèle ridicule.

Rompu à gérer de nombreux ego et superhéros — on lui doit aussi Avengers —, Joss Whedon aurait-il perdu la touche ? Même lorsque les fils de l’intrigue se resserrent et que certains personnages changent d’allégeance, tel l’affreux Declan Orrun (Nick Frost, sous-utilisé), peu nous chaut d’en connaître le dénouement. Et jamais on ne se prend à rêver d’une suite ou d’un spin-off où l’une des superhéroïnes secondaires serait la vedette. Malgré tout l’amour et l’argent investis dans l’ambitieuse production, Les touchées ne possède pas l’étoffe d’une série culte en devenir. Buffy peut dormir sur ses deux oreilles.

 

Les touchées (V.F. de The Nevers)

★★

HBO, dimanche, 21 h ; Crave et Super Écran, mardi, 20 h

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