«Tout le monde en parle» en direct, une formule appelée à rester?

Depuis ses débuts en 2004, <i>Tout le monde en parle </i>est enregistré le jeudi, monté les jours suivants et diffusé le dimanche soir. Le direct a été expérimenté une seule fois avant la pandémie, après les attentats de Paris en novembre 2015.
Photo: Tout le monde en parle Depuis ses débuts en 2004, Tout le monde en parle est enregistré le jeudi, monté les jours suivants et diffusé le dimanche soir. Le direct a été expérimenté une seule fois avant la pandémie, après les attentats de Paris en novembre 2015.

Depuis un an, l’émission phare Tout le monde en parle a mis de côté le pré-enregistrement pour passer en direct au petit écran. Ce changement a imposé un stress supplémentaire aux artisans du rendez-vous dominical, exposés plus que jamais aux imprévus et aux aléas de l’actualité. Le nouveau format est toutefois loin de déplaire à l’équipe, qui ne ferme pas la porte à le conserver au-delà de la pandémie.

Dimanche 22 mars 2020, 20 h, Guy A. Lepage apparaît sur les ondes d’ICI Radio-Canada Télé, installé dans son siège d’animateur de la populaire émission qu’il pilote depuis 16 ans. Pour une deuxième semaine consécutive, le public est absent, pandémie oblige. Les invités ne font plus d’entrée grandiose sous un tonnerre d’applaudissements. Les voilà déjà assis dans le silence, espacés les uns des autres et toujours en nombre restreint autour de la table. L’ambiance est différente et on sent surtout une fébrilité particulière dans le studio 42 de Radio-Canada. C’est l’effet du direct.

« J’ai un gros kick à faire ça en direct. J’ai retrouvé un plaisir gamin à animer une émission », confie l’animateur Guy A. Lepage en entrevue avec Le Devoir.

Depuis ses débuts en 2004, Tout le monde en parle est enregistré le jeudi, monté les jours suivants et diffusé le dimanche soir. Le direct a été expérimenté une seule fois avant la pandémie, après les attentats de Paris en novembre 2015.

Lorsque la crise sanitaire a frappé le Québec il y a un an, le format s’est de nouveau imposé. « L’actualité changeait à chaque heure, ce qui était d’actualité le jeudi était désuet le dimanche. […] Soit on faisait [l’émission] en direct, en donnant des informations à la minute près, soit on arrêtait », explique Guy A. Lepage qui est aussi coproducteur de l’émission.

La clé : se préparer

En deux temps, trois mouvements, l’équipe s’est adaptée dans l’urgence à ce nouveau format qui exige une organisation bien différente. Les bureaux de production ont été fermés, la majeure partie des employés sont à distance, et seule une équipe réduite est présente sur le plateau de tournage.

Pour être à l’aise avec le direct et éviter des erreurs en onde qu’il ne peut plus couper au montage, Guy A. Lepage s’assure de connaître par cœur ses dossiers. Il compte aussi beaucoup sur son équipe, avec laquelle il travaille depuis des années. « On se regarde et ça opère au regard. Des fois, je fais une certaine face et, en régie, ils savent que j’ai oublié quelque chose ou que j’ai besoin d’un effet visuel. Si je n’avais pas cette équipe-là, on ferait beaucoup plus d’erreurs. »

Avec seulement 2 h 15 de temps d’antenne, il a aussi dû revoir sa façon d’interviewer ses invités. Fini les longues entrevues de trente minutes qui lui permettaient de mettre à l’aise les plus stressés ou de lancer plusieurs pistes de sujets à d’autres pour trouver le bon filon. Le direct lui impose de s’en tenir à 14 ou 15 minutes par personne et d’aller à l’essentiel. Car « chaque minute perdue est une minute de trop ».

Tout un défi donc, qui a été relevé haut la main à en croire les cotes d’écoute à la hausse depuis le début de la pandémie. Le format plaît aux auditeurs, mais aussi à l’équipe, qui a su transformer le stress en adrénaline.

Le producteur de l’émission, Guillaume Lespérance, avoue même s’être « reconnecté avec l’esprit de Tout le monde en parle » grâce au direct. « Ça permet d’être directement sur la nouvelle, à la minute près [et] de pouvoir rebondir. »

Il donne l’exemple de l’épisode du 27 septembre auquel le ministre de la Santé, Christian Dubé, participait. La rumeur courait sur les réseaux sociaux que Montréal et Québec passeraient bientôt en zone rouge. L’équipe a prévenu Guy A. Lepage qui a lancé la question au ministre. Celui-ci a confirmé la nouvelle. « Il a répondu sans détour, au grand dam de son équipe et de quelques journalistes qui auraient aimé le savoir avant moi. Ce qui m’a bien amusé », se souvient l’animateur en riant.

Le direct serait-il donc là pour rester ? « L’émission en direct marche très bien, mais elle a aussi très bien fonctionné pendant 16 ans en étant en différé. On se donne le droit de ne rien couler dans le ciment pour l’instant », répond Guillaume Lespérance.

Choix des invités

Guy A. Lepage envisage déjà pour sa part une 18e saison en direct l’automne prochain. Si l’idée l’enchante, il se dit toutefois nostalgique de l’ancienne formule sur certains aspects. Le choix d’invités est par exemple plus limité qu’avant. Inquiète de la façon dont certains pourraient réagir en direct, l’équipe priorise les « grandes gueules » et les gens « extrêmement cohérents qui connaissent bien leurs dossiers ».

« On a peur que [certains] passent mal. […] On est responsable de nos invités. On leur demande d’être franc, direct, et maintenant en direct. Si quelqu’un fait une erreur, il va être cité et ça va faire le tour [des réseaux sociaux] », souligne l’animateur.

Il s’attriste aussi de voir les invités s’empêcher d’intervenir dans d’autres entrevues de l’émission, mesurant à quel point chaque minute est comptée. Il s’ennuie aussi du public qui apportait une ambiance festive.

Sans compter le départ le mois dernier de son fidèle acolyte, Dany Turcotte, dont l’absence de public et le format en direct compliquaient son rôle de fou du roi. « Quand tu fais un gag en direct, si le gag est moyen, on est pris avec. Dany, ça le rendait inconfortable, assez pour en être malheureux vers la fin. »

Justement, sera-t-il remplacé ? « On voulait laisser passer un peu de temps, on doit s’en reparler avec Guy. Aucune décision n’est cristallisée », répond Guillaume Lespérance, laissant la porte ouverte à l’arrivée d’un nouveau fou du roi, d’un co-animateur ou d’un autre intervenant récurrent dans l’émission.