«La nouvelle corporation»: entre leurs mains

Le documentaire «La nouvelle corporation» reprend près de deux décennies plus
tard.
Photo: Canal D Le documentaire «La nouvelle corporation» reprend près de deux décennies plus tard.

En 2003, le documentaire La corporation créait une onde de choc. Décrites comme amorales, les sociétés y affichaient tous les traits d’un psychopathe. Sa suite, La nouvelle corporation, reprend près de deux décennies plus tard alors que les entreprises, choquées par ce portrait dévastateur, multiplient les initiatives sociales. Basé comme le premier sur un essai fouillé de Joel Bakan, ce nouvel opus réalisé en tandem avec Jennifer Abbott prête au capitalisme des contours créatifs qu’il juge plus pernicieux encore.

Saturée de faits et d’exemples, cette suite utilise des mécanismes narratifs éprouvés : déclarations incendiaires des uns, accusations désespérées des autres, auxquelles le pouvoir économique offre des ripostes prudentes mais habiles. C’est le cas par exemple de Bridge International Academies, qui compte des alliés aussi puissants que les Gates et les Zuckerberg. Le hic, avance Bakan, c’est qu’en éduquant des milliers d’enfants pauvres à la chaîne, ces écoles privées dictent une prestation éducative unique qui nie toute spécificité culturelle tout en annihilant la marge de manœuvre du public.

Traversé par les mouvements populaires comme Occupy ou Black Lives Matter, le film de Bakan et Abbott intègre la COVID à son analyse, décrivant une crise qui a consolidé l’assise des puissants tout en paupérisant les 99 % restants. Il met surtout en exergue l’appétit des forces progressistes pour le pouvoir, parfois en usant des mêmes mots et mécanismes. Très polarisé, le tout offre somme toute peu de solutions, et c’est dommage, mais il assène une sacrée gifle !

La nouvelle corporation

Canal D, le jeudi 4 février, 22 h ; aussi sur Crave dès le 12 février