«Covid Diaries»: humains de New York

Dans «Covid Diaries New York​», on sent l'incertitude, le poids des responsabilités, la pression d'un ville qui ne s'arrête jamais et la cruauté d'un système qui use ses citoyens les plus vulnérables jusqu'à la corde.
Photo: HBO Dans «Covid Diaries New York​», on sent l'incertitude, le poids des responsabilités, la pression d'un ville qui ne s'arrête jamais et la cruauté d'un système qui use ses citoyens les plus vulnérables jusqu'à la corde.

Ils ont de 17 à 21 ans et ont vécu le confinement à New York. Mais pas dans un loft avec vue sur Central Park, ou dans un gratte-ciel de luxe de la Cinquième Avenue. La pandémie, ils l’ont vécue, ils la vivent toujours d’ailleurs, dans des apparts petits comme des boîtes à chaussures, sans balcon, ni cour, ni console de jeux vidéo, ni intimité. Entassés avec leurs parents travailleurs essentiels.

On a beaucoup parlé des jeunes comme de la génération sacrifiée, mais peu de temps leur a été accordé pour réellement s’exprimer. HBO l’a fait, pour de vrai, en donnant à cinq d’entre eux non seulement la parole, mais aussi des caméras. Allez-y. Racontez votre vie.

La série qui en résulte — et qui n’est pas encore achevée — est aussi vraie que sentie. Le choix des protagonistes, sensibles, éveillés, tournés vers l’autre, y est pour beaucoup. Plutôt que de passer leurs journées entières sur TikTok, tous filment leurs aînés. Ceux auxquels leur existence est d’autant plus liée désormais. Chaque réalisateur a un thème. « Impossible de fuir New York. » « Quand mon père a contracté la COVID. »

Arlet Guallpa, par exemple, suit sa mère qui prend chaque jour trois autobus différents pour aller soigner des personnes âgées et faire des ménages dans des logements insalubres. « C’est quoi ça, maman ? » « Oh, c’est juste un rat. »

Marcial Pilataxi, lui, aide sa grand-mère, concierge dans un immeuble « pour les riches », à sortir les montagnes de poubelles. « Il y en a vraiment beaucoup depuis que tout le monde est coincé à la maison. » Sa caméra s’attarde sur les amoncellements de sacs noirs, qui se multiplient au loin.

Certains filment aussi les manifestations ayant suivi le meurtre de George Floyd, les voitures brûlées. Des séquences d’animation au crayon de plomb, signées Rosemary Colón-Martinez, entrecoupent le tout. Il n’y a rien de léché dans ces images. Rien de romancé.

Dans un passage que l’on dirait mis en scène s’il n’était pas aussi réaliste, le jeune Marcial sort la nuit pour retrouver des copains. Ils ne se sont pas vus depuis longtemps, ils s’amusent, ils récitent des paroles de pièces de hip-hop. Ils oublient momentanément la pandémie, ils se prennent par les épaules, ils enlèvent leur masque.

Un homme à vélo s’arrête et se met à hurler contre eux. « Vous vous foutez des autres ! Vous n’aimez pas vos grands-mères ? ! Moi j’aime la mienne, MAIS ELLE EST MORTE ! »

Les rires des amis stoppent aussi net. Le cinéaste en devenir rentre chez lui et retrouve sa mamie en train de nettoyer le plancher. « Je suis désolé. »

Et maintenant ?

Plus qu’un reportage pourrait jamais le montrer, Covid Diaries capte les détails, les fluctuations d’émotions, l’ambiance d’une existence entre quatre murs très rapprochés.

On entend la toux d’un père, réparateur de métro atteint du virus. On voit la porte de sa chambre que la mère ouvre et ferme, ouvre et ferme, uniquement pour lui apporter à manger. Il y a des pleurs parfois, du découragement un peu, et des confidences beaucoup.

Fils de restaurateur, l’éloquent Shane Fleming s’inquiète énormément de ce que ce dernier a dû mettre la clé sous la porte. Sa mère, prof de maternelle, doit désormais chanter ses comptines sur Zoom. Elle doit surtout compter combien de temps la famille pourra tenir avant de se faire mettre à la rue par un propriétaire rapace comme il en sévit trop, partout.

On la sent glisser dans la dépression. Même un séjour à la campagne, que le clan espère salvateur, ne réussira pas à faire cesser ses larmes.

La réalité de la pandémie frappe ici, au-delà des débats sur « le temps d’écran ». « Si je ne paie pas le loyer, on se ramasse à la rue », lance le père chauffeur de bus à sa fille, après avoir réussi à s’extirper d’un sommeil beaucoup trop court. « Est-ce que ton travail est plus important que ta vie ? » lui demande-t-elle. « . »

On sent l’incertitude, le poids des responsabilités, la pression d’une ville qui ne s’arrête jamais et la cruauté d’un système qui use ses citoyens les plus vulnérables jusqu’à la corde. On sent aussi que ces jeunes se rapprochent de leurs parents, de leurs grands-parents, qu’ils se rendent compte de tous les sacrifices que ces derniers font quotidiennement.

Même s’ils doivent rester dans leur bulle familiale, ils ne restent pas coincés dans leur nombril. Une cinéaste en herbe pose des questions de loin aux hommes en combinaison lunaire qui désinfectent le logement d’un voisin décédé. « Le monde s’écroule tandis que l’on se parle. » Mais tant qu’il y aura des jeunes comme ça, le monde ne s’écroulera pas.

Ça n’a pas bien été

Un an après le déferlement d’arcs-en-ciel, Ludivine Reding rencontre des adolescents pour sonder leur état d’esprit. L’actrice de Fugueuse discute de troubles de santé mentale, d’écrans, de solitude et de bal des finissants annulé. Ils lui confient leur déception de ne pas pouvoir patiner comme avant, leur frustration d’entendre leurs parents leur dire d’arrêter de jouer aux jeux vidéo et leur angoisse de ne pas réussir leur parcours scolaire. Coup de coeur pour la sensible Rose-Élisabeth, huit ans, qui se présente comme « nerveuse, gentille, mignonne et tannante » et qui dit à quel point elle est triste quand elle pense à tous ces gens qui meurent. Génération Covid, à noovo.ca et Crave

Covid Diaries New York

Crave/HBO, dès maintenant



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