C’est la star qui fait la téléréalité

Les candidats de «Star Académie 2021» seront entourés de plusieurs artistes accomplis: Lara Fabian sera la directrice de l’Académie, Patrice Michaud animera les grands plateaux variétés du dimanche soir, Ariane Moffatt sera professeure de création musicale, Gregory Charles sera responsable du cours de voix et musique, et le cours d’identité artistique sera donné tour à tour par Xavier Dolan, Anne Dorval, Marc Séguin, Pepe Muñoz et Yannick Nézet-Séguin. Mika assurera la direction artistique.
Photo: TVA Les candidats de «Star Académie 2021» seront entourés de plusieurs artistes accomplis: Lara Fabian sera la directrice de l’Académie, Patrice Michaud animera les grands plateaux variétés du dimanche soir, Ariane Moffatt sera professeure de création musicale, Gregory Charles sera responsable du cours de voix et musique, et le cours d’identité artistique sera donné tour à tour par Xavier Dolan, Anne Dorval, Marc Séguin, Pepe Muñoz et Yannick Nézet-Séguin. Mika assurera la direction artistique.

Non. Quand on lui a offert d’animer Big Brother Célébrités, Marie-Mai a refusé. « Ma première réaction a été d’avoir un jugement. “Oh ! ça va être comme Loft Story ? Moi, je ne veux pas d’affaires trash.” »

Mais la production, Entourage Télévision, l’a assurée que ce ne serait pas une histoire de flirts dans le spa. Plutôt « de dépassement de soi, de stratégie, de compétition ». D’accord, dans ce cas.

Car Big Brother, c’est gros. La franchise néerlandaise, lancée en 1999, a connu des déclinaisons dans plus de 80 pays, avec 470 saisons et quelque 30 000 épisodes.

Le concept est dans le titre : des gens se font observer partout, tout le temps. Dans la version québécoise, la première, quinze candidats de la sphère publique se retrouveront confinés dans un manoir de L’Île-Bizard. Ils seront filmés 24 heures sur 24, sept jours sur sept, partout, tout le temps.

Ils devront créer des alliances, participer à des jeux. Chaque semaine, l’un d’entre eux sera éliminé. Pas par le public. Par ses camarades. Et contrairement à Occupation double et à sa valse d’anciens, aucun autre être humain n’entrera dans l’aventure (pour reprendre un terme prisé par les amateurs de téléréalité).

« C’est une banque sans fond de divertissement ! » remarque Marie-Mai.

Sans fond de dérapages, aussi ? Aux États-Unis, la franchise a tristement été traversée de remarques racistes, antisémites, homophobes et misogynes. La saison de 2013, la quinzième, a été marquée par Aaryn la participante texane, adepte de commentaires dégradants. L’an dernier, la 21e saison a vu le candidat Jack Matthews descendre au même niveau. Marie-Mai s’est-elle préparée à cette éventualité, à devoir gérer ce genre de situation ?

« Une de mes forces dans la vie, c’est d’avoir quand même assez de répartie. Peut-être qu’avant, ça m’aurait un peu stressée, mais j’ai de moins en moins peur de me mouiller. Si j’entends quelque chose qui n’a pas de bon sens, je n’aurai pas peur de l’aborder. Je pense que je serai une bonne modératrice. »

Une bonne confidente aussi ? Car elle sera le seul contact de ces gens avec l’extérieur. « Ce n’est vraiment pas un rôle que je prends à la légère. Je veux les aider. Je veux leur donner confiance. »

La confiance. Dans Big Brother, cette dernière s’effrite au fil des alliances qui se défont, des manigances qui se trament. « Plusieurs personnalités nous ont annoncé : “Moi, je suis transparente ! Moi, je suis honnête ! Moi, je veux jouer de façon juste !” Je sens quand même beaucoup de bonnes intentions. » Mais on sait ce qui en est pavé, de bonnes intentions… « Pour avoir fait un show réalité, ce personnage qu’on essaie de garder le plus longtemps possible, il prend le bord après une semaine. »

Une autre musique

Depuis sa participation étincelante à Star Académie à l’âge de 18 ans, Marie-Mai a enchaîné les expériences. Elle a été coach à la première saison de La voix, puis durant deux saisons de La voix junior, puis encore du côté anglophone avec The Launch, à CTV.

