«Le mur invisible»: Ce que nous voyons, ce qui nous regarde

Radio-Canada

Toutes trois portent en elles une Haute-Mauricie faite de nature généreuse, tissée de jours lumineux étirés en de longues soirées étoilées. Laurence B. Lemaire dans l’ombre rassurant du chalet de son grand-père, Shawerim Coocoo et Marie Kristine Petiquay dans le cocon réconfortant de leurs communautés respectives, à un jet de pierre de là. Elles ont pourtant grandi sans jamais se croiser, ni même s’imaginer. Avec Le mur invisible, la documentariste a voulu faire céder cette digue, un projet accueilli avec ouverture par les deux jeunes Attikameks, qui s’y révèlent puissamment inspirantes.

L’approche intime et pleine d’humilité de Laurence B. Lemaire sourit à ces apprivoisements. Au fil des confidences, Shawerim et Marie Kristine superposent leurs histoires personnelles à celles des récits bourrés d’idées reçues qui font écran à une vraie compréhension mutuelle. En premier lieu ce fameux mur invisible que la cinéaste blanche dit vouloir abattre, mais qui ne revêt pas le même stigmate pour elles trois. « Ce mur-là, explique gentiment Shawerim, t’empêche de voir. Moi, ça m’empêche de voir, mais aussi d’être vue. »

L’une comme l’autre expriment le décalage colossal entre leur monde et celui où elles poursuivent leurs études, la première caressant le rêve de devenir sage-femme, la seconde celui de devenir la prochaine Alanis Obomsawin, ayant grandi dans l’ombre bienfaisante du Wapikoni mobile. Les traumas sont pudiquement nommés, les espoirs aussi, et c’est dans cet équilibre fragile que le trio improbable offre une précieuse leçon d’écoute mutuelle.

Le mur invisible

ICI Télé, le samedi 26 décembre, 22 h 30 ; aussi sur Tou.tv