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«Flack»: berner le public

Robyn (Anna  Paquin), Melody (Rebecca Benson) et Eve  (Lydia Wilson) additionnent  les machinations et font  preuve d’une morale plus qu’élastique.
Amazon Prime Robyn (Anna Paquin), Melody (Rebecca Benson) et Eve (Lydia Wilson) additionnent les machinations et font preuve d’une morale plus qu’élastique.

Pour certains, il suffit de presque rien pour qu’ils tombent de leur piédestal. Un tweet maladroit. Un statut Facebook écrit en majuscules. Une photo osée ou peu flatteuse. Pour d’autres, rien ne peut empêcher l’ascension du sommet. Pas même un comportement toxique. Des mensonges dangereux. Des gestes déviants. Des actes de violence. Des agressions sexuelles. Pour taire les scandales, faire amende honorable au moment opportun et redorer son image, rien de tel que de faire appel à un cabinet de relations publiques, comme l’illustre la grinçante série britannique Flack (« attaché de presse » en argot anglais), dont les six épisodes de la première saison sont diffusés sur Amazon Prime.

Entre deux lignes de poudre blanche ou deux verres de rouge, Robyn (Anna Paquin), experte en gestion de crise américaine résidant à Londres, gère les ego de stars en tous genres, du ballon rond à la sphère culinaire, en passant par le cinéma et la musique pop.

Un footballeur refuse de sortir du placard ? Pas de souci, on lui organise un mariage rose avec une oie blanche. Une « poptart » souhaite rompre avec son jeune public ? Et si elle tournait dans un « sextape » ? Un célèbre acteur possède du matériel pornographique juvénile dans son ordinateur ? Bah, il existe sans doute quelqu’un pour confirmer qu’il se prépare à incarner un pédophile dans un rôle à venir.

Voilà en vrac les solutions que propose la boîte où évoluent Robyn, qui ne dort jamais sur ses deux oreilles, et ses deux complices, sa meilleure amie, Eve (Lydia Wilson), langue de vipère au cœur tendre, et la nouvelle stagiaire, Melody (Rebecca Benson), godiche ambitieuse.

Juchées sur des talons vertigineux, toujours bien sapées — à part Melody, qui fait un peu provinciale mal dégrossie —, portable dans une main, gobelet de café dans l’autre, toutes trois font tout leur possible pour étouffer un scandale, rattraper un mauvais coup ou relancer la carrière d’un has been. Et, surtout, pour répondre aux exigences de leur impitoyable patronne, Caroline (Sophie Okonedo). Le genre de femme qu’on admire et craint à la fois. Le genre de femme qui a tout intérêt à ce que ses subalternes ne se confient pas sur les réseaux sociaux ni dans les médias…

Arsenal de guerre

Créée par Oliver Lansley, la série Flack n’est pas sans rappeler celle de Daniel Thibault et d’Isabelle Pelletier, Mirador, elle aussi campée dans un cabinet de relations publiques. L’ambiance y est survoltée, la caméra nerveuse s’attache aux déplacements des personnages, souvent en train de courir ou de marcher d’un pas militaire, et la photo glacée souligne le clinquant de leur univers où l’apparence supplante la substance.

Les trois attachées de presse agissent comme si elles partaient au front chaque matin, comme si une bombe nucléaire allait exploser d’une seconde à l’autre. Lorsqu’elles donnent des ordres, surtout Robyn à l’endroit d’Eve et de Melody, les répliques, souvent assassines, caustiques ou cyniques, fusent à la vitesse d’une arme automatique.

Quant aux machinations de ces trois dames à la morale plus qu’élastique, elles évoquent celles de Rachel et de Quinn dans UnREAL, série décapante de Sarah Gertrude Shapiro sur la téléréalité, et celles d’Andréa dans Appelez mon agent, où Fanny Herrero dévoile avec humour les coulisses pas toujours reluisantes du cinéma. Il faut les voir imaginer tous les scénarios, des plus loufoques aux plus scabreux, manipuler les célébrités et les journalistes afin que le public gobe une vérité créée de toutes pièces.

Alors qu’on savoure avec un plaisir presque pervers le jubilatoire cirque médiatique qu’elles créent, on éprouve peu d’empathie à leur égard — pas plus qu’envers leurs victimes, dépeintes comme des êtres superficiels en manque de visibilité. Il est vrai qu’on les rencontre peu en dehors du travail, lequel empiète sur leur vie privée. Certes, on apprend que le suicide de sa mère pèse sur la conscience de Robyn, qui entretient des rapports tendus avec sa sœur cadette, Ruth (Genevieve Angelson), qui mène une vie rangée. On la soupçonne même de vouloir saboter son union avec Sam (Arinzé Kene), qui a tout de l’homme idéal.

En fait, ce n’est qu’au cinquième épisode, celui consacré à Calvin (Bradley Whitford), séduisant acteur vieillissant aux agissements répréhensibles, que la série décolle vraiment et que Robyn apparaît dans toute sa complexité et sa vulnérabilité. Que celle-ci comprend enfin qu’elle ne peut plus défendre l’indéfendable.

Le sixième épisode abandonnant Robyn, Eve et Melody en pleine crise existentielle, on ne peut que se réjouir d’avance de la deuxième saison de Flack, où bien des masques pourraient tomber. Et l’heure de la vérité, enfin sonner.

À voir en vidéo

Flack

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