« Ce que je trouve cool avec Big Brother, c’est que ce soit différent. Parce que là, je l’ai fait, le show où je parle de musique et de scène. Je sais que je suis bonne là-dedans. Je voulais un défi. J’aime sortir de ma zone de confort. »

C’est dans le confort de son chez-soi qu’elle a d’ailleurs invité les téléspectateurs l’automne dernier, à Canal Vie. Dans un cadre plus intime. Pas forcément douillet pour autant. Car Chez Marie-Mai suivait les rénovations de sa maison, certes, mais surtout sa façon de vivre sa relation, dans deux foyers séparés, son conjoint chez lui, elle de son côté. Elle dit qu’à l’époque, elle avait besoin de temps, besoin d’espace. Mais qu’elle n’avait certainement « pas besoin de faire un show pour montrer ses rénos ». « Par contre, je voulais partager le cheminement de mon couple pour, peut-être, inspirer des gens à sortir de ce moule qui dit qu’une famille, c’est une maison, deux voitures et la petite clôture blanche. »

C’est ce qu’elle aime de la téléréalité, d’ailleurs. « Montrer des cadres et des façons de penser différentes. Que les conversations soient pimentées ou inconfortables, je trouve qu’il y a toujours quelque chose à apprendre. »

Signature d’ici

C’est aussi l’apprentissage que Jean-Philippe Dion mettra en avant dans ce « mastodonte » du petit écran qu’est Star Académie. Le producteur exécutif, qui partage la tâche avec Benoît Clermont, serait même tenté, dit-il, d’enlever le mot « Star » précédant « Académie ». Et, plutôt que de parler de téléréalité, dont il avoue « ne pas vraiment être fan », parler de documentaire d’observation. « Auparavant, les gens pouvaient aller sur le Web et accéder à ce que les caméras transmettaient en tout temps, 24 heures sur 24 dans l’Académie, explique celui qui a fait ses classes à l’émission, notamment comme réalisateur adjoint de la quotidienne. Ça n’existe plus maintenant. Une fois le tournage terminé, il n’y a plus de captation. Les candidats peuvent dormir tranquilles. »

Reste que certains moments d’intimité seront montrés. Pensez déjeuner du matin, par exemple. « C’est ce qu’on appelle dans le jargon des “tranches de vie”. Ça permet au téléspectateur de voir que, même si ces jeunes se retrouvent le week-end sur une scène immense avec des vedettes de haut niveau, ils mangent quand même trois repas par jour et ils se brossent les dents comme tout le monde. »

La série qui a brillé de 2003 à 2012, sous la gouverne des Productions J de Julie Snyder, renaît sous celle des productions Déferlantes à TVA, après les tractations que l’on sait.

Le retour de la franchise, dont les droits sont détenus par Endemol Shine (comme ceux de Big Brother, d’ailleurs), serait-il signe de nostalgie ? « Star Académie fait partie de notre ADN, croit Jean-Philippe Dion. C’est un format étranger qui a tellement bien été adapté qu’il ressemble aux Québécois. C’est ce qui nous a permis de convaincre Xavier Dolan de participer comme professeur. Xavier accepte parce que c’est une émission qu’il a suivie quand il était jeune et qui lui évoque de beaux souvenirs. Il avait envie de vivre ce trip, lui aussi. »

Et quel trip. « Il ne faut pas oublier que ces jeunes artistes doivent monter, chaque semaine, un spectacle de variétés de deux heures et quart. C’est complètement fou ce qu’on leur demande. Ils doivent être bons, performants, persévérants, travaillants. Tous les mots sont possibles. »

Marie-Mai le sait : « C’est la signature de Star Académie, c’est là d’où je viens ! J’ai le plus grand respect pour ce show. À Big Brother, il y a un niveau de difficulté et de pression qui est très différent de quand tu veux être une artiste et que ton enjeu, c’est de chanter le dimanche. »

En effet, à Big Brother, il ne faut pas forcément chanter, mais faire chanter. Car les candidats luttent entre eux pour décrocher le titre de PM — pour patron de la maison, et non premier ministre — qui donne droit à une suite avec salle de bains privée, entre autres privilèges.

Mais est-ce réellement un privilège de participer à une telle entreprise ? N’est-ce pas plutôt un risque incroyable pour son image ? (Pensée pour Charles d’Occupation double.) « Je me suis demandé si j’aurais accepté de faire un show comme ça, concède Marie-Mai. Eh la la, c’est beaucoup d’enjeux ! Pour ceux qui ont des enfants, qui ont une famille, c’est une grosse décision. »

Illustration de ce que peut signifier être aussi coupé de l’extérieur : en mars, les candidats de Big Brother Canada saison 8 ont enfin appris que la planète entière était plongée dans une pandémie. Mais pas avant s’être longuement demandé pourquoi diantre ils n’entendaient pas les réactions du public durant le traditionnel live de la fin de semaine. « Peut-être que la maison est devenue insonorisée ? » a suggéré l’un d’eux. Non, a répondu une autre. « Je pense que nous sommes des poupées miniatures. Que nous vivons dans un décor. »

Big Brother Célébrités / Star Académie

​Noovo, les dimanches, dès le 10 janvier, à 19 h, la quotidienne, du lundi au jeudi, 18 h 30. Aussi à Vrak du lundi au dimanche, 22 h. / TVA, le Camp de sélection les dimanches 17 et 24 janvier, 19 h, les galas de variété les dimanches dès le 14 février, 19 h et la quotidienne, du lundi au jeudi dès le 15 février, 19 